‹ Le père Antoine Lavalette à la Martinique: d'après beaucoup de documents inéditsChapitre 22 sur 110 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Entrée du P. Layalette et ses premières années dans la Compagnie de Jésus ; il est nommé procureur a iji Martinique, PUIS supérieur général et préfet apostolique.

On a beaucoup écrit sur le P. Lavalette, comme nous l'avons dit dans la préface ; et cependant on ne sait presque rien sur sa naissance, sur ses jeunes années, sur sa vie intime, sur ses derniers jours. On dit qu'il a fait le commerce à la Martinique, un grand commerce, et c'est à peu près tout.

Chose étrange ! Ceux qui ont parlé de lui, à Toccasion de ses procès, procureurs, avocats, créanciers, négociants, amis et ennemis, ont commis des erreurs telles qu'on se demande comment des contemporains ont pu se tromper à ce point. Le présent travail éclairera certains côtés, les plus importants de la vie de ce religieux, h l'aide de documents inédits ; mais il ne portera pas la lumière partout, ^car le P. Lavalette a pris la précaution d'envelopper une partie de ses actes, et pas les moindres, d'un mystère impénétrable. La Compagnie de Jésus existe depuis plus de quatre siècles ; jamais aucun historien ne trouvera, dans cette longue période, un seul membre de cette Société qui lui ressemble par le genre et Tétrangeté des occupations. Pourquoi ? Cette histoire expliquera peut-être ce fait assez anormal en apparence.

Le P. Antoine Lavalette naquit à Martrin, dans l'ancien diocèse de Vabres, dépendant aujourd'hui de Tévêché de Rodez, le 26 octobre 1708. Deux lignes de sa main A nos Messieurs du Parlement de Toulouse précisent le lieu d'origine, et les Catalogues de l'ordre indiquent le jour, le mois et l'année de la naissance. Nos recherches pour trouver l'extrait de naissance, n'ont pas abouti. Crétineau-Joly le dit « issu de la famille du Grand-Maître de Malte », sans apporter une preuve * .

Où fut-il élevé ? Il est probable, d'autres disent certain, qu'il Ht ses études à Rodez, au collège des Pères de la Compagnie de Jésus, et que sa vocation à la vie religieuse y germa et s'y développa. 11 entra au noviciat des Jésuites, à Toulouse, le 10 décembre 1725 -.

1. Les Catalogues de la Compagnie disent : Natus 26 ociobris 4 708, Ruthenis, — Ailleurs, on trouve 21 octobre 1709, et la Biographie générale de Firmin Didot le fait naître le 21 octobre 1707 dans l'ancien diocèse de Vabres. — Quant au lieu de la naissance, le P. Lavalette l'a lui-même indiqué dans une supplique c^ nos Messieurs (lu Parlement de Toulouse, dont nous parlerons dans la suite .'«Supplie humblement, M. Antoine Valette, prêtre originaire du village de Martrin du diocèse de Vabre... » Il est dit également dans Textrait mortuaire : « Antoine Valette, natif du lieu Martrin, du diocèse de Vabres. » Les Nouvelles ecclésiastiques (1762, p. 131) le font naître à Martrin, dans le Rouergue. Mais généralement ceux qui parlent de lui, ou ignorent son lieu d'origine, ou lui en assignent un qui n'est pas le sien. C'est ainsi que certains catalogues de la Compagnie disent : Natus Ruthenis ; et le supplément de la Biographie universelle (ï. LXX, p. 439) écrit : « On ne connaît pas le lieu de sa naissance ; seulement on sait qu'il était Valvensis, c'est-à-dire de l'ancien diocèse de Valves, dont l'arrondissement de Saint-Affrique formait autrefois à peu près la circonscription. Dans cet arrondissement on trouve des Valette et des La Valette ; leur famille est originaire du village appelé La Valette-Cornusson, et elle a produit le Grand-Maître de Malte de ce nom. »

2. Ailleurs on trouve : 10 octobre 172o. Cette date est inexacte. Tous les catalogues marquent le 10 décembre.

Un homme de grand mérite et de haute vertu, le P . Pierre- Jean Cay ron , dirigeait alors cette maison de formation des jeunes novices de la Société. Nommé le 5 février 1713, à la charge de recteur du Noviciat, il mérita, au dire du P. Sérane, son historien, cet éloge que la postérité a pleinement ratifié : « C'était un homme admirable de sainteté, mais de sainteté aisée, douce, affable, qu'on ne peut s'empêcher d'aimer^ ». Certains de ses confrères lui reprochaient ses sévérités exagérées envers lui-même, et ses bontés trop indulgentes, sans faiblesse cependant, avec ses inférieurs ; deux caractères indéniables de la sainteté, quoi qu'on dise.

