‹ Le père Antoine Lavalette à la Martinique: d'après beaucoup de documents inéditsChapitre 52 sur 110 · pp. 6 et · texte numérisé non relu

pp. 6 et

3. État des pertes faites par le P. Lavalette, d'après les comptes du frère Jean Nicolas Vasseur, en résidence à la Dominique.

Le P. Ant. Lavalette à la Martinique. 9

cible des événements, il se rendra du moins le témoignage qu'il n'a rien négligé pour vaincre la difficulté des obstacles et faire honneur à ses engagements.

C'est dans ces dispositions qu'il organise de nouveaux envois de denrées en Europe, afin de satisfaire ses créanciers, mécontents du retard apporté au payement des lettres de change. Le premier envoi arrive à bon port ; il l'expédie de Saint-Eustache, île des petites Antilles appartenant aux Pays-Bas, et des vaisseaux sous pavillon hollandais le transportent à Amsterdam. Il était adressé à MM. Glorck, Dedel et Compagnie, négociants.

Un autre envoi, mais de peu d'importance, arrive heureusement à Cadix, sur des navires de la Martinique, èk l'adresse de MM. Vincent La Rue et Compagnie.

Enfin, cinq navires et huit bateaux de commerce partirent de Saint-Eustache, sods pavillon hollandais, chargés d'une quantité considérable de denrées, dont une part notable appartenait au P. Layalette. Les marchandises du Père étaient adressées à MM. Jacob et Adrien Temnink, négociants à Amsterdam. La guerre avait commencé entre la France et l'Angleterre ; et partout, entre les lies du Vent et la France, les Anglais exerçaient une surveillance active. Les treize bâtiments hollandais tombèrent aux mains de l'ennemi avant d'aborder au port d'Amsterdam.

Tous ces divers envois sont de 1756. Les transports les mieux organisés, risquant d'être pris en route par les Anglais, le P. La Valette jugea prudent de ne plus expédier désormais, jusqu'à nouvel ordre, ni fonds ni denrées.

A partir de 1757, il n'entretint même que des relations fort rares avec ses supérieurs de Rome et de Paris. C'est l'époque où commence pour lui une nouvelle vie, une vie de lutte, où, par la force des événements, il ne parut pas irré« prochables.

La faillite des Lioncy (19 février 1756) causa en France les plus vives alarmes ; \es correspondants du P. Lavalette à Bordeaux, à Amsterdam, à Cadix et ailleurs, et ses nombreux créanciers s'émurent ; l'inquiétude devint bientôt générale. « Les Lioncy, dit le P. de Montigny dans son Mémoire de 1761, ne manquèrent pas de donner leur bilan, et ils y avaient porté pour 1 .500.000 1. oti environ de lettres de change du P. Lavalette, qu'ils avaient acceptées et qu'ils laissaient sau3 payement ». Le P. de Montigny ajoute en note : « On dit que dans le bilan communiqué en 1756 au P. de Sacy, il n'y avait que pour 900.0001. de lettres de change acceptées, et que le P. Lavalette était en avance avec les Lioncy de plus de 80.000 » K

En supposant qu'il n'y eût que pour 900.600 1. de lettres acceptées et non payées, la situation n'en était pas moins grave pour la Mission de la Martinique, surtout après toutes les pertes qu'elle venait de subir.

A la première nouvelle de la faillite des Lioncy, et du bruit qu'elle causa à Marseille et dans les villes principales

1. Mémoire pour les Jésuites de France.,,, déjà cité. — Il ne faut pas oublier que le P. de Montigny était, en 1756, procureur de la province de France, et par conséquent très au courant de ce qui s'est passé alors et depuis jusqu'en 1762. — Au contraire, les avocats qui prirent la parole en 1760 pour la veuve Grou, MM. Gazotte et Lioncy, ignoraient la plupart des faits du P. Lavalette et de ses relations avec ses supérieurs ; aussi leurs plaidoiries sont-elles remplies de choses inexactes, quand elles ne sont pas, en certains endroits, de purs romans. Ils parlaient, bien entendu, d'après les renseignements fournis par leurs clients; quelques-uns de ces renseignements sont cependant très utiles pour l'histoire que nous écrivons, bien qu'ils se trouvent ailleurs et parfois plus complets.

du royaume, V attention des supérieurs du P. Lavalette se séveilla^ écrit le P. de Montigny ; ils sentirent qu^ il pouvait y avoir beaucoup d'imprudence et de dérangement dans r administration du supérieur de la Martinique, « Il y avait ibute apparence que la Mission venait de faire des pertes oonsidérables. Mais pouvait-on compter qu'elle fût en état de les réparer? En supposant même qu'elle le fût, la guerre laissait-elle quelque espérance qu'elle le pût faire assez promptement? Pouvait-on croire qu'aux îles, on osât, dans de pareilles circonstances, risquer de nombreux transports? Pouvait-on se flatter qu'on serait assez heureux pour les faire parvenir en France ? Que devenait cependant cette multitude de lettres de change acceptées, dont plusieurs étaient jrrestes à écheoir, et que la banqueroute des Lioncy annonçait aux porteurs ne pouvoir être acquittées? »*.

Dans un pareil embarras^ que firent les supérieurs? Le 9. de Montigny, le seul témoin oculaire qui nous raconte par le menu les événements de cette époque, entre ici dans des détails précis. « Les supérieurs, bien conseillés, dit-il, n'avaient, ce semble, qu'un parti à prendre^ c'était de s'instruire, le plus promptement qu'il leur était possible, de Fétat où étaient les biens de la Martinique, d'arrêter les entreprises qui avaient pu être cause du dérangement, s'il y en avait, de destituer même le P. Lavalette de sa supériorité, s'ils trouvaient que le dérangement fut à un certain point, ou s'ils ne pouvaient l'arrester sans cela ; enfin de lui donner un successeur, qui sans doute aurait été tenu des engagements de son prédécesseur, autant que les biens libres de cette Mission auraient pu euTépondre »2.

Ce parti à prendre n'était pas le seul, mais il était le plus

1'. Mémoire pour les Jésuites, . . .

Page 1