‹ Le père d'Émile ZolaChapitre 12 sur 65 · AVEUX · texte numérisé non relu

AVEUX

Veuillez me permettre, Monsieur le Procureur de 1^ République, d'appeler votre attention sur ces dates.

N'était-ce pas, comme début, une coupable « inven* tion » que ces prétendus aveux, dont la révélation nous donna à tous un frisson d'horreur?

Et ce début — qui était un coup de maître — n'éclaire-t-il pas la nouvelle affirmation de ce même journal — suivi par MM. Rochefort, Judet et Drumont — cette affirmation que, au moment de sa dégradation, Dreyfus aurait fait des aveux. Si, en effet, on se reporte aux documents autlientiquos et contemporains, on voit que,; roiiuue au début, Dreyfus, avant, pendant et après sa' dégradation, lançait, sans se lasser, les mêmes cris d'innocence. La seconde affirmation de prétendus aveux se place dans des conditions identiques à celles où se plaçait la première. Oui ou non, le journal l'Eclair maintiendi-ait-il, à cette heure encore, l'affirmation des premiers i< aveux )), si nous n'avions pas, enfin, le texte authentique des interrog-atoires qui ont précédé et suivi l'article du 29 octobre i8c)4'î*

Dans la lettre qu'il écrivait le i5 octobre i894aug'én«> al Mercier, ministre tle la g-uerre, du Paty de Clam lisait :

Jo riiivitni à écrire une lellre dans laquelle il était question d'une i);irlio des (lofunicnls adressés à nn aident étranger visé par la lellre incriminée. Après avoir écrit les quatre premières lignes d'une fa(;on normale, M. le capitaine Dreyfus commença à écrire irrégulièremenl. L'écriture continua à être irrégulière... La dictée ternunée, je procédai à l'arrcstalion du capitaine Dreyfus...

Ainsi, c'est parce qu'il a cru discerner une irrég-ularité dans l'écriture de Dreyfus que du Paty de Cdam s'est fait une conviction et qu'il a procédé à l'arrestation,

L'irrég-ularité de l'écriture est-elle du moins certaine ?

Voici ce que vous pouvez lire, Monsieur le Procureur, dans le rapport de M. Bard :

Cette lettre, qui figure sous la cote 22 bis, et dont une photographie est ailleurs, pourra passer sous vos yeux,... vous verrez si l'écriture est irrégulière, soit à partir de la quatrième ligne, soit à la fin. Quant à nous, nous n'avons pas ([('Couvert la moindre trace de ce qu'y a vu M. le commandant du Paty de Clam.

M. Molinier, professeur à l'Ecole des Chartres, qui a procédé à la même vérification, a déclare :

L'écriture de la letirc qui a été dictée à Dreyfus par M. du Paty de Clam, le jour de son arrestation, n'eut nullement tremblée. {Le Temps, numéro du 3 février 180Î).)

Le 10 octobre, M. Cochefert, chef de la sûreté, interroge Dreyfus.

— Ai — D'une part, il dit :

Une longue enquête a été faite contre vous par les soins (le raulorilé militaire, à la suite de présomptions graves (pii avaient d'abord été relevées contre vous, et cette longue enquête a enfin abouti à des preuves indiscutables dont il vous sera donné connaissance.

Or, il suffit de se reporter à;la lettre du g-énéral Zurlinden lui-même, du iG septembre 1898, pour voir (ce fait est capital) c|u'à ce moment Dreyfus n'avait été l'objel d'aucun soupçon, d'aucune enquête, ni lone^ue, ni courte (i).

D'autre part, le chef de la Sûreté dit :

Des pièces écrites de votre main, ainsi que cela a été constaté par une expertise, sont au pouvoir de l'autorité militaire.

Et cependant il n'y avait que le seul bordereau qu'on attribuât à Dreyfus !

Etrange affaire où, à chaque pas, on est obligé de rétablir dans leur vérité les faits sans cesse altérés.

' C'est Henry qui, le i5 octobre i8g4, fut chargé de faire écrouer Dreyfus au Cherche-Midi. Le lendemain, iG octobre 1894, Henry fait un rapport où, après avoir dit C[ue Dreyfus se plaint d'ignorer môme de quoi on l'accuse exactement, il ajoute que cette plainte est sans fondement, « attendu, dit-il, qu'avant de quitter le ministère et alors que je me trouvais dans une pièce continue à celle où cet officier était interrogé, j'ai parfaitement et très distinctement entendu M. le commandant du

(1) «Une surveillance active, dit cette lettre, est exercée sur les employés et les officiers, mais elle n amène aucun résultat. Drevlus fait à ce moment partie du 2« bureau, en qualité de stagiaire; AUCUN SOUPÇON N'EST x^LEVÉ CONTRE LUI. »

Patv do Clam dire au capitaine Dreyfus : Vo/ts (^f.es ficcffsf* ddnoir livré à une jiuissancc éfrdiKjère une note sur les troupes de couverture, une note sur Madaijnsnir, un projet de inonuel sur le tir d' artillerie. Donc, Iors([U(' le capitaine Dreyfus affirme que le commandant du Paty de Clam ne lui a pas dit de ([uoi il était accusé et s'est borné à lui parler de documents secrets et confidentiels, le capitaine Dreyfus voile sciemment la vérité. »

Or, à se reporter aux interrog-atoires rédigés par du Paty de Clam, il est certain que celui-ci n'a point tenu les propos qu'Henry prétendait avoir entendus parfaitement et très distinctement.

Donc, pure invention ! simple imposture!

Et le dossier secret ! ce fameux dossier composé de cinq pièces dont aucune ne se réfère à Dreyfus et sur lesquelles du Paty de Clam avait mis des annotations tendant à faire croire que ces cinq pièces concernaient Dreyfus !

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