‹ Le père d'Émile ZolaChapitre 42 sur 65 · MINISTERE DE LA GUERKE · texte numérisé non relu

MINISTERE DE LA GUERKE

CABINET DU MlMSTRh:

Lp niinisli'o de la guerre désirerait, s'entr lenir avec M. Zola de l'objet d'une lettre qu'il écrite au lioi avant-hier, et il lui serait ohli^ de vouloir l)ien passer à son cabinet, ce soir vers six heures, en apportant les documeiil qu'il se proposait de soumettre à Sa Majesté. Samedi. dO octobre d840.

Le chef du cabinet,

Signé : Bourjade.

Le ministre de la guerre était le lieutenant génér.i Despans-Gubières.

Le même jour, lo octobre j84o, F. Zola écrit un nouvelle lettre au président du conseil.

Quelques jours après, le deuxième ministère Thicr tombait (29 octobre i84o).

Il était remplacé par le troisième ministère Sonlt qui avec la présidence du conseil, s'était réservé le port» feuille de la g-uerre.

La question des fortifications de Paris n'en fut [);i retardée.

Conçu sous l'inspiration du roi, le projet présent» contre son gré, par le maréchal Soult, eut pour rapporte 11 M. Thiers.

Trois opinions s'étaient formées, chacune ayant <!<■ défenseurs acharnés et des adversaires passionnés.

Les uns repoussaient dans son principe même le j)i<t jet, où ils voyaient une menace pour la liberté (Lan), tine, Garnier-Pagés).

Les autres adhéraient au principe du projet, mais divisaient sur le plan à adopter.

(Certains défendaient l'ancien svstème de fortification

iiitiiuies, avec les additions du projet de loi (Tliicis, do I unuisat, Du vcrerier de Hauranne, les g-énéraux Paixhans et Ikiineaiul).

Certains ne voulaient (|ue r<'nceinte eontlniie, sans rien plus (Portalis, Arag^o.)

Certains, parmi lesquels lei»V'nrral Sehiicidcr, M. Passy et M. Dufaure, préféraient le système des forts détachés et pensaient que l'enceinte continue était inutile. (G. Picot, Vir et discoiif\s de Diifrnire, p. 109.)

Telle avait été toujours, depuis iS.So, l'opinion de F. Zola, qui, poui' défendi-e son idée, fil réunir les lettres que je viens <.le rappeler en une brochure.

Cette brochure, qui est à la Bibliothèque nationale, où je l'ai consultée, fut envoyée aux meml)resdu Pailement avec une carte au vingt-millième sur laquelle était figuré au carndn le tracé de la ligne de défense.

Ouel était, en résumé, le système de Zola?

La liiiiie forliliee pari de Saiul-Deiiis. Iraversc la roule «le Dugny et celle d'Anislerdam. près Grand-Drnncy. Elle rouvre Bondy. Villemomhle. Rosny. Foidenay-aiix-ljois et arrive à Marne, près de Noiionl.

(lelle liiiiie i\v déTensc Iraverce la Marne, et. ajirès avoir couvert (;hanq)igny, elle se dirige sur Sainl-Hilaire, pour suivre cette rivière jusqu'au-dessus de Créteil. De là, elle traverse la plaine, sur laquelle se déroule la roule d'Italie...

La ligne de défense traverse la Seine au sud de Villejuif, Fontenay. Clamart et Moulincaux. où elle traverse de nou- Teau la Seine; et, de là. suivant le cours de cette dernière par Neuilly, Villiers, Clicliy la-Garenne et Saint-Ouen, elle rejoint son point de départ à Saint-Denis.

L'année i84i s'ouvrit par le mémorable débat sur les fortifications de Paris.

La lutte fut vive au sein du Parlement où, dans cette discussion, se firent entendre les voix les plus autorisées et les orateurs les plus éminents, notamment AL Dufaure,

3ui, dans le sens de la défense extérieure et des forts étachés, prononça un de ses plus importants discours^ le 28 janvier i84i. {Moniteur^ p. 227.)

Voilà les faits rappelés avec exactitude et dans loi chronolog-ique.

Eh bien! Monsieur le Procureur, je demande comi on pourrait les concilier avec un dossier qui, au mii tère de la guerre, aurait alors contenu les prétend| lettres dont on essaie aujourd'hui d'écraser Emile Z(

Si accessible que fût le roi, il ne recevait pas le p| mier venu, et sans savoir qui il recevait.

En i836, F. Zola a été reçu par le roi.

En i836, F. Zola a été reçu par le prince de Joinvil

En i836, F. Zola a reçu les élog-es officiels du prii de Joinvillc.

En i838, M. Thiers s'intéresse aux travaux projet pour la ville d'Aix.

