‹ Le père de familleChapitre 12 sur 39 · S AIN T-ALBIN · texte numérisé non relu

S AIN T-ALBIN

Si je l’aime ? i>’ O R b e s s o n.

Ecoutez , et tremblez sur le sort que vous lui préparez. Un jour viendra que vous sentirez toute la valeur des sacrifices que vous lui aurez faits. Vous vous trouverez seul avec elle , sans état , sans fortune , sans considération ; l’ennui et le chagrin vous saisiront. Vous la haïrez , vous l’accablerez de reproches. Sa patience et sa douceur achèveront de vous aigrir; vous la haïrez davantage , vous haïrez les enfans quelle vous aura donnés , et ,vous la ferez mourir de douleur.

Saint-Albin.

Moi ? d’ O R b e s s o N.

Vous. Sain t-A l b i n.

Damais , jamais. d’Orbesson.

La passion voit tout éternel , mais la nature humaine veut que tout finisse. Saint-Albin.

Je resserois d’aimer Sophie î si j’en étois capable ’ignorerois je crois si je vous aime.

d’Orbesson.

Voulez-vous lesavoir et me ïe prouver : faites ce que je vous demande. Sain t-Albin.

Je ie voudroisen vain, Je ne puis. Je suis entraîné. Mon père je ne puis. d’Orbesson.

Insensé 9 vous voulez être père ? en connoissez vous les de-

Toirs ? Si vous les connoissrez , permettriez-vous à votre fils ce que vous attendez de moi ?

Sain^-Albin.

Ah ! si j’osois répondre !

d' Orbesson.

Répondez. Sint-Albin.

Vous me le permettez ?

d’ Orbesson.

Je vous l’ordonne.

Saint-Albin.

Lorsque vous avez voulu ma mère , lorsque toute la famille se souleva contre vous , lorsque mon aïeul votre père vous appella enfant ingrat, et que vous l’appeilâtes au fond de votre ame père cruel , qui de vous deux avoit raison P Ma mère étoit vertueuse et belle comme Sophie ; elle étoit sans fortune comme Sophie , vous l’aimiez comme j’aime Sophie. Souffrites-vous qu’on vous l’arrachât , mon père ? et n’ai-je pas un coeur aussi? d’ Orbesson.

J’avois des ressources , et votre mère avoit de la naissance.

Saint-Albin.

Qui sait encore ce qu’est Sophie ?

Chimère. Saint-Albin.

Des ressources ? l’amour , l’indigence m’en fourniront.

d’Orbesson.

Craignez les maux qui vous attendent.

Saint-Albin.

Ne la point avoir , est le seul que je redoute.

v d’Orbesson.

Craignez de perdre ma tendresse.

Saint-Albin.

Je la recouvrerai. d’Orbesson.

Qui vous l’a dit ? Saint-Albin.

Vous verrez couler les pleurs de Sophie ; J’embrasserai vos genoux; mes enfans vous tendrontleur bras innocens et vous ne les repousserez pas.

d’Orbesson.

Il me connoît trop bien... ( d'un ton plus sévere ). Mon fils je vois que je vous parle en Vain : que la raison n’a plusd’accès auprès de vous , et que le moyen dont je craignis toujours d’user , est le seul moyen qui me reste. J’en userai, puisque vous m’y forcez. Quittez vos projets. Je le veux, et je vous l’ordonne par toute l’autorité qu’un père a sur ses enfans.

S aï n t-Alb i n, avec un empor tentent sourd. L’autorité, l’autorité ; quel mot.

Yous oubliez qui je suis, et â qui vous parlez. Taisez-vous ou craignez d’attirer sur vous la marque la plus terrible du courroux des pères.

Des pères! des pères ! Il n’y en a point, il n’y a que des tyrans. d’ Or BESSON.

Éloignez-vous de moi, enfant ingrat et dénaturé. Je vous donne ma malédiction. Allez loin de moi.

Le fils s en va ; mais à peine a-t-il fait quelques pas , que son père court après lui , et lui dit :

Où vas-tu imlhîureux?

Sain t - Albin.

Mon père.

d’Orbesson, se jette dans un fauteuil , et son fils se met d ses genoux.

Moi , votre père ? Vous , mon fils ? Je ne vous suis plus rien. Je ne vous ai jamais rien été. Vous empoisonnez ma vie. Vous souhaitez ma mort. Eh! pourquoi a-t-elle si long-temps été différée ? Que ne suis-je à côté de ta mère! Elle n’est plus , et mes jours malheureux ont été prolongés.

Saint-Albin.

Mon père. d’Orbesson.

Eloignez-vous. Gachez-moi vos larmes. Vous déchirez tuon coeur , et je ne puis vous en chasser.

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