III
A raiidience du iG février i8()8, M. de Pellieux s'est étendu sur les énoncialions du bordereau. Autant df mots, autant d'erreurs. Ses affirmations portaient sur ui^ certain nombre de faits qui tous ont été ensuit* reconnus faux. Dans la masse, je dois au moins fournil un exemple.
Nous savons, disait-il, combien le service de l'artilleriel est gardien jaloux de ses secrets... On a dit qu'on avait pu] connaître la pièce 120 et son frein hydraulique aux manœuvres. C'est bien inexact. Il est impossible de voir \e\ fonctionnement de cette pièce, absolument impossible, etj je vous déclare que moi, qui ai assisté aux grandes manœu-' vres (le 1895 et aux manœuvres de 1897, je ne le connais pas !
Le général de Pellieux déclarait donc que, même à laj date du iG février 1898, il ne connaissait pas, personne ne pouvait connaître (en dehors du service de l'artil lerie) la pièce 120 et son frein.
Pour apprécier ce témoig-nage, il suffît de rappeler quelques faits et de faire une courte analyse de la biblioi^raphie militaire en France ou à l'étrang-er. (Gpr. la brochure : Le bordereau est-il d'un artilleur ?)
a) Faits. — Dès avant 1894» les journaux mili taires ont relaté les essais auxquels avaient procédé 1 j'énéral Deloye et les membres du comité technique.
En septembre 189.0, aux g-randes mantruvres de l'E (120,000 hommes), dirigées par le général Saussier, e; présence du général Zurlinden, et auxquelles assistais le général russe Drai.^"omirotF, le prince Nicolas de Grèo et les attachés militaires étrangers, on s est servi d batteries de 120 court.
Le 120 court a figuré dans l'artillerie de l'expéditionj de Madagascar.
b) B1BL10GR.VP111E. — .Te me borne à citer i
i'^ Le « Rèfflemnnt sur le canon de 1 20 court », appi'()uv(' par 1p ministre do la g-uerre le :>8 mai 189,") ((^dité par Bei'^er-Levrault et C'o : prix, i fr. fjo). (]e rèi-lement, qui contient deux planches descriptives, donne tous les détails sur le i?.o court, sur son frein hydropneumatique, et sur le fonctionnement de ce frein.
2^ h' Illustration, numéro du 21 septembre i8f)5, a reproduit, de ces pièces, un dessin que lui avait envoyé son dessinateur, qui avait assisté aux manoeuvres de septembre 1895.
3° h' Avenir militaire^ numéro du 10 décembre 1890, en a donné une monographie complète.
4° Dans r (( Aide-mémoire de l'officier d' état-mai or campagne pour l'année i8q5 », la nouvelle pièce
en
ligure,
50 Les « Leçons d'artillei'ie » du capitaine Girardon, publiées en 1890, insistent longuement sur le 120 et son frein hydro-pneumatique.
6*^ Le même auteur y est revenu dans son ouvrage : « Organisation du matériel d'artillerie » publié en
7^ En 1896, le général R. Wille, de l'artillerie prussienne, a décrit, avec tableaux et planches, le 120 court et son frein, dans son ouvrae-e : « Zur FeldgescJaitzfrage » (question du canon de campaç/ne)^ édité chez Elisenschmidt, de Berlin, et vendu à Paris, chez Le Soudier.
80 En 189G, en Italie, la « Revue d'artillerie et du génie y^ a décrit le 120 et son frein dans un article intitulé : a // cannone francese da 120 corto. »
9'* Le calendrier de l'année 1897, publié chez Berger- Levrault, à la fin de 1890, contenait une chromotypographie représentant le 120 court attelé.
Et malgré tout cela, le général de Pellieux — (qui avait instruit (?) Taffaire Esterhazy, qui, s'il ne savait pas ce qu'il aurait dû savoir, avait au moins l'obligation stricte de se renseigner) — venait déclarer, en cour d'assises, sous la foi du serment, que non seulement il ne connaissait pas, lui, à la date du iG février 1898, le 120
court et son frein, mais qu'il était a IMPOSSIBLE, AB- SOLUMENT IMPOSSIBLE » de connaître, à cette date, le fonctionnement de ces pièces, alors que les ouvrag-es du capitaine Girardon ont été traduits ou analysés dans tous les pays d'Europe et d'Amérique !
A cette heure, le g-énéral de Pellieux doit porter lourdement, dans sa conscience, l'incroyable témérité d'un tel témoig-nag-e.
