VIL DE BOILEAU-DESPRÉAUX
C!opie de Tautographe, communiquée par le P. Lauras. — Mais cette lettre a été imprimée déjà par H. Rigault, en note de la p. 229 de son Éistoire de la Querelle des Anciens et des Modernes, 1856.
[octobre ou novembre 1697.] (1)
Gomme il me paroist, mon révérend Père, par les paroles que le R. P. Tarteron a dites à mon frère le docteur de Sorbonne,et par d'autres choses qu'on m'a rapportées, qu'il y a un dessein formé dans vostre illustre compagnie de se déclarer contre moy, et qu'on a mesme desja défendu de lire mes ouvrages dans vostre collège, je souhaiterois fort de vous voir et de vous embrasser, afin qu'au moins avant le combat nous nous pardonnions nostre mort. Car, quoy qu'il puisse arriver, je puis vous assurer que je vous estimeray et vous aimeray toujours chèrement ; aussi bien que le très révérend P.de la Chaize, que j'honore et que je respecte comme Thomme du monde à qui j'ay la plus sensible obligation. J'aurois esté vous dire tout cela chés vous, s'il y faisoit seur pour moi et si je vous y pouvois parler auprès du feu et sans courir risque d'estre entendu. Mais, cela ne se pouvant point, voyés si vous serés assés hasardeux pour venir disner demain avec moy. Supposés que vous ayés [assez] d'audace pour cela, mandés moy ce soir ou demain matin à quelle heure vous voulés que je vous envoyé mon carrosse.
Adieu, mon très illustre adversaire, je vous réponds,
(1) La réponse de Bouhours (voy. B, VII) permet de dater cette lettre. D'ailleurs, on voit qu'il s'agit des premiers démêlés de Boileau avec les jésuites, qui eurent lieu à propos de son Épitre sur l'Amour de Dieu, par conséquent vers la fin de 1697.
quoy qu'en veuille dire le P. Tarteron, que je suis très sincère, et surtout quand je vous dis que je suis
Vostre très humble et très obéissant serviteur,
Despréaux.