Grand fut Fascendant qu'il prit sur les novices, pendant ses dix-huit années de rectorat, par l'exemple vivant de ses vertus, la variété de ses talents^ la suavité de sa direction et Télan de son zèle apostolique. « La religion, dit un autre de ses historiens, lui doit en grande partie ces essaims d'apôtres, qui, de la province de Toulouse, sont allés, en divers temps, éclairer les points du monde les plus divers: la Chine, les Indes, la Palestine, TEgypte, la Perse, la Grèce, le Canada, les Antilles- ».

C'est dans ce milieu de futurs apôtres, sous la direction

1. Vie du R. P. Cây ron, delà Compagnie de Jésus, par le P.Jean Sérane, de la même Compagnie, Avignon, 1767.

2. Le Serviteur de Dieu Pierre-Jean Cayron, prêtre de la Compagnie de Jésus, par le P. Emile Bouniol, de la même Compagnie ; p. 234. — « Le P. Cayron mourut à Toulouse en odeur de sainteté, le 31 janvier 1754. Les miracles qu'il fit pendant sa vie ne furent pas rares, et des prodiges éclatèrent à sa mort et glorifièrent sa mémoire >> [Ibid., au Lecteur, p. ix).

du P. Cayron, ce maître accompli de la vie spirituelle, que La Valette devait passer deux années déformation religieuse, dans une profonde et calme retraite.

La Valette, âgé de dix-sept ans, arriva à Toulouse avec la réputation d'une intelligence d*élite, d'un caractère entreprenant, d'une volonté ferme et persévérante. Il venait de terminer son cours de philosophie. 11 se présenta sous le nom d'Antoine^ Valette. Un autre novice, entré avant lui dans la Compagnie, portait le même nom. Pour les distinguer, le P. Cayron appela le nouveau venu Lavalette. Ce nom lui est resté, bien qu'il signe souvent ses lettres et quelques pièces importantes de son vrai nom ' .

Le jeune Lavalette n'apportait pas seulement à la Compagnie de belles qualités, il apportait aussi ses défauts. Dans sa riche nature, il y avait beaucoup à former et à réformer. Vif, impétueux, d'une humeur agitée, aimablement impérieux, porté aux excès, ayant besoin de mouvement et de vie, la discipline du noviciat, discipline régénératrice du vieil homme, dut être pour lui une épreuve dure.

Le P. de Ravignon a dit dans ï Existence et r Institut des Jésuites : « Le noviciat est le foyer où le fer s'amollit pour reprendre un nouvel être ; c'est la lime qui dégrossit, qui ôte la rouille, qui prépare l'instrument et le remet utile entre les mains de l'ouvrier, du divin maître ». Le noviciat de

1. Dans les catalogues delà province de Toulouse, à laquelle il appartenait, on lit tantôt Valette, tantôt La Valette ; dans ceux de la province de France, on écrit Lavalette et quelquefois de Lavalette. Dans le cours de ses procès, son nom fut imprimé, différemment : Lavalette, La Valette, de Lavalette, de la Valette. Nous avons adopté l'orthographe Lavalette, parce qu'il est appelé plus généralement de ce nom. C'est lui-même qui nous apprend dans sa supplique aux Messieurs du Parlement pourquoi on modifiai son nom au noviciat.

Le P. Lavalette fit sa profession des quatre vœux dans l'église paroissialede Saint-Pierre, à la Martinique, le 2 février 1745, et signa sa profession: Antonius Valette.

Toulouse fut cela pour Antoine Lavalette. Sous la direction sage et suavement impulsive du P. Gayron, ses facultés se développèrent merveilleusement ; en même temps, il se fit en lui une transformation puissante, qui Taffranchit pour longtemps des défauts saillants de son caractère et de son tempérament. Il prononça ses vœux simples de religion, à la fin de ses deux années de probation, le 10 décembre

Deux années de professorat à Saint-Flour, et deux autres, au collège de Tournon, consacrées à Tétude de la philosophie et des mathématiques*, affermirent l'œuvre laborieuse du noviciat. 11 sortit des études scientifiques, après un examen sévère sur les matières enseignées, Tâme préparée pourla.lutte.

