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LA VIE DE F. ZOLA ET LES LETTRES COMBES

Comment concilier certains faits, très particuliers, dJ la vie de F. Zola avec rexis.tence au ministère de k guerre d'un dossier qui eût contenu les prétendues lettres Combes?

Si je n'ai qu'un point commun avec M. Judet, j'ai du' moins ce point que, tout comme lui, je puis écrire que « mon âg'e me permet de déclarer que je n'ai pas connu François Zola».

Je n'ai point à faire son panégyrique; et je n'aurais aucunement souffert si mes recherches m'avaient fourni la preuve de l'authenticité des lettres Combes, ou, ce qui n'est pas la même chose, la preuve des faits sur lesquels ont été fabriquées ces lettres.

Si j'avais trouvé quoi que ce fût en ce sens, je l'eusse dit. Je n'ai rien trouvé, je le dis.

Mais puisque, dans les conditions que j'ai rappelées, on a publié, sous le nom de a Combes », deux lettres, en disant que la preuve des faits y énoncés était au ministère de la guerre, je relève cette affirmation, et, la retenant, je demande comment on la pourrait accorder avec les faits que je vais faire connaître.

Je me permets de vous rappeler ici. Monsieur le Procureur, les dernières lignes delà « deuxième lettre » :

Je pense donc que, dans l'intérêt de la société (!!) autant que de Tarmée, on doit prémunir M. le maréchal ministre de la guerre contre les tentatives de cet intrigant plein de mensonges, de déceptions et de vilenies.

Je vois et vous voyez très bien, Monsieur le Procu-

iir, le but que, par là, on a voulu atteindre, et comicnt on se préparait, en couvrant le tout d'une u presicnce inouïe », à dévider a le fil qui conduit inathéma- Kjuement d'un homme à un autre homme ». .Mais on n'a pas tout prévu ! . . .

Et les organisateurs de cette correspondance vont ivoir, je pense, quelque embarras. Non pas que j'en eslère Taveu, ému et repentant! Ma naïveté n'est pas si jrande. Dans la lutte, et surtout dans des luttes où on le recule devant rien, où j'ai relevé, parmi tant d'autres, le si incrovables prkcédents, on ne s'arrête ^i^j-uèrc à génir sur les coups qu'on a portés.

Voilà donc une prétendue lettre dont l'objet extérieur, 'oulu, proclamé, aurait été de pré nui ni r le ministre, out à la fois dans l'intérêt de la société civile et de 'armée.

Bien! — Que va faire Zola après avoir quitté l'Alg-érie? Va-t-il cacher sa qualité d'ancien officier?... Nonl ngénieur, il fait, comme ing-énieur, des publications liverses où, parmi ses titres, il met sa qualité tV ancien officier.

Va-t-il s'éloigner des lieux où passent et repassent *eux qui, venant d'Alg-érie ou en revenant, pourraient 'appeler une condamnable défaillance? Non! Il se fixe mmédiatement à Marseille. C'est à Marseille qu'il va procéder à d'énormes études et présider à des travaux retentissants et g-lorieux.

Dira-t-on qu'il a compté sur l'aumône de la discrétion? Dira-t-on qu'on l'a laissé s'échapper par l'entre-bâillement l'un silence dédaigneux? Ce n'est pas possible, puisque la lettre Combe.s aurait été écrite précisément dans une intention contraire. Et, détail à sig-naler, l'un des premiers qui va passer et repasser à Marseille, c'est le colonel Combe lui-même. Il rentre en France dès le mois de septembre i832.

Dans son ouvrag-e, le g-énéral Bernelle s'exprime ainsi :

Au mois de septembre 1832, M. le colonel Combe rentra

en France et fui mis à la disposition du ministre de guerre . . Le gouverneur général désigna alors, pour coi mander provisoirement la légion étrangère, M. le lieutenaj colonel Bernelle (l'auteur lui-même) du 10* régiment d'infa terie légère. (P. 11 et 12.)

11 revient ensuite en Algérie, où il ne fait que po: le pied, et retourne en France au mois de novembre i8

La preuve est dans le Moniteur Algérien (ann» 1882, numéro 42), où l'on voit que le colonel Combe quitté Alcrer le 19 novembre i832. sur la frég-ate G al citée.

Il vient prendre le commandement du 47^ rég-iment de lig-ne.

Où donc était le 47'^' tie ligne? A ^Montpellier. Et il y resta jusqu'en i835, époque à laquelle il fut envoyé en Alg-érie où il devait, en i837> montrer tant de bravoure au sièg-e de Constantine.

On m'accordera, je pense, que les travaux de F. Zola et .ses projets étaient de telle nature qu'ils ne pouvaient être ig-norés à Montpellier. Si la fameuse lettre était du colonel Combe, étant donnés le ton et l'esprit où il l'aurait écrite, j'ai peine à croire qu'il eut omis de « prémunir » les autorités « civiles » ,

Dira-t-on que, après avoir fait son devoir de dénonciation, le colonel Combe s'est fait un autre devoir du silence, pour ne pas aug-menter la responsabilité de ceux que cette dénonciation laissait indifférents? Car il faudra bien inventer des explications, et on n'y manquera pas.

Eh bien ! faisons un pas de plus.

Dés 18S0, l'ingénieur F. Zola avait étudié et pou.ssé à fond un .système nouveau de fortifications, qu'il avait soumis directement au roi.

« Une commission, composée de MM. le vicomte de K Rog-niat, pré.sident du comité du g-énie, et de M. Pri- « vot de Vernoy, a été charifée de son examen, qui n'a « été interrompu que par l'opinion publique, alors hos- « tile à toute espèce de fortifications autour de Paris; »

L'Intérêt du projet et son utilité n'avaient d'ailleurs point passés inapei'(;us; on s'en inspira bientôt pour la (létense de Lyon, où on en fit une application assez fausse. Les idées n'étaient pas mûres.