Devant le conseil de g-uerre s'est présentée la question du (( cambriolag'e » du domicile d'Esterhazy.
Dans le rapport Ravary, on voit, à propos du colonel Picquart, cette phrase :
« Il a commis des illèg"alités monstrueuses en vio- (( lant sa correspondance, allant jusqu'à faire perquisi- « tionner dans son appartement pendant son absence. »
Au cours des débats, la question est de nouveau soulevée.
D. Alors on aurait pénétré chez vous plusieurs fois?
R. Z)es" masses de fois. Comme c'était pendant mon absence, on dut saisir des lettres qui m'étaient envoyées et que je n'ai pas reçues ; par exemple, les lettres de mon neveu, et au sujet desquelles je fis des réclamations à la poste.
Et l'incident revient devant la cour d'assises (affaire Zola), et il s'y présente dans des conditions caractéristiques.
M. de Pellieux dépose, en effet, et dit : — « J'arrive (( à une affaire très g-rave... Il a avoué que, sans man- « dat, il avait fait faire une perquisition chez cet office cier ; on a bouleversé les meubles, on a bouleversé les « effets de sa femme, on a cambriolé l'appartement, et « la preuve existe ; d'abord il a avoué !... Un meuble a « été forcé, on n'a pas pu le refermer ; on a fait faire (( une clef pour le refermer, de sorte que ce meuble, (|ui
i». n'avait que deux clefs, en a aujourd'hui trois. » (Pagres 240 et 247.^
Et quand M" Clemenceau lui demande pourquoi il n'est pas allé perquisitionner chez M. Esterhazy, le jg-énéral répond :
« Il était absolument inutile d'aller perquisitionner chez le commandant Esterhazv : cela avait été fait pen-
DAXT HUIT MOIS. »
Qui a fait cette déposition ?
Un officier g-énéral, le g-énéral de Pellieux, qui, au moment où il parlait ainsi, se référait à l'époque où il faisait fonction d'officier de police judiciaire.
La déposition, qui est explicite et catég^orique, est donc définitive et irrécusable, n'est-il pas vrai?
Personne, parmi ceux qui l'ont entendue ou lue, personne ne pouvait avoir l'ombre d'un doute.
Et pourtant!... Pourtant cette déclaration formelle portait sur un fait faux.
Voyons d'abord la réponse de M. Picquart (p. 3oo):
(( ... J ai lu la déposition d'hier du général de Pellieux ; dans la partie qui me concerne, j'ai vu des choses qui m'ont frappé, qui m'ont étonné même. Lorsque j'ai eu ma deuxième entrevue avec le 2;'énéral de Pellieux, le général m'a dit: « Vous avez fait perquisitionner chez a EsterJiazij ? » J'ai eu le tort d'accepter le mot ; car je n'ai pas fait perquisitionner chez le commandant Esterhazy, et je tiens à dire d'une façon très nette ce qui s'est passé à ce sujet.
K C'était après la publication de l'article de VEclair, au moment où Esterhazy, à mon avis, était prévenu ; il savait certainement, grâce à cet article, que le bordereau était connu... A ce moment, comme l'enquête ne faisait plus guère deproi^^rès, un de nos chefs me parla de la question de perquisition ; j'avoue ({ue je ne trouvai pas le moment opj)ortun ; il me semljlait que cela aurait clû être fait plus tôt.
« A ce moment, si Esterhazy se trouvait prévenu, il
avait pu faire disparaître tout ce qui pouvait le compromettre. Pourtant, désireux de faire ce qui in était demandé^ je parlai de la chose à l'ag-ent qui surveillait Esterhazy et qui connaissait les êtres. Je lui dis : « Voilà «c ce qu'on me demande, je crois qu'une perquisition (( serait un four... » Je demande pardon de l'expression... Il me répondit: ail i/ aune chose bien simple, il « est allé à Rouen ; mais Je ne sais pas s'il a démé- « nagé, je vais m'en assurer. » Je crois me souvenir qu'il médit, en outre, qu'il y avait un écriteau indiquant que l'appartement était à louer... Il alla voir l'appartemenl sous prétexte de location, et il me rapporta comme preuve une carte de visite qui traînait à terre et sur laquelle quelques mots étaient écrits ; il me dit qu'il y avait beaucoup de papiers brûlés dans la cheminée, et g*est TOUT. Je lui rendis la carte et l'invitai à la reporter à sa place.