Pendant trois ans il professa les classes de cinquième, de quatrième et de troisième au Puy et à Tournon, puis les humanités et la rhétorique au collège de Rodez, laissant partout, dans le souvenir de ses disciples, la réputation d'un maître distingué et d'un apôtre.

A Tàge de vingt-neuf ans, il commence sa théologie au

1. Le jeune Lavalette eut pour professeur de philosophie, à Tournon, le P. Guillaume Puech, né au diocèse de Saint-FIour, le 29 juin 1692, qui devint plus tard Maître des Novices à Toulouse ; et pour professeur de sciences, l'illustre P. Antoine Cavallery, qui composa des dissertations sur la cause de la diaphanéité et de Topacité des corps, sur la cause de la chaleur et de la froideur des eaux minéi-ales, sur l'origine des fontaines, enûn sur le flux et le reflux de la mer. Ces difl'érentes pièces remportèrent le prix à l'Académie royale des sciences à Bordeaux. Il composa aussi un traité de théologie sur Jésus-Chrit, fils de Dieu ; il était alors professeur de théologie à rUniversité de Toulouse. Né à Rayonne le 22 novembre 1698, il y mourut en septembre 1765.

collège Louis-le*Grand, à Paris. C'est là que les Provinciaux du Midi envoyaient l'élite de leurs sujets ^

Des maîtres distingués, Augustin Souciet, Charles Merlin, Guillaume François Berthier, Claude Hervé de Mon* taigu, Pierre- François de Saint-Jean et François Nicolas Glignet, occupaient à cette époque les chaires de théologie scolastique, de théologie morale et d'Ecriture sainte (1737- 1741).

Le P. Augustin Souciet, érudit et linguiste, parlait facilement sept langues ; Tabbé Lebeuf l'appelle dans ses Lettres Septilinguis*^, Il écrivait dans les Mémoires de Trévoux^ où ses frères, Etienne et Jean, étaient deux des principaux collaborateurs.

Charles Merlin et Guillaume Berthier sont connus, le pipemier par ses études sur la Bible et ses dissertations sur les Saints-Pères, le second par ses nombreux travaux sur les sujets les plus variés ; chargé ' de la direction des Mémoires de Trévoux de 1745 à 1762, il devint, après la dispersion de la Compagnie de Jésus, conservateur de la

i. Le P. Antoine La Valette, de son vrai nom ValeUe, né à Martrin, le 26 octobre 1708, entré au noviciat à Toulouse, le 10 décembre 1725, ût ses vœux simples le 10 décembre 1727, puis enseigna les classes inférieures de grammaire à Saint-Flour (1727-1729), étudia deux ans la philosophie et les mathématiques à Tournon (1729-1731), professa au Puy la quatrième (1731-1732), à Tournon la troisième (1732-1733), à Rodez les humanités (1733-1734) et la rhétorique (1734-1737), enûn il suivit quatre ans les cours de théologie au collège de Louis-le-Grand, à Paris (1737-1741), fut ordonné prêtre en 1741, partit l'année suivante pour la Martinique, après sa troisième année de probation, et prononça ses vœux solennels de profès le 2 février 17io, dans l'église paroissiale de Saint-Pierre-de-la-Martinique (Arch. S. J.).

Bibliothèque royale et fut adjoint à Téducation de Louis XVI et dé son frère.

François de Saint-Jean et Hervé de Montaigu furent beaucoup moins féconds que Merlin et Berthier. Le P. de Saint-Jean cultivait de préférence Tascétisme ; il composa sur les vœux simples de son ordre une longue dissertation de plus de cent quatre-vingts pages. Après l'avoir lue, le P. Dubois, assistant de France à Rome, lui écrivit le 2 février 1736 : « Elle servira de digue à la désertion dont nous gémissons ». Le P. de Montaigu, moins ascète que son collègue, aimait à se délasser dans la poésie et quelques compositions- littéraires, des études parfois arides de la théologie scolastique.

Enfin le P. François Nicolas Glignet, professeur de théologie morale, enseigna pendant trente-sept ans cette science sacrée. « Il Pavait, dit son historien, fouillée, scrutée, approfondie; aussi était-il souvent consulté, et à ses nombreux consultants il apportait la lumière ^ ».

