‹ Le père céleste: sept discoursChapitre 8 sur 8 · LK PÈRE. SOI · texte numérisé non relu

LK PÈRE. SOI

teresse qui réunit dans un merveilleux alliage les impressions que donnent, dans l'ordre des relations humaines, et la. majesté de l'homme fort et le plus doux sourire de la jeune fille.

Dans cette même journée d'été, un autre homme a aussi devancé le soleil. U est voué au soulagement des misères humaines, et il avait beaucoup à faire. Il a gravi des escaliers sombres; il est entré dans des chambres obscures ; il a séjourné dans les hôpitaux, au milieu des douleurs de la maladie; il a secouru dans les prisons des douleurs plus tristes encore. Le jour naissant a doré les sommets des Alpes, et il n'a pas vu cette pure lumière du matin. Le jour a pénétré dans les vallées, et il n'en a pas observé les progrès; le soleil s'est couché dans sa gloire, et il n'a pu admirer ni le reflet brillant des eaux, ni la teinte pourpre des montagnes. Et pourtant lui aussi est joyeux parce qu'il aime. Il aime l'accomplissement du devoir austère, il aime la pauvreté soulagée et la souffrance adoucie.

Voilà les deux amours. Le disciple de Platon s'élève, loin des vulgarités de la vie, dans les hautes régions de l'idéal et se nourrit de beauté. Vincent de Paul prend la place d'un forçat dans le bagne, pour rendre un père à ses enfants. Ces deux amours semblent opposés : l'un se cherche et l'autre se donne. H sont tous deux cependant nécessaires à la vie, car pour donner il faut recevoir. Dans TaccompUssement des œuvres de la bonté, l'âme s'appauvrirait et finirait par se des-

sot SEPTIEME DISCOURS.

sécher dans un exercice tout mécanique de la bienfoisauce, â elle n'avait pas une source où ^tepeut paiser les eaux vives. Il faut que l'hoBune troave lui-nême la joie pour la répandre sur ses semblables. Dieu ëeul, la source absolue de la vie et 4u bonheur, peut toujours douner sans jamais recevoir. Mais voici la merveille incomparable de Tordre spirituel. L'amour qui se donne peut trouver son objet le plus digne, sa satisfaction la plus pure dans l'acte même de la bonté. H y a de la joie dans le dévouement ; il y a 4u bimheur dans le sacrifice ; la source s'alimente elle-même. C'est ainsi que s'harmonisent les deux penchants contraires du >cœur de l'homine. a H y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir ; n c'^st une parole de Jésus-^Christ, oubliée par les évwgélistee ^et recueillie |iiar iFftpôtre St. Paul. Et comme cette pensée est belle, «eUe .a été chwtée par les pod^es :

Tout le bonheur gue tu cèdes Accroît ta félicité ;

a dit Lamartine ; et Victor Hugo, persomùfiant la Charité, lui fait dire :

Chère h tQUt hQQupe, quel ^'U 9pit, J'apporte la joie à qui donne Et je la laisse à qui reçoit.

Steomme cette pensi&e est profonde en même temps que belle, elle a été recueillie par les philosophes. « Ai-

mer, a dit Leibniz, c'est mettre sa félicité dans la félicité d'un autre. » Voilà le trait d'union de l'amour platonique et de l'amour de charité. Ecoutez comment un orateur chrétien développe cette parole : « Cette su- « blime définition n'a pas besoin de commentaire, on a l'entend ou on ne l'entend pas : celui qui a aimé l'^n- « tend, celui qui n'a pas aimé ne l'entendra jamais. a Celui qui a aimé sait qu'une ombre dans le cœur de (( son choix obscurcissait le sien ; il sait que rien ne lui « coûtait, veilles, travail, privations, pour créer un sou- « rire sur des lèvres attristées; il sait qu'il fût mort « pour racheter une vie compromise ; il sait qu'il était « heureux d'autrui, heureux de ses grâces, heureuK de u ses vertus, heureux de sa gloidre, heureux de son bon- « heur. Celui qui a aimé sait cela, celui qui n'a pas tt aimé l'ignore ; je le plains*. »

La grande erreur qui semble propre à notre imture, c'est que nous voyons toujours le bonheur dans l'idée de recevoir et que nous croyons toujours que donner est un dépouillement. Nous ne comprenons pa^ que l'égoïsme appauvrit, et que le dépouillement «est une richesse. C'est là pourtant la ^grande découverte ,de la vie spirituelle, «et quand cette découverte a été faite, il ne reste plus, pour que la vie spirituelle atteigne son but, qu'à trouver la force de la mettre en pratique. L'égoïsme est coupable, sans doute, mais il lU'est

* Lacordaire. Conférences de 1848.

pas seulement coupable, il est ignorant, car il cherche le bonheur où il n'est pas; il est malheureux, car il s^'écarte des sentiers de la paix.