En i84o, F. Zola écrit à M. Thiers, président du ce seil, puis ensuite au roi même, à qui il envoie, sur fortificatioms de Paris, une communication, qui est ii médiatement transmise au ministre de la g-uerre.

En i84o, F. Zola est reçu par le ministre de la guerre.

En i84i, F. Zola fait connaître son système à tous les membres du Parlement.

En i84i, le système Zola est défendu par des hommes éminents contre le système admis dans les sphères officielles.

Est-il quelqu'un qui puisse penser et soutenir que, pendant ce temps et au cours de tous ces faits, personne ne se serait reporté au dossier de « l'ancien officierai F. Zola?

Et si cela est de toute impossibilité^ est-il quelqu'un qui oserait prétendre que, si ce dossier avait alors contenu les lettres fabriquées de toutes pièces qu'on en a sorties contre Emile Zola, les choses se seraient passées comme nous les révèlent d'authentiques documents ?

Qui donc était président du conseil et ministre de là guerre en i84iV — Le maréchal Soclt! dont le troi* .sième ministère a été un des plus longs que la France ait jamais connus, puisqu'il a duré depuis la fin de l'an-

née i84o jusqu'au 19 septomhre 1847, lo maréchal Soult, qui,' précisément, était ministre de la g-uerre dans le ministère Casimir Perier, eii^-fS^a, et qui, en cette qualité, aurait eu à s'occuper de l'affaire Zola !

Le défaut du système de Ting-énieur Zola, 1' « ancien officier », c'est qu'il devançait son temps.

Il l'a dit lui-même avec cette énercfie robuste et cette foi inébranlable de ceux dont l'œil clairvoyant a deviné l'avenir, k Malheurrunenienf, g*émissait-il, la routine des bureau.!: du Génie, les anciennes liabiludes sont là, inflexibles, résistant de tout leur pouvoir à toute innovation. »

Propos d'inventeur déçu, dira-t-on, plaintes connues des imaçinatifs et des illuminés !...

Eh non !

Un officier g^énéral, qui connaît très bien le général de Loverdo, et dont je ne saurais dire le nom, de peur d'appeler sur sa tête des injures et des calomnies, a bien voulu faire connaître toute la valeur, au point de vue militaire, des idées dont la conception inaui^urale revient à F. Zola.

Il s'en est ouvert à un journaliste occasionnel, et lui a donné les détails les plus intéressants, que celui-ci a rapportés fidèlement dans le Siècle^ numéro du 28 octobre 1898 :

C'était en 1867. a dit cet officier général; il s'agissait d'examiner les plus sûrs procérlés de mise en défense de nos places fortes. — Au cours de mes recherches à travers <lc nombreuses études sur la défense de nos forteresses qui se trouvaient dans les arcliives de la guerre, l'une de celles qui me frappa le plus fut celle de François Zola. Et ce n'est pas seulement celle de Zola., c'est celles de Zola qu'il convient de dire, car Zola en fournit plus d'une : il y a avec ses diverses propositions au ministère de la guerre un énorme dossier à reconstituer.

Le temps marcha, et les événements aussi. La g-uerre de 1870 nous révéla les lacunes et les vices de notre système délensif.

Il fallait y pourvoir.

Et il arriva ceci : que le système présenté par F. Zola, dès i83o, repris par lui en i84o, fut à très peu de détails près, le système préconisé par M. Thiers devant l'Assemblée nationale, comme étant le plus convenable « au point de vue des effectifs que doit immobiliser une place forte ».

Avoir été en avance d'un demi-siècle sur son époque, cela n'est pas banal.

Comme nous voilà loin des imputations des fausses lettres Combes. La « prescience inouïe », c'est celle de F.Zola!

Ce n'est pas tout !

Si ses idées sur la fortification militaire n'avaient pas prévalu en i84i, F. Zola n'était point homme à se reposer.

Il revient à ses projets pour la ville d'Aix et se débat dans les lenteurs administratives, dont il finit par triompher avec le concours de ^I. Thiers, qui, comme rapporteur du projet de loi sur les fortifications de Paris, avait pu l'apprécier mieux encore.

Le 9 mai i844, le Mémorial d'Aix disait :

Nous sommes heureux de pouvoir annoncer à nos concitoyens que, le 2 de ce mois, le Conseil d'Etat, sections j-éiijiies, a déclaré définitivement l'ulililé publique du projet du Canal Zola, et a nrloplc en entier le traité du 19 avril 1843, consenti entre la ville et cet ingénieur.