« Lorsque le o-énéral de Pellieux m'a interrog-é à ce sujet, il m'a raconté qu'on avait cambriolé la maison, qu'on avait fait faire de fausses clefs, que la preuve en était dans une clef qu'on avait trouvée en plus du nombre normal, etc., etc. Je ne savais pas à ce moment d'où ce renseig-nement était venu au g-énéral de Pellieux ; mais, au conseil de g-uerre, je l'ai vu: c'étaient des
RENSEIGNEMENTS DONNÉS PAR EsTERIIAZY, si biCJl C/UC IcS
renseignements qui ont été donnés hier par le général de Pellieux sont, à peu près, exactement les renseignements d'Esterliazij. » (T. I p. 3oo et 3oi.)
Si je ne craig-nais. Monsieur le Procureur de la République, d'employer ici un mot un peu vulg-airc, je dirais volontiers, selon une expression familière à M. Sarcey, que de tels procédés d'instruction sont à pouffer de rire.
Quoi ! instruire une affaire contre un individu, ce serait tout simplement reproduire et répéter ce que, dit cet individu !,..
On mettrait au théâtre une telle scène que le public sifflerait...
]N[als. j'y soncf»', je me suis horiiô à opposer le tpmoig-nag-i* du colonel Picquart au tûmoignag-c du i^énri'al de Pellieux, — et on pourrait dire que, en définitive, celuici vaut celui-là.
Eh bien, vovons la confrontation des deux témoins. (P. 3:^2.)
Je dois dire ici f[ue, si INI. le Président DeletjforiT;'ue avait éclairci les points importants du procès comme il a éclairci celui-là, il y a beaux jours que l'ag^itation aurait pris fin, car la vérité se fût faite dés loui^temps.
M. LE Président [cifi colonel Picqiiart). — Quand vous avez commencé l'instruction de l'affaire Esterhazy, n'avez-vous pas fait de nombreuses perquisitions chez lui?
M. LE colonel PicouARï. — Non, j'ai raconté ce qui était ari'ivé un jour; cela n'a pas été fait une autre fois. Je crois bien avoir dit qu'une fois un agent était entré chez le commandant Esterhazy ; que l'appartement était à louer à ce moment, et qu'il était entré de la façon que j'ai dit.
M. LE Président. - 11 est entré et il aurait fait luimême lia perquisition. {N. B. — Il ne s'agit déjà plus de nombreuses perquisitions.)
M. LE COLONEL PicouART. — Mais non, il ne m"a jamais rien rapporté.
M. LE Président. — Mais le général de Pellieux...
M. LE COLONEL PicouART. — Le général de Pellieux a rapporté ce qu'a dit le commandant Esterhazy au conseil de guerre.
M. LE Président {fiprès anoir appelé le général de Pellieux à la barre). — Monsieur le génécal tle Pellieux, pouvez-vous nous donner des rensei^'nements sur cette perquisition, dont vous avez parlé hier, qui était si importante que vous nous avez dit que c'était un véritable CAMBRIOLACE?
La question est nettement posée, et nous allons savoir ce qu'était ce « véritable cambriolage ;) ,
M. LE GÉNÉRAI- DE Pellieix. — Le colonel Picquart lui-même m'a avoué qu'un ag-ent envoyé par lui était entré. Eh bien! je me demancîe ce qu'il allait faire dans l'appartement; je pense qu'il va me dire qu'il allait le louer.
M. LE COLONEL PiCQUART. — H mc Semble que j'ai expliqué la chose. Cet agent ne m'a pas rapporté autre chose qu'une carte sur laquelle il y avait quelques mots; je lui ai fait reporter la carte; je n'ai jamais eu autre chose.
M. LE Président. — Général, êtes- vous entré dans l'appartement?
M. LE GÉNÉRAL DE PeLLIEUX. NoU.
M. LE Président. — Alors, vous ne savez pas l'état dans lequel il se trouvait?
M. LE GÉNÉRAL DE PeLLIEUX. Noil.
M. LE Président. — C'est qu'hier vous nous avez donné des détails.
M. LE GÉNÉRAL DE Pellieux. — Lc commaudaut Estcrhazy prétend {\l\) qu'un meuble a été forcé et qu'il y a encore des traces.
M*' Clemenceau. — Nous sommes d'accord : ce que M. le général de Pellieux a affirmé, il le tenait exclusivement du commandant Esterhazy.