Appliquons maintenant les idées que nous venons d'établir à l'Être infini, et au problème du but de la création. Demandons-nous, en nous laissant conduire par les lois de notre raison, quel sera le but que nous pourrons supposer au Créateur dans son œuvre? La création sera-t-elle l'effet d'une nécessité? Non, Messieurs, car autrement tout serait fatal dans le monde, et la liberté resterait inexplicable. Si une puissance aveugle dirigeait la volonté toute-puissante, nous retournerions au culte du destin. La création sera-t-elle la poursuite d'un intérêt? Non, sans doute. La recherche d'un intérêt est toujours un indice de dénuement. Quel intérêt concevoir pour celui qui est la plénitude de l'Être? La création sera-t-elle un devoir? D'où viendrait l'obUgation pour l'Être qui est en lui-même la loi absolue ? La création ne peut être conçue que comme une œuvre de l'amour. De quel amour? de celui qui est la manifestation du désintéressement absolu, de la liberté suprême. Permettez -moi d'inti'oduire dans ce débat des paroles éloquentes, prononcées en 1848, au milieu des agitations révolutionnaires de Paris. Le problème que nous agitons était traité alors, en présence d'une foule frémissante, par le père Lacordaire*. Il aborde cette question : quel peut être le

* Conférences de 1848.

mobile de la création? Et il distingue l'amour au sens platonicien, auquel il conserve le nom d'amour, et l'amour qui se donne qu'il désigne par le terme de bonté. « Serait-ce donc l'amour qui pousse la volonté divine « et qui lui dit incessamment : Va et crée? Serait-ce l'a- « mour que nous aurions pour premier père? Mais hé- Mi las! l'amour lui-même a une cause dans la beauté « de son objet, et quelle beauté pouvait avoir devant « Dieu cette ombre morte et glacée qui a précédé l'un nivers et à laquelle nous ne donnons un nom qu'en i( trahissant la vérité?... Il restait quelque chose, Mes- « sieurs, n'en doutez pas, il restait quelque chose de « plus généreux que l'intérêt, dé plus élevé que le « devoir, de plus puissant que l'amour. Sondez votre « cœur, et si vous avez peine à m' entendre, si vos pro- « près dons vous sont inconnus, écoutez Bossuet par- « lant de vous : Quand Dim, dit-il, fit le cœur de « Vhomme, il y mit premièrement la bonté. La bonté, « c'est-à-dire cette vertu qui ne consulte pas l'intérêt, (( qui n'attend pas l'ordre du devoir, qui n'a pas be- 11 soin d'être sollicitée par l'attrait du beau, mais qui tt se penche d'autant plus vers un objet qu'il est plus « pauvre, plus misérable, plus abandonné, plus digne (c de mépris 1 II est vrai. Messieurs, il est vrai, l'homme « possède cette adorable faculté. Ce n'est ni le génie; u ni la gloire, ni l'amour, qui mesurent l' élévation de « son âme, c'est la bonté. C'est elle qui donne à la tt physionomie humaine son premier et plus invincible

« cbanne; c'est elle qui nous rapproche les uns des au- « très; c'est elle qui met en communication les biens tt et les maux, et qui est partout, du ciel à la terre, la « grande médiatrice des êtres. Regardez au pied des « Alpes ce vil crétin sans yeux, sans sourire et sans « larmes, qui ne connaît pas même sa dégradation, et i< qui semble un effort de la nature, pour s'insulter « elle-même dans le déshonneur de ce qu'elle a pro- « duit de plus grand : gardez-vous de croire qu'il n'ait u trouvé le chemin d'aucune âme, et que son opprobre c( lui ait ravi l'amitié de l'univers. Non, il est aimé; il tt a une mère, il a des frères et des sœurs, il a une « place au foyer de la cabane, il a la meilleure et la « plus sacrée, parce qu'il est le plus déshérité. Le sein « qui l'a nourri le porte encore, et la superstition de tt l'amour n'en parle que comme d'une bénédiction « envoyée de Dieu. Voilà l'homme 1