A la tête de ces professeurs • illustres se trouvait le P. Jean-Baptiste Pinguet de Belingan, recteur du Collège Louis-le-Grand, dont les œuvres spirituelles, retraites, méditations et considérations, eurent tant de lecteurs et furent si souvent réimprimées.

A pareille école, sous la direction savante de tels maîtres, l'esprit supérieur du P. La Valette, avide de savoir, ne put que réaliser la pensée de saint Ignace, qui veut des hommes solidement instruits, marchant d'un pas assuré dans les voies de la vérité, ne restant point en arrière de

I. « Theologiam moralem sedulâ 37 annorum investigatione penitus rimatus muitis consul entibus lûcem prsetulit » (Litt. ann. Prov. Franciîe, an. 1742).

leur siècle,, le devançant même, si possible, ou, du moins, le suivant et Taidant dans ses progrès.

L'étude de la théologie, de rÉcriture Sainte et du Droit canon l'occupa quatre ans, et, en 1741, il subit avec honneur les épreuves qui couronnent la formation intellectuelle du religieux de la Compagnie, Texamen général sur l'universalité des sciences philosophiques, physiques et théologiques.

Les études sont terminées, les années d'enseignement littéraires sont accomplies ; Lavalette est ordonné prêtre, il a trente-trois ans d'âge et seize années de vie religieuse. Quelle sera maintenant sa destinée?

Dans son Mémoire pour les Jésuites de France, le P. Antoine de Montigny, procureur de la Province de France, à Paris, écrivait: « Le P. Lavalette, âgé de trente-trois ans, venait de finir ses études de théologie, lorsqu'il se sentit appelé aux Missions de l'Amérique méridionale. Il obtint de ses supérieurs la permission de s'y consacrer et il passa à la Martinique en 1742 * ».

L'appel de ce religieux aux Missions ne dut pas étonner les supérieurs. Sa nature impétueuse, agitée, rêvant grand, ri*aurait-elle pas été trop à l'étroit, en France, entre les quatre murs d'une paisible résidence ou d'un collège bruyant? Il se prépare, dans la retraite et le recueillement

1. Ce manuscrit de 116 pages, conservé aux Archives de la Compagnie et composé en 1760, a pour titre : « Mémoire pour les Jésuites de France condamnés solidairement par une sentence des juges et consuls de Paris du 30 janvier 1760, h payer la somme de 30.000 1. diies en vertu d'une lettre de change tirée par le P. Lavalette, supérieur des Missions aux Is^es du Vent. »

d'une troisième année de noviciat, aux travaux pénibles et éprouvants de Tapostolat, et, en 1742, il s'embarque pour r Amérique.

Le P. Bernard Prieur, visiteur aux Iles du Vent en 1734, gouvernait depuis deux ans la Mission de la Martinique. Il reçut le P. Lavalette à son arrivée à S^int-Pierre, et, quelques jours après, il l'envoya à la cure de la Guadeloupe, pour y faire l'apprentissage de la vie de missionnaire.

L'année suivante, il passa au P. Guillaume Guillin l'administration générale de la Mission, et lui-même prit la direction de la maison de Saint-Pierre.

Né à Sens en Champagne, le 11 avril 1688, le P. Guillin était entré au noviciat delà Compagnie, le 24 octobre 1707. Après six ans de professorat dans les collèges de France et sept ans d'études philosophiques et théologiques, il se rendit à la Martinique, où bientôt il se révéla apôtre. Homme d'action, d'un dévouement à toute épreuve, plus judicieux qu'intelligent, plus pieux qu'instruit, il fut placé à la tête de la Mission en 1732, et la dirigea pendant huit ans. Après une interruption de trois ans, de 1740 à 1743, il fut élu de nouveau supérieur général, avec le titre de préfet apostolique * .- C'est lui, qui devait exercer sur l'avenir du P. Lavalette une influence décisive.

1. Le P. Guillaume Guillin, après deux ans de noviciat, étudia trois ans la philosophie et quatre ans la théologie, professa six ans les classes de grammaire et les humanités, et arriva à la Martinique en 1723. Les notes que nous avons trouvées sur lui, portent : « Ingenium sat bonum, judicium sat bonum. Ad virtutes pacificas natus — profectus mediocris in litteris, etc. — Talentum ad regimen, dum per vires licebat. » (Arch. gen. S. .!.). M. de Beauharnais, gouverneur.

