SCENE VL
D’ORBESSQN, SAINT-ALBIN.
MSain t - a l b in , en entrant et avec vivacité . o n père ?
d’ Or besson, arrêtant et d3 un ton sérieux.
Mon Ris , si vous n’ètes pas rentré en vous - même , sf la raison n’a pas recouvré ses droits sur vous , ne venez pas aggraver Vos torts et mon chagrin.
S a 1 nt-Albin.
Vous m’en voyez pénétré. J’approche de vous en tremblant... Oui , je le serai... Je me le suis promis. . . . Vous l’avez vue ? n’ Or b e s son.
Oui , je l’ai vue. Elle est belle , je la crois sage. Mais qu’en prétendez-vous faire ? un amusement ? Je ne le souffrirois pas. Votre femme ? elle ne vous convient pas.
Saint,— Albin, en se contenant .
Elle est belle , elle est sage, elle ne me convient pas? quelle est donc la femme qui me convient ?
/ d’OrBESSO/N.
Celle qui par son éducation, sa naissance, son état et sa fortune peut assurer votre bonheur , et satisfaire à mes espérances.
S a i N t — A lbi N.
Ainsi le mariage sera pour moi un lien d’intérêt et d’ambition ? jnon père vous n’avez qu’un fils ; ne le sacrifiez pas à des vues qui remplissent le monde d’époux malheureux. Il me faut une compagne honnête et sensible , qui m’apprenne à supporter les peines de la vie , et non une femme riche qui les accroisse.
e>’Or besson.
Je ne vous en propose aucune, mais je ne permettrai
( ai )
jamais que vous soyez à celle à la quelle vous vous êtes follement attaché. Modérez-vous et ecoutez-inoi.
Mon fils , il y aura bientôt vingt ans que je vous arrosai des premières larmes que vous m’avez fait répandre. Je vous reçus entre mes bras, du sein de votre mère; et vous élevant vers le ciel , et mêlant ma voix à vos cris , je dis à dieu : 6 dieu qui m’avez accordé cet enfant , si je manque aux soins que vous m imposez en ce jour , ou si! ne doit pas y répondre ne regardez point à la,] oie desamère,reprenez-le. Voilà le vœux que je fis sur vous et sur moi. Il m a toujours ete présent. Vous savez si j’ai rempli mes engagemens. Et lorsque je touche au moment de récueillir le fruit de ma sollicitude , lorsque je me félicite d’avoir un fils qui répond à sa naissance qui le distine aux meilleurs partis , à ses qualités personnelles , qui l’appellent aux grands emplois , une passion insensée , la fantaisie d’un instant aura tout détruit ; et je verrai ses plus belles années perdues, son état manque et mon attente trompée, et j’y consentirai? vous l’êtes-vous promis ?
S AIN t — A l B I N.
Que je suis malheureux î
d’Orbessow.
Vous avez un oncle qui vous aime et qui vous destine une fortune considérable ; un père qui vous a consacré sa vie , et qui cherche à vous marquer en tout sa tendresse ; un nom , dès parens, des amis , les prétentions les plus flatteuses et les mieux fondées, et vous êtes malheureux ? que vous faut-il encore ?
S a int— Albik.
Sophie , et l’aveu de mon père.
Qu’osez-vous me proposer ? de partager votre folie et le blâme général qu’elle encourroit. Quel exemple à donner aux pères et aux en fans : ? moi, j’autoriserois , par une foiblesse honteuse , le désordre de la société , la confusion du sang et des rangs , la dégradation des familles ?
Que je suis malheureux ! si je n’ai pas celle que j’aime , un jour i l faudra que je sois à celle que je n’aimerai pas : car je n’aimerai jamais que Sophie. Sans cesse j’en comparerai une autre avec elle. Cette autre sera malheureuse , je le serai aussi : vous le verrez , et vous en périrez de regret.
d’Orbesson.
J’aurai fait mon devoir , et malheur â vous si vous manquez au vôtre. S a i n t-A l b in.
Mon père, ne m’ôtez pas Sophie.
b’Orbesson.
Cessez de me la demander.
Saint-Albin.
Cent fois vous m’avez dit qu’une femme honnét étoit la fa-
veurlaplus grande que le ciel pût accorder. Je l’ai trouvée , et c’est vous qui voulez m’en priver ? A présent qu’elle sait qui je suis , que ne doit-elle pas attendre de moi : Saint-Albin serat-il moins généreux que Sergi ? c’est elle qui a rappellé la vertu dans mon coeur. Elle seule peut l’y conserver.
C’est-à-dire que son exemple fera ce que le mien n’a pu faire. Saint-Albin.
Vous êtes mon père , et vous commandez. Elle sera ma femme , et c’est un autre empire.
d’Orbesson.
Quelle différence d’un ama^nt à un époux ! d’une femme à une maîtresse ? homme sans expérience , tu ne sais pas cela.
Saint-AlbiN.
J’espere l’ignorer toujours.
d’Orbesson.
Y a-t-il un amant qui voie sa maîtresse avec d’autres yeux , et qui parle autrement ?
S a int-Albïn.
Vous avez vu Sophie ?... Si je la quitte pour un rang , des dignités ^ des espérances , des préjugés , je ne mériterai pas de la connoitre , mon père.., méprisez-vous assez votre fils pour le croire P d1 O r b £ s s o N.
Vous l'aimez , dites-vous ?