u Mais puis-je.dire : voilà l'homme, sans dire aussi : ti voilà Dieul De qui l'homme tiendrait-il la bonté, si u Dieu n'en était l'Océan primordial et si, en formant « notre cœur, il n'y avait pas versé avant tout une tt goutte du sien? Oui, Dieu est bon, oui, la bonté est tt l'attribut qui recouvre en lui tous les autres, et ce tt n'est pas sans raison que l'antiquité gravait au frontt ton de ces temples cette inscription fameuse, où la tt bonté précédait la grandeur. »

Maintenant, laissant de côté les étincelantes beautés de ces paroles, arrêtons-nous à cette pensée précise ;

L'Eternel, le principe universel des choses, en dehors duquel rien n'existe, n'a pu créer que sous l'impulsion de la bonté qui donne et non pas de l'amour qui se cherche. Cette proposition est claire dans son abstraction, comme un théorème de géométrie. Mais nous avons touché le seuil de l'infini ; et nous ne touchons jamais au seuil de l'infini sans tomber en quelque éblouissement. Si nous voulons analyser dans son contenu réel cette pensée si claire dans son abstraction, notre regard se trouble. Vous entendez bien que la bonté croît dans la proportion où son objet diminue. Nous sommes d'autant plus bons que nous nous penchons vers ce qui est le plus pauvre et le plus misérable. Que sera donc la bonté infinie? Pour la trouver, il faudra diminuer son objet jusqu'à l'infini. Nous rencontrons ici le mystère : Diminuer un objet jusqu'à l'infini est une opération impossible à notre pensée. Ce mystère se rencontre même dans les sciences mathématiques. Nous prenons une quantité^ nous la divisons par la moitié, et nous divisons cette moitié par la moitié, et ainsi sans fin. Jamais nous n'obtiendrons l'infini de la petitesse ; car la quantité indéfiniment divisée, demeurera toujours indéfiniment divisible. A quelque degré de division que nous soyons parvenus, entre ce qui reste et le néant s'étend toujours l'abîme de l'infini. Je cherche l'objet de la bonté infinie ; cet objet doit être infiniment dénué. Je diminue l'être du monde ; j'éteins tous les rayons de sa beauté; j'en enlève l'ov-

(Ire, la vie, la mesure, la couleur, la lumière; je le réduis à n'être qu'une matière privée déforme, un je ne sais quoi qui n'a plus de nom. Vaine tentative ! Ce quelque chose sans nom, aussi longtemps que ce sera quelque chose, ne sera pas le néant. Entre le néant et lui, il y aura toujours Pinfini. Si la bonté de Dieu est appliquée à un objet qui existait indépendamment de lui. quelque pauvre et dépouillé qu'on suppose cet objet. Dieu n'est plus l'unique, le créateur absolu. Si l'imagination veut franchir l'abîme, il faut arriver à dire quoi? que l'objet de l'amour infini a dû être le néant. C'est ce qu'a fait l'orateur déjà cité : a Toute perfec- « tion suppose un objet où s'appliquer. H fallait donc à a la bonté divine un objet aussi va^te et profond qu'ellei( même : Dieu l'a découvert. Du sein de sa plénitude, tt il a vu cet être sans beauté, sans forme, sans vie, « sans nom, cet être sans être que nous appelons le « néant : il a entendu le cri des mondes qui n'étaient « pas, le cri d'une misère sans mesure appelant une « bonté sans mesure. L'éternité s'est troublée, elle a « dit au temps : Commence ! »

Ceci, Messieurs, est de l'éloquence ; la pensée en elle-même ne supporte pas une analyse rigoureuse. Ne croyez pas cependant que l'éclatante beauté de ces paroles ne soit que le voile brillant de l'absurde. Nous sommes anîvés aux ténèbres visibles ; la nue s'éclaire du rayon qui en sort. Notre bonté à nous, créatures finies, est d'autant plus grande que l'objet auquel elle

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s*appliqtte est moindre. La bonté infinie doit se créer son objet. Elle n'aime pas le néant; mais une créature qui n'est rien en soi, une créature simplement possible, qui, avant de lui devoir les biens de l'existence, lui devra cette existence même. Le seul être que nous puissions nous représenter, dans une image sublime comme penché vers le néant, c'est celui dont le regard donne la vie. La créature çst voulue pour elle-même ; le fond de Ja nature est la grâce, comme vous le disait l'année dernière M. le professeur Secrétan*. Nous demandons : Quel peut être le but de la création? Notre raison répond: l'Être infini ne peut agir que par bonté, il ne peut avoir d'autre but que le bonheur de ses créatures.