Dès son arrivée à Marseille, ri)ii»énicur F. Zola s'était rendu compte de la nécessité d'un nouveau port. Aussitôt il étudie un projet, et, dans un volumineux atlas, il en .irréte tous les détails. Ce nouveau port devait être, d'après lui, non pas à la .loliette, mal abritée, mais aux (Catalans, où la sécurité était plus iji'randc. Si la Joliette l'emporta, les travaux de F. Zola, la lutte opiniâtre qu'il avait soutenue pour le bien public avaient cependant attiré sur lui l'attention de tous.

Et c'est lui qui est chargé d'étudier, de préparer les nouveaux docks et de présider à leur construction. Comment vont-ils s'appeler, ces docks? L'ing-énieur propose ce nom : « Docks Joinville ». Il sollicite, en conséquence, une audience princière. 11 est reçu. Le prince est heureux et fier d'attacher son nom au nom et à l'œuvre de rinûfénieur F. Zola; et les docks Zola reçoivent officiellement le nom de « Docks Joinville ».

Cela se passait en i830, sous le premier ministère Thiers (22 février-G septembre i836).

Le Moniteur universel (n^ i48) du vendredi 27 mai i83G, i'"^ pa£>"e, 2'' colonne, porte :

Dimanche dernier, 22 du courant, M. Zola, ingénieurarchitecte-topographe, a eu l'honneur d'être présenté à S. A. H. Mgr le prince de Joinville. et de lui soumettre les plans de son beau travail, récemmenl adopté par la ville de Marseille, pour la création d'un bassin sous le nom de Docks Joinrille, el d'un canal pour la sortie du port par les vents impétueux du nord-ouest. Son Altesse Hoyale s'est livrée avec un intérêt soutenu à l'examen de ces plans et à l'étude de moyens mécaniques très ingénieux, inventés par M. Zola pour rendre moins dispendieux et plus rapide l'exécution de son projet. Elle a (énioignê qu'elle serait llattêe de voir l'industrie accomplir une oMivre d'une si haute importance pour la prospérité de Marseille et même pour la marine de l'Etat. M. A. Trognon, précepteur du prince, et

M. M. Ilormoiix (do Seino-et-Oise) cl Cuoq, membre de lai Chambre des députés, ont eu aussi l'avantage de pouvoir apprécier le mérite du beau travail de M. Zola.

La ville voisine, Aix, manque d'eau et meurt de soif. Gomment lui donner de l'eau ? Depuis long-temps le besoin avait posé la question. Dès i838, F. Zola se met au travail; il étudie à fond la question, arrête des plans, intéresse à son OHivre M. Thiers, qui a pu déjà Tapprécicr. Mais les formalités sont long-ues; il faut attendre...

En attendant, F. Zola revient à son idée de fortifications autour de Paris, — étendue, cette fois, à l'Alg-érie, où notre domination, décidée en principe, rencontrait tant de difficultés matérielles, en même temps que de vives oppositiojis dans le Parlement.

La question des fortifications avait fait son chemin, et l'opinion publique s'y était habituée.

Le 20 septembre i84o,F. Zola écrit une longue lettre à M. Thiers, président du conseil (deuxième ministère Thiers, i^r mars-2 9 octobre 1840).

Dans une circonstance aussi importante, permettez-moi, Monsieur le Président du conseil des ministres, de réhabiliter un système qui n'a pas été compris dès son origine, qui a été mal appliqué à la défense de Lyon, et qu'on veut sacrifier aujourd'hui, lorsqu'il devient une nécessité pour la défense de la capitale.

Le temps presse. Zola se multiplie, défendant son système auprès de tous.

Il écrit à l'aide de camp de service auprès du roi une lettre ainsi conçue :

Mon général,

En 1836, j'ai eu l'honneur d'èlre présenté à Sa Majesté par le général comte d'Houdetot.

Aujourd'hui, une question plus grave m'impose le devoir de solliciter de Sa Majesté une nouvelle audience, afiu de lui soumettre un projet dont le but est :

1° De mettre dans huit mois la capitale dans l'état de défense le plus redoutable;

i° D'économiser cinq sixièmes du capital ((non devra

iiipioyer an système actuellement admis (ligne continue);

3*^ De ci'cci- avec la somme économisée cent cinquante

iies stratégiques pour couvrir le territoire dei)uis \f[ IVon-

lore et anéantir rennemi avant qu'il arrive aux approches

le la capitale ;

40 Kulin, i\'ap]}li(iuer ce système à L'Algérie, j^our (iche- 'er fomplètemeiif /'a>urre de colonisation.

Le but de mes constantes études se résume en entier dans e vœu le plus ardent d'être utile au pays ; nuiis je désire, iivant de soumettre officiellement mon nouveau système, de •ecevoir les ordres de Sa Majesté, afin que, suivant sa haute tppréciation. il me soit possible de produire une œuvre que le crois utile ou de la laisser ignorer.

La lettre ci-jointe donne en raccourci la comparaison de Inon système avec celui admis. Veuillez, je vous prie, la Inettre sous les yeux de Sa Majesté, et m'honorer d'une •épouse à l'égard de l'audience que je sollicite.

Agréez l'assurance de la haute considération avec laquelle 'ai l'honneur d'être votre très humble serviteur.

Signé : ZOLA..

Cette demande d'audience motiva les deux lettres suik'antes :

AIDE DE CAMP DF SFRVICE Palais do Saint-Gloud. 9 octobre 1840.

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