Ibid
Le P. de Montigny, qui nous fournit ces renseignements, jouissait de lestime de sa province par sa valeur personnelle et l'exemple de ses vertus. Dans tous les emplois qu'il remplit comme professeur et directeur des âmes, il montra de réelles qualités, de Tesprit et du cœur. Maître es arts, ancien professeur de belles-lettres, de rhétorique, de philosophie et de théologie morale, il exerça encore, pendant sept ans, un ministère des plus délicats : il dirigea une maison de retraites à Vannes, et là il se fit connaître comme un niaître accompli de la vie spirituelle. C'est dans cette maison de paix et de piété qu'un ordre du Provincial Fappela à Paris pour le mettre à la tête de la procure de la province de France, en 1756. On lui reconnaissait généralement des aptitudes spéciales dans le maniement des affaires : Aptissimus negotiis et rébus lemporalibus gerendis ^ . Ces aptitudes étaient assurément relatives, c'est-à-dire, comparées à celles de ses confrères ; car il ne faut chercher dans les congrégations, ni le commerçant, ni le financier, ni rhomme d affaires : le religieux possédant ces qualités n'existe pas.
Nommé procureur de la province, le P. de Montigny fut amené à connaître, en vertu de sa charge, le caractère et les
\. Le P. Antoine de Montigny, né à Vannes le 9 décembre 1694, entré au noviciat de la Compagnie le 13 octobre 1710, profès des quatre vœux le 2 février 1728, maître es arts, enseigna six ans les humanités, un an la rhétorique, quatre ans la philosophie, trois ans la théologie morale, enfin, après avoir dirigé sept ans la maison de retraites à Vannes, il fut nommé procureur de la province de France. Voici, sur ce Père, les notes de ses supérieurs envoyées à Rome : « Ingenium optimum, judicium certum, prudentia magna. Aptissimus negociiset rébus temporalibus gerendis, aptus quoquead spiritulia ». (Arch. gen. S. J.).
dons naturels du P. Lavalette ; aussi, dans son Mémoire^ fait-il de lui un portrait ressemblant.
Le P^ de Sacy, procureur de la Mission des Iles du Veut, le connaissait mieux encore, et il ne craint pas de Tappeler un homme rare. « Le P. Lavalette, écrivait-il aux MM. Lioncy à Marseille, est de ces hommes rares avec qui Ton vit volontiers, qu'on goûte toujours de plus en plus, et dont oh ne se sépare jamais qu'avec un extrême regret * ». Après avoir cité le P. de Sacy, M. Le Gouvé, avocat des Lioncy contre le général de la Compagnie de Jésus, ajoute :
« Il paraît que tous ceux qui ont connu le P. Lavalette s'accordent à reconnaître que nul ne possède à un plus haut degré les dons de l'esprit, cet art extérieur qui persuade et qui attache '^ ».
« C'est de tous les Jésuites que j*ai connus, écrivait un négociant de la Martinique, celui qui a le plus de jeu et d'agrément dans l'esprit, quia les manières les plus douces et les plus insinuantes... Personne encore n'a mieux possédé Tart de manier les esprits, de les fléchir^ de les tourner à son gré, de les amener à son point. Vous trouveriez en lui toutes les qualités qui font le grand homme, agréable à la société, utile à sa compagnie, cher à ses amis, respectés de ses envieux... On ne peut rien voir de plus admirable que l'étendue de son génie... Ce qu'il y a de plus merveilleux, et qui semble former i^on principal
1. Plaidoyer pour le syndic des créanciers des sieurs Lioncy frères et Gouffre, négociants à Marseille, contre le général et la société des Jésuites, par Le Gouvé, avocat, p. 42.