Je résume, Messieurs, ces considérations. Nous cherchons le but de la création et nous ne pouvons nous transporter dans la lumière inaccessible de la conscience divine. Nous interrogeons donc l'œuvre de Dieu pour discerner les intentions du Créateur. La prière de rhumanité nous répond que l'homme a une croyance spontanée à la bonté de son principe. Nous plaçons la raison en présence de l'idée de l'Être infini; la raison

• La raison et le cht'isUanisme : douze lectures sur Texistence de Dieu, 1 vol. in-12. Bans la Philosophie de la liberté (2 vol. in-8), M. Secrétan a exposé, sous une forme sévèrement scientifique, les arguments dont on vient de lire Texpression oratoire sots la plume du P. Lacordaire. Cette rencontre (il n'y a eu nulle communication possible) est digne d'être observée.

9iO ÀiEin'iÊME biscioims.

nous déclare que Celui qui est la plénitude de TÈtre n'a pu créer que par amour. Nous comprenons que Dieu a tout fait pour sa gloire, et que sa gloire est la manifestation de sa bonté. Ces pensées, dans leur pleine lumière, appartiennent à la révélation évangélique; elles apparaissent, sous le voile, dans les conceptions qui se trouvent à la base des cultes païens. Sans entrer dans le temple des idoles, nous pouvons nous agenouiller devant le fronton du sanctuaire antique; et, sous la libre voûte du ciel, adorer, avec le peuple romain, le Dieu dont la bonté précède la grandeur.

La conséquence directe des principes que nous venons de poser est que le bonheur est le but de notre existence. Créés par la bonté, nous ne pouvons avoir d^autre fin que la béatitude.

Mais gardez-vous de croire que nous puissions prendre pour guide notre désir du bonheur et en calculer nous-mêmes les conditions. Le bonheur est notre but, c'est la volonté de notre Père ; il faut nous y laisser conduire. Si, fermant l'oreille à la voix qui nous commande et nous oblige, nous voulions prendre en mains nos destinées ; si nous adoptions pour notre règle la recherche du bonheur, telle que nous saurions le comprendre, nous prendrions pour la lumière de fantastiques lueurs qui nous conduiraient aux abîmes. Les penchants déréglés de notre cœur nous porteraient à nous faire le centre du monde. « Vivre pour soi, » c'est

LE t'èttfe. SH

la devise de Tégoïsme et le mot d'ordre du malheur. Vivre pour Dieu, c'est le chemin de la félicité. Vivre pour Dieu, c'est-à-dire sur les ruines de notre égoïsme brisé, entrer dans l'ordre, prendre place dans l'édifice spirituel de la charité, et jouir de la joie partagée que Dieu destine à tous ses enfants : voilà notre but. Une fois élevés sur le sommet de cette pensée, nous pouvons comprendre la grande lutte qui a déchiré la conscience antique, parce queuians l'antiquité la lumière de la vérité n'éclairait que par intervalles les nuages de l'erreur qui couvraient le monde.

D y a dans l'homme deux voix : l'une le porte au bonheur, l'autre l'appelle à la sainteté. La première impulsion de sa nature est de s'élancer à la recherche de la jouissance ; mais bientôt la seconde voix s'élève; la conscience crie : Arrête! et si l'homme n'arrête pas^ elle le châtie. De là, la lutte, le déchirement, et une tentation puissante pour l'esprit humain, c'est de se pacifier en faisant taire une des deux voix. C'est l'histoire de l'antiquité. Socrate, le sage Socrate, avait bien crié : Malheur ! malheur à qui sépare le juste de l'utile, et fait entendre aux hommes qu'on peut trouver le bonheur en dehors du bien ! Cicéron a mis en belles phrases latines les leçons du sage Grec ; mais le cœur déchiré de l'homme n'a pas tardé à déchirer le manteau du philosophe. De la pleine pensée de Socrate sont sorties deux sectes célèbres, dont l'une a voulu établir la vie de l'homme sur la base du devoir, sans

9ii SEPTIÈME DISCOURS.

consulter le bonheur ; et Tautre, sur la base du bonheur sans consulter le devoii*.