M. LE GÉNÉRAL DE Pellieux'. - PARFAITEMENT!
La voilà donc, cette confrontation.
Je me suis abstenu et je m'abstiendrai, Monsieur le Procureur, de toute observation qui pourrait paraître désobligeante.
Du moins, puis-je poser cette question : Oue faut-il conclure de cet interrogatoire ?
Ceci : — Que le général de Pellieux a, sous la foi du serment, affirmé un véritable cambriolage.
Ceci encore : — Que cette affirmation solennelle portait en réalité sur un fait/î^wx.
Ceci enfin : — Que, quel que soit un témoin, si haute que soit sa situation, si grande que puisse être son hono-
ral)ilitL', sa déposition iloitotro contrôlée, vérifiée, — surtout dans les alVaires où la passion tourne et trouble les tètes les plus solides.
Et avec quelle force cette dernière observation s'applique à l'incident le plus retentissant, et le plus émouvant des long-s débats de la cour d'assises !
L'affaire tournait visiblement à l'acquittement de M. Zola.
C'est alors que, dans une éclatante intervention, le g'énéral de Pellieux fit cette déclaration :
...On veut la lumière : Allons-y ! Au moment de Finterpellation Castelin, il s'est produit un fait que je tiens à signaler. On a eu, au ministère de la guerre — et remarquez que je ne parle pas de l'afTaire Dreyfus — la preuve ABSOLUE de la culpabilité de Dreyfus, absolue ! et cette preuve, je l'ai vue! Au moment de cette interpellation, il est arrivé nu ministère de la guerre un papier dont Vorigine ne peut être contestée (!) et qui dit — je vous dirai ce qu'il y a dedans : — « 11 va se produire une interpellation sur i'atfaire Dreyfus. Ne dites jamais les relntions que nous avons eues avec ce juif »... On a cherché la revision du procès par voie détournée ; je viens vous donner ce fait. Je l'affirme sur mon honneur, et j'en appelle à M. le général de boisdetri'fc pour appuyer ma déposition. Voilà ce que iaxoulsiis dire. {Applaudisse?nents.) (Tome H, i)age 118.)
Que le général de Pellieux ait pu être de bonne foi, personne ne le conteste, car il ne savait pas, lui, la démarche de M. Tornielli, l'ambassadeur d'Italie, et la réponse que notre g-ouvernement lui avait faite (i).
(1) Je suppose, bien entendu, que lo aéiii'ral de Pellieux n'avait pas lu la déclaration du comte Bonin, que j'ai rappelée page 3o, en note. .Je dois pourtant ajouter que, dans la 2= Drochure sur les Dessous de l'affaire Dreyfus, Esterhazy prétend avoir prévenu le général de Pellieux. «M. de Boissàndré, « M« lézenas sont là pour attester que, dès le premier jour où
Le lendemain, le g-énéral de Boisdeffre venait faire la déclaration suivante :
Je serni bref. Je confirme de tous points la déposition de M. le général de Pellieux, comme exactitude et comme authenticité.
Et cependant 1 . . .
Vous savez, Monsieur le Procureur, la question qui obsède à cette heure tous ceux que n'ég-are pas une aveugle passion, cette question obsédante, en effet, et vraiment troublante : — A cette date (i8 février 1898), à cette minute solennelle, le général de Boisdeffre, le chef de l'état-major de France, connaissait-il, oui ou non, les déclarations de l'ambassadeur italien et l'engagement pris envers lui?
S'il ne connaissait rien de tout cela, je me demande de quoi est informé et doit être informé le chef d'état-major.
S'il connaissait tout cela... Oh! s'il connaissait tout cela, M. le président Delegor";-uc lui a rendu un fier service en empêchant M<î Labori de lui poser aucune question .
Veuillez considérer, Monsieur le Procureur, le bruit , qu'avait fait la déclaration de M. de Pellieux.
Il n'est pas possible, je crois, de supposer que M. de Boisdeffre ne se soit pas préoccupé de sa comparution pour le lendemain et de sa réponse.