Cette question, d'une si grande importance pour notre ville, est donc complètement résolue, malgré les innombrables difficultés qu'on lui opposait, et que M. Zola a surmontées avec une grande énergie et une persévérance à toute épreuve. Nous pouvons ainsi, dès aujourd'hui, compter sur l'immédiate exécution d'un projet qui, en nous accor-

iiit les hieiilaits do riri-ii^-ition. nous poi'incili'ii de siiivro - l>rogrès de riiidiisli'ie. en ci'éiinl de nouvelles ressour>:es I niir notre ville et ses habitants.

L'ordonnance royale (\st du ',U mai i844-

Il n'est pas inutile (.l'en citer en entier le texte, ne l'ùt-ce

|uc pour montrer la loni^neur des formalités prélimi-

tires et que, au cours de ces formalités, l'occasion

est maintes fois présentée de se reporter au dossier de

K l'ancien officier » Zola :

Neuilly. le 31 mai 181L

Louis-Philippe, Roi des Français, à tous présents et à venir, salut ;

Sur le rapport de notre ministre, secrétaire d'Etat au département de l'intérieur ;

Vu le projet présenté par le sieur Zola, pour dt'Tiver les rivières de Gausse et de Bavou et les amener sur le territoire d'Aix ;

Vu les plans et devis présentés à l'appui de ce projet ;

Vu les délibérations du Conseil municipal d'Aix, en date des 6 décembre 1838, 11 janvier et 2 octobre 1839, 23 décembre 1840, 21 septembre 1841, 19 avril et 11 août 1843, et 2 avril 1844 ;

Vu le procès-verbal de l'enquête à laquelle il a été procédé depuis le 16 février 1839 jusqu'au 2 août suivant;

Vu les réclamations annexées au procès-verbal et l'avis de la commission nommée, conformément à l'article 8 de la loi du 3 mai 1841, pour délibérer sur les oppositions ;

Vu les délibérations du Conseil municipal du Tliolonet, en date des 24 octobre 1840 et 25 juin 1843 ;

De celui de Vauvenargues, en date du 24 mars 1839;

De celui du Saint-Marc, en date du 30 juillet 1843 ;

Et de celui d(^ Saint-Antonin. en date du 26 décembre 1843;

Vu le rapport du Conseil de salubrité des Bouches-du-Rhône, en date du 18 avril 1842;

Vu le rapport de l'ingénieur des ponts et chaussées de l'arrondissement d'Aix, en date du G août 1839 et celui du 23 mai 1843 ;

Vu le traité passé entre le sieur Zola et la ville d'Aix, en date du 19 avril 1843, et celui passé entre le sieur Zola et le maire du Tholonet, en date du 25 juin suivant;

Vu les soumissions et engagements souscrits par M. Z( en date du 15 août 1842 :

Vu la lettre de notre ministre secrétaire d'Etat des travî publics, en date du 15 avril 1810;

Vu ravis du préfet des Bouches-du-Elione ;

Vu la loi du 3 mai 1841 et les ordonnances rovales 18 février 1834 et 23 août 1835 ;

Vu le procès- verbal de jaugeage des fontaines actuellemj existant à Aix, en date du 16 octobre 1841 ;

Les certificats des maires du Tholonet et de Beaurecueil, date des 7 et 8 octobre 1841 ;

Notre Conseil d'Etat entendu,

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Article premier.

Sont approuvés dans leurs clauses et conditions ;

1° Le traité passé par acte sous seing privé, le 19 avril 1843 et le 4 avril 1844, entre le maire de la ville d'Aix (Bouches-du- Rliùne) et le sieur Zola;

2» Le traité sous seing privé, passé le 25 juin 1843 entre Ie| maire du Tholonet (Bouches-du-Rhône) et le sieur Zola, lesquels traités resteront annexés à la présente ordonnance.

Art. 2.

Sont déclarés d'utilité publique les travaux de construction des bassins et du canal destinés à retenir et à amener dans la ville d'Aix les eaux de la rivière de Gausse, tels qu'ils sont décrits dans les plans, projets et devis qui ont servi de base à l'enquête ci-dessus visée et dans les soumissions et engagements souscrits par le sieur Zola, en date du 14 août 1843, lesquels ( lans, projets, devis, soumissions et engagements resteront annexés à la présente ordonnance.

Art,

En conséquence, le sieur Zola est autorisé à ac(j[uérir, au nom de la ville d'Aix, soit à l'amiable, au prix qui sera usé par une expertise contradictoire, soit, s'il y a lieu, par voie d'expropriation, les eaux, terrains et autres immeubles nécessaires à l'exécution des travaux désignés dans l'article 2 de la présente ordonnance.

Art. 4.

Nous nous réservons de statuer ultérieurement, s'il y a lieu, par une nouvelle ordonnance, sur la déclaration d'utiliéi

Iiblique ô intervenir, pour l'exécution des travaux compris ins les plans, projets, devis et engagements du sieur Zola, et latifs à la dérivation de la rivière de Bayou.

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