‹ Le père de familleChapitre 19 sur 39 · CECILE, LE COMMANDEUR · texte numérisé non relu

CECILE, LE COMMANDEUR

Le Commandeur, à sa manière .

Cecile, te voilà seule.

Cecile, d’une vaix altérée „

Oui, mon cher oncle , c'est assez mon goût.

Le Commandeur.

Je te croyois avec l'ami.

Qui, l’ami? Cecile.

Le Commandeur.

Et Germeuil. Cecile.

Il vient de sortir.

Le Commandeur.

Que te disoit-il ? Que lui disois-tu ?

Des choses déplaisantes, comme c’est sa coutume.

Le Commandeur.

Je ne vous conçois pas. Vous ne pouvez vous accorder un moment. Cela me fâche. 11 a de l’esprit, des talens , des conïioissances, des moeurs dont je fais grand cas. Point de fortune à la vérité; mais de la naissance. Je l estime, et je lui ai conseillé de penser à toi. Cecile.

Qu’appeliez-vous penser à moi.

Le Commandeur.

Cela s’entend. Tu n’as pas résolu de rester fille apparem* ment? Cecile.

Pardonnez-moi, monsieur, c’est mon projet.

Le Commandeur.

Cécile, veux-tu que je te parle à coeur ouvert? Je suis entièrement détaché de toa frère. C’est une ame dure, un esprit intraitable; ei il vient encore tout-àd’heure d’en user avec moi d'une manière indigne, et que je ne lui pardonnerai de ma vie... Il peut à présent courir tant qu’il voudra après la créature dont il s’est entété, je ne m’en soucie plus... On se lasse a la fin d’ètre bon. , Toute ma tendresse s est retirée sur toi, ma chère nièce... Si tu voulois ton bonheur, celui de ton père et le mien... Cecile»

'Vous devez le supposer»

Le Commandeur.

Mais tu ne me demande pas ce qu’il faudroit faire ?

Cecile.

Vous ne me le laisserez pas ignorer.

Tu as raison. Eh bien , il faudroit te rapprocher de Ger-» meuil. C?est un mariage auquel tu penses bien que ton père ne consentira pas sans la dernière répugnance. Mais je parlerai. Je lèverai les obstacles. Si tu veux , j’en fais mon affaire.

Cecile.

Vous me conseillez de penser à quelqu’un qui ne seroit pas du choix de mon père ?

Le Commandeur.

Il n’est pas riche. Tout lient à cela. Mais , je te Fai dit, ton frère ne m’est plus rien, et tu auras tout ce que je lui destinois* Cécile , cela vaut la peine d’y réfléchir.

Cecile.

Moi , que je dépouille mon frère ?

Le Commandeur,

Qu’appelle-tu dépouiller? Je ne vous dois rien. Ma fortune est à moi, et elle me coûte assez pour en disposer a mon gré.

Cecile.

Mon oncle, je n’examinerai point jusqu’où les païens sont les maîtres de leur fortune; et s’ils peuvent sans injustice la transporter où il leur plaît, je sais que je ne pourrois accepter la vôtre sans honte , et c’en est assez pour moi.

Le Commandeur.

Et tu crois que Saint-Àlbin en feroit autant pour sa sœur?

Cecile.

Je connois mon frère, et s’il étoit ici, nous n’aurions tous les deux qu’une voix.

Et que me diriez-vous ?

Cecile.

Monsieur ne me pressez pas , je suis vraie.

Le Commandeur.

Tant mieux. Parle, j’aime la vérité. Tu dis ?

Cecile.

Que c’est une inhumanité sans exemple , que d’avoir en province des parens plongés dans l’indigence , et que vous frustrez d’une fortune qui leur appartient, et dont ils ont un besoin si grande que nous ne voulons ni mon frère ni moi, d’un bien qui devroit être depuis long- tem$ entre lès mains de ceux à qui les lois de la nature et de la société Font destiné.

Le Commandeur.

Eh bien, vous ne l’aurez ni Furi, ni l’autre. Jè vous abandon^ nerai tous. Je sortirai d’une maison ou tout va au rebours du sens commun, où rien n’égale l’insolence des enfans, si ce

n'est l'imbécillité du maître. Je jouirai de la vie’, et je ne me tourmenterai pas davantage pour des ingrats.

Mon cher oncle, vous ferez bien.

Le Commandeur.

Mademoiselle, je ne suis pas dupe de votre désintéressement, et vos petits secrets ne sont pas aussi Cachés que vous l'imaginez. Mais il suffit... Et je m'entends.

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