VII
Le 10 février 1898 (.4* audience), M. de Pellieux, toujours plus que hardi dans ses affirmations, a dit :
On a beaucoup parlé du bordereau. Peu de gens loni vu, je crois qu'il serait facile de les compter : beaucoup de gens en ont vu dos fac-similés. Eh bien! je dois dire (je l'ai vu), que ces fac-similé.^ ressemblent sinr/uliè rement à des t'aujc. et qu'avoir la i>rétention de faire une expertise d'écriture sur les fac-similés qui ont paru dans les journaux oae paraît s'avancer beaucoup. Rien ne ressemble moins aux facsimilês des jour/taux que le bordereau original. Par conséquent, toutes les expertises, qui ont été iViites à la égère, sont e?itachées absolument de faux. (T. I. p. 245.)
En articulant, sans aucune réserve, que a rien ne ressemblait moins aux fac-similés qui avaient paru dans les journaux que le bordereau original », M. de Pellieux îvait eu pour ])ut avoué d'infirmer par avance les expertises dont on redoutait l'effet sur l'esprit des jurés.
Cette affirmation était-elle exacte? Les professeurs de 'Ecole des Chartes, MM. Paul Mever, Girv et Molinier, )nt été appelés par la cour de cassation, qui leur a mon- ,ré non seulement u le bordereau orig-inal n, mais aussi eûtes les pièces de comparaison, c'est-à-dire les lettres l'Esterhazy écrites avant ou pendant l'année 1894, et les ettres de la même époque sur papier pelure, extérieurenent et chimiquement identique au papier du bordereau.
Que dit, notamment, M. Paul Me ver, directeur de 'Ecoledes Chartes ? [Le Temps., numéro du 3 février 1 899) :
On nous a dit au procès Zola que ces fac-similés étaient nfidèles et qu'ils constituaient même des faux. Or, del'exanen du bordereau original avec les fac-similés que j'ai fait lier, il résulte ou'au contraire ces reproductions sont parfaitement FIDÈLES et sincères.
Et M. Molinier :
Je déclare fjne le fac-siinilé est par faitement fidèle
et qu'il reproduit /'origi/ta/ du borderpnu avec iimremarquable fidélité.
Les défaillances sans nom, où tant d'hommes sont tombés, militaires ou civils, à qui leur situation coin mandait de se mieux défendre, inspirent, Monsieur 1( Procureur, une profonde et ang-oissante tristesse. Ouel vent de folie a soufflé sur eux? Je me rends bien compte de l'état d'esprit où s'était trouvé le ^-énéral de Pellieiix après la communication des faux d'Henry ; et il serait injuste, en certaines occasions, de ne pas rappeler cette circonstance, non pas certes comme une justification, mais comme une excuse plausible de ses extraordinaires témérités. Mais ici... Ici, il faut bien le reconnaître, cette excuse ne peut être invoquée, et je crains bien que son inexacte déclaration sur les fac-similés ne reste pour lui une tache ineffaçable.