Les stoïciens se sont attachés au devoir ; mais le besoin du bonheur s'est relevé malgré eux, et a cherché sa satisfaction dans le plaisir farouche de Tisolement et dans la joie sauvage de l'orgueil. Le sage de ces philosophes s'affranchit, non-seulement de tous les soucis de la terre, mais de tous les liens du cœur, de toute affection. Enfin, par une conséquence tristement bizarre de la doctrine, le comble de la possession de soi est de prouver que l'homme est le maître de luimême, par l'affranchissement du suicide et la libération de la mort. Le sage stoïcien se déclare insensible aux maux de la vie ; il nie que la douleur soit un mal ; et, d'autre part, il se reconnaît le droit de se tuer pour échapper aux maux de l'existence! Ainsi a fini cette école fameuse. A la même époque, le troupeau d'Epicure, allant nux jouissances faciles et honteuses, travaillait énergiquement (c'est l'opinion de Montesquieu) à préparer cette immense pourriture dans laquelle devaient succomber ensemble la gloire de Rome et la civiUsation de l'ancien monde.

Cette lutte qui déchira la conscience antique, et qui déchire encore la conscience moderne, là où la bonté de Dieu reste voilée, cette grande lutte s'apaise lorsque nous avons compris que la bonté est le principe des choses, que le bonheur est notre but, et que ^ la voix sévère de la conscience est une voix amie qui

nous avertit d'éviter les sentiers d'égarement où nous reneontrerions la misère. La consrîence «st la parole du Maître ; et la même antorité qui nous dit : « Sois bon, D dans Tordre. du devoir, ajoute: « Et tu seras heureux, i» dans Tordre de Tespérance. Bonheur, devoir, ce sont les deux faces de la volonté suprême; l'amour est la solution de Ténigme universelle. C'est pourquoi, bien que cette pensée étonne, notre devoir est d'être heureux. Le symbole de notre foi, lorsque nous regardons en haut, doit être : « Je crois à la bonté; » et, lorsque nous rentrons en nous-mêmes, le syn^bole de notre foi doit être : .a Je crois au bonheur. )> Et nous n'y croyons pas. îîe pas croire au bonheur est la racine de nos maux : c'est la misère primordiale qui résume toutes nos misères. Légers, nous nous livrons au plaisir parce que nous ne croyons pas à la joie; frivoles, nous cherchons l'étourdissement parce que nous ne croyons pas à la paix; cœurs corrompus, nous nous livrons à la flamme dévorante des passions, parce que nous ne croyons pas à la sereine lumière de la félicité. Mais plus l'amour de Dieu pénétrera notre pensée, plus la foi au bonheur sortira de notre âme comme une fleur bénie. Le bonheur est notre but, c'est la volonté du Père. À chacun de nous s'adresse cette parole : Dieu t'aime, sois heureux ! Si donc (je m'adresse particulièrepient aux plus jeunes de mes auditeurs), si vous sentez au fond de votre âme un élan vers la félicité, ah! ne laissez pas éteindre la flanune sainte! ne

parlez pas d'illusion! ne vous résignez jamais à la prose de la vie, an terne et morne contentement d'une destinée sans idéal. Votre nature ne vous trompe pas; c'est vous qui vous tromperez, si vous cherchez votre bien dans le monde des chimères folles ou coupables. Ecoutez toutes les voix qui vous parlent de soulagement; soyez attentifs à toutes les paroles de paix. Cherchez, travaillez, priez, jusqu'à ce que vous puis siez répéter avec une sereine confiance ces paroles da psalmiste:

Je me couche sans peur, Je m'endors sans frayeur, Sans crainte je m'évelDe.

Dieu qui soutient ma foi Est toujours près de moi, Et jamais ne sommeille.

ï>ieu dans le cœur, c'est là ce qui colore les joies sanctifie les affections, calme les douleurs, et, au mij lieu des luttes, des tristesses et des d^hirements de li vie, laisse monter du cœur au visage ce sublime sou rire qui peut briller même au travers des larmes.

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