11 avait fait sa connaissance à la maison de Saint- Pierre, Tannée précédente. Le P. Lavalette l'avait séduit par ^on talent, son caractère, ses manières attachantes ; il vit, dès cette époque, en lui, une gloire pour la Mission, peut-être son successeur. Aussi, à peine nommé supérieur, il le rappela de la Guadeloupe et lui donna provisoirement la direction de la paroisse du Carbet.

Le Carbet est aujourd'hui un gros bourg, de 3.500 habitants, au sud de Saint-Pierre, sur la côte occidentale de la Martinique. Au milieu du xvni^ siècle, ce n'était qu'un simple village, où s^élevaient, d'un côté, les habitations des Français, et de l'autre^ de nombreuses cases de nègres. Les Français employaient ces derniers à la culture de la canne à sucre, du café et du manioc, à la fabrication du tafia et aux durs travaux de la campagne.

écrivait de la Guadeloupe au Ministre de la marine, à la date du 15 sept. 1751 1 t< Autrefois leurs supérieurs (des Jésuites et des Dominicains), excepté les Capucins, étaient préfets apostoliques ». Mais cette dignité a été conférée chaque fois au nouveau supérieur pour le temps de sa charge. En 1752, les Capucins obtinrent aussi de Rome pour le supérieur de leur mission aux Antilles le titre de préfet apostolique. Le Ministre de la marine le fit savoir à MM. de Bompar, gouverneur, et Hurson, intendant, par cette dépêche du 13 septembre \ 752 : » Les Capucins de la province de Normandie qui desservent la Mission de cet ordre aux Iles du Vent, ayant obtenu un bref du Pape qui donne aux religieux de cette Mission le pouvoir d'y administrer durant vingt ans le sacrement de la confirmation, j'ai différé de leur procurer la permission d'en faire usage jusqu'à ce que les Jésuites et les Dominicains en eussent obtenu de semblables. Comme le Pape les leur a accordés, les supérieurs des trois Ordres à la Martinique doivent s'adresser à vous pour pouvoir en faire usage. Et l'intention du Roy est que vous les y autorisiez par une permission par écrit que vous ferez enregistrer aux deux conseils supérieurs. Mais vou^ observerez, s'il vous plaît, que cet arrangement doit être concerté entre les trois préfets apostoliques de manière qu'il soit annoncé en même temps dans toutes les paroisses des trois Ordres ». {Archives des Colonies ; Minutes des lettres. Amérique. Série B. vol. 95).

Ces deux éléments de la parai3se du Carbet, les colons et les noirs, vivaient dans Tunion et la paix, grâce au zèle du missionnaire, qui exhortait les Français à traiter les nègres avec bonté, et apprenait à ceux-ci à respecter leurs maîtres et à leur obéir. Ils formaient toutefois deux églises séparées, et chaque église avait ses offices religieux, ses instructions, ses catéchismes, ses pratiques. Presque tous les noirs, convertis au christianisme, se montraient fidèles k leurs devoirs; tous trouvaient dans le prêtre conseil et appui.

« Le P. Lavalette, dit l^P. de Montigny, fut employé à la Guadeloupe, comme tous les nouveaux missionnaires, à prêcher, à confesser, à instruire les nègres * ». Au Carbet, il remplit le même ministère, tout en s'occupant des français résidant sur la paroisse. « Cette fonction, tout obscure qd^élle paraît, lui procurait des relations continuelles avec tout ce qu'il y avait dans la colonie d'habitants plus distingués et plus au fait de la question des différentes espèces de biens qu'on y possède^ », Peu à peu il s'intéressa aux cultures, aux fabrications, aux choses du commerce ; son esprit curieux et chercheur prenait plaisir à tout savoir. II interrogeait, il examinait, il se renseignait sur les exploitations, les denrées coloniales, le commerce aux Iles, l'exportation et la vente à l'étranger.

Il avait une telle puissance d'assimilation, une telle apti^ tude aux affaires, qu'il put bientôt s'exprimer sur tout en connaisseur. « Chacun crut, alors apercevoir en lui du talent pour ce genre d'occupation ^ ». On en parla au P. Guillin,

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