Il n'est pas possible, je crois, de supposer que le gouvernement ne se soit pas préoccupé de cette réponse, car, ne l'ouldions pas, c'est peu après la réception des trois fausses lettres attribuées aux attachés militaires, allemand et italien, que, le 18 novembre 189G, M. Billot (( faisait appel au patriotisme de la Chambre pour qu'elle n'engageât pas un débat qui pouvait présenter de grands
« cette pièce a été produite à la Cour d'assises, jeteur en ai dit « conlidentiellement la valeur; /ai timidement essayé d'attireii* » là-dessus L'attention de M. le général de Pellieux, mais il a « invoqué la sim,ilitudc du papier et n'a point voulu prêter' « attention à mes paroles. » (P. 93.)
incoiivcnionts>). — OircTit-il dit, (i fortiori,, après la démarche formelle de l'ambassadeur italien ?
11 n'est donc pas possible, je crois, de supposer l'absence d'un accord préalable entre le g-ouvernement et le chef d'Etat-major sur la r(''ponse que devait faire ce dernier.
Pendant qu'on en délibérait, on dut, sans doute, maudire plus d'une fois le téméraire général de Pellieux. Le ras était, en etVet, embarrassant. Quelle réponse faire ?
Désavouer le g-énéral de Pellieux ? Faire comme on avait fait pour M. Rochefort au sujet de la fausse lettre de l'Empereur d'AUemag-ne ? Mais quel tapai>-e c'eût été ? Quelle levée de boucliers ! L'aft"aire s'efTondrait du coup. Zola était acquitté... C'était impossible !
Mais, d'autre part, du fait et par la faute du ii;vnéral de Pellieux, uni' grosse et g-rave question de rapports diplomatiques, de convenances et de susceptibilités internationales,se soulevait, non plus même devant les représentants du pays, mais dans une cour d'assises, où, à peine de manquer à ses devoirs, l'avocat allait vouloir autre chose que des paroles vag-ues (>t de hautaines affirmations.
Sauf erreur, il me semble, Monsieur le Procureur, que nous avons ainsi l'explication de deux faits importants :
a) L'explication de la déposition sèche et cassante du général de BoisdetVre. — « Je ne dirai pas an mot de pins. » Et j'imag-ine qu'il dut être bien mal à l'aise, sachant ce ({u'il savait, d'avoir à dire ce qu'il dut dire ;
b) L'explication du refus par >L le Président de donner la parole à M^ La])ori après la déposition qui (sur la base des faux d'Henry) accablait son client, mis dans l'impossibilité de se défendre.
Refus extraordinaire, à propos duquel M. Ghambareaud, dans son rapport, a dit :
Vous apprécierez la ^^ravilé rie cet incident à l'aide des princifies que vous avez souvent consacrés et qui sont invoqués par le pourvoi : le pourvoi vous demande si l'on a pu avoir dfax poids et deux mesures, accorder aux témoins le droit de tout dire malgré l'arrêt antérieur du 7 février, et
refuser ensuite la parole en vertu de ce même arrêt qu'on applique à l'accusé, et cela en présence du juge le plus impressionnable : le jury.
Autre exemple, celui-là moins grave, mais bien topique aussi. Pendant les débats de la Cour d'assises, le g-énéral de Pellieux avait dit, à propos de la publication du très remarqué rapport Besson d'Ormescheville :
On a lu ici publiquement le rapport de M. d'Ormescheville, et j'ai une observation à faire encore à ce sujet.
Je me suis laissé dire, et le commandant d'Ormescheville me l'a dit lui-même, et je demande qu'on l'appelle à' la barre si cela est nécessaire — il m'a dit que le rapport] publié dans les journaux était tronqué ; je veux qu'on le] sacbe. Je demande que le commandant d'Ormescheville soit] appelé puisqu'on entame cette question. // m'a dit, lui. publiquement, ici, que, dans les journaux, son rapport était] tronqué. Je demande qu'il soit appelé . . J'en ai assez, à laj fin ! [A pplaudissements .)
Or, au cours de son rapport sur la revision, M. Bard a; donné lecture du rapport Besson d'Ormescheville. Avant] de le lire, il a fait cette observation :
Je demande à la Cour la permission de faire cette lecture d'après l'imprimé, ce qui sera plus commode ; j'ai pri" soin de le coilationner avec l'original et j'y ai fait quelque^ corrections.
En comparant le texte tel qu'il a été ainsi lu avec 1( texte tel qu'il avait été publié par M. Yves Guyot, onj constate que (sauf une phrase omise au suiet de laj femme Y), les corrections ont porté sur de menus] détails tout à fait insig"nifiants, comme « deux sortes »] au lieu de <( deux manières », ou comme ces « notes ou\ documents » au lieu de ces « notes eî documents. »