‹ Le père Antoine Lavalette à la Martinique: d'après beaucoup de documents inéditsChapitre 96 sur 110 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

LE P. DE LA MARCHE A LA MARTINIQUE ; — AVEU DU P. LA VA- LETTE ; — SON RENVOI EN EUROPE ; — SA SORTIE DE LA COMPAGNIE, SA MORT.

Après le jugement du 8 mai 1761, le Parlement, plus pressé de détruire les Jésuites que de soutenir les intérêts des créanciers, oublia définitivement ces derniers pour juger le fond de l'Institut .

L'arrêt du 8 mai portait que les lettres de change devront être acquittées dans un an à compter du jour de sa signifi-. cation^ faute de quoi, « le supérieur général et la société demeureront tenus, garants et responsables des intérêts tels que de droit et des frais de toutes poursuites ; sinon, en vertu du présent arrêt, et sans qu'il en soit besoin d'autre, permet aux parties de se pourvoir, pour le payement des condamnations, sur les biens appartenant à la Société des Jésuites dans le Royaume. »

Si l'on ne voulait pas exposer les résidences et les collèges à une invasion subite des gens de la justice et des créanciers, il importait de se mettre en mesure d'exécuter, dans le temps fixé, l'arrêt du Parlement, quelque scandaleux et inique qu'il fût.

L'exécution présentait d'énormes difficultés, car si la décision de la Cour ordonnait seulement de rembourser les créances de la maison Lioncy et O®, il fallait bien s'at-

tendre à voir accourir tous les porteurs de lettres, de France, de Hollande et d'ailleurs ; et comment faire droit à toutes les demandes de payement ? On savait alors, à la procure générale des Jésuites, que les lettres de change, tirées par le P. Lavalette, atteignaient plusieurs millions.

Grétineau-Joly prétejad que le passif du P. Lavalette s'élevait à deux millions quatre cent mille livres tournois^. Ce chiffre est au-dessous de la vérité. Le P. Lavalette, pressé de questions par son général, se contente de répondre dans son Mémoire justificatif : « Je ne sais à quoi montent mes dettes passives, mais je suis sûr que mes augmentations et mes dettes actives montent aussi haut que mes dettes passives... J'ai laissé les terres bonnes et bons nègres. Quant au revenu que j'ai laissé, on ne peut pas bien l'estimer, vu qu'il dépend du soin qu'on aura des jeunes arbres à café et à cacao j et de l'attention qu'on aura à en planter encore. Au reste, il me suffît de m'en tenir à ce que le P. de la Marche a écrit à votre Paternité, lettre que j'ai vue, que dans quinze ou vingt ans, la Martinique aurait payé le capital et lesdntérêts de toutes ses dettes, et on les faisait monter à cinq millions ou un million d'écus romains. » ^

Le P. Lavalette écrivait cela d'Amsterdam en 1763; et, quoiqu'il ne précise rien, il faut avouer qu'il n'est pas loin de la vérité, puisque, vers cette époque, les Anglais, maîtres des Iles du Vent, achetèrent, pour près de quatre millions, des biens ayant appartenu aux Jésuites.

Le P. Gatin, qui fut chargé, en 1761, du payement des

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