‹ Le père de familleChapitre 2 sur 39 · CECILE, GERMEUIL · texte numérisé non relu

CECILE, GERMEUIL

A/, d’ Orhesson se premène a pas lents , la tête baissée , Tair tout- à -fait pensif. Le commandeur et sa nièce font une partie de trictrac . Derrière le commandeur , du feu , Germeuil est assis dans un fauteuil , un livre à la main. Il en interrompt de temps en temps la lecture pour regarder tendrement Cecile, Le commandeur .se doute de ce qui se passe derrière lui . Ce soupçon le tient dans une inquiétude quon remarque à ses mouvemens.

MC E C I Tj E.

o n Oncle , qu’avez-vous ? vous me paroissez inquiet ?

Le Commandeur,^ s’agitant dans son fauteuil.

Ce n’est rien , ma nièce , ce n’est rien.

Les bougies sont sur le point de finir et le commandeur dit à Germeuil. Monsieur , voudriez-vous bien sonner.

Germeuil va sonner. Le commandeur saisit ce moment pour déplacer son fauteuil et le tourner en face du trictrac. Germeuil revient , remet son fauteuil comme il ètoit , et le commandeur dit au laquais qui entre : Des bougies.

Le Commandeur, nommant ses dez.

Six, cinq. Germeuil.

Il n’est pas malheureux.

Le Commandeur.

Je couvre de l’une et je passe l’autre.

Cecile.

Et moi , mon cher oncle , je marque six points d’école. Six points d’école...

Le C o ai m a n d e u r , à Germeuil.

Monsieur, vous avez la fureur de parler sur le jeu. Cecile.

Six point d’école...

Le Commandeur.

Cela me distrait , et ceux qui regardent derrière moi m'in? quittent. Cécile.

Six et quatre que javois font dix.

Le Commandeur, toujours à Germeuil.

Monsieur , ayez la bonté de vous placer autrement, et vous me ferez plaisir. d’O r b e s s o n ,

Est-ee pour leur bonheur , est-ce pour le nôtre qu’ils sont nés ?. Hélas , ni l’un ni l’autre !

La Brie vient avec des bougies , en place ou il en faut * et lorsqu'il est sur le point de sortir M. dJ Orbesson V appell La Brie. La Brie.

Monsieur. d’O r besson.

Où est mon fils ? L a B r i e.

Il est sorti. d’Or besson.

A quelle heure ? L a b r i e.

Monsieur, je n’en sais rien.

d’ O rb esso n, après une pause .

Et vous ne savez pas où il est ailé ?

Non , monsieur. s

Le Commandeur.

Le coquin n’a jamais rien su. Double deux.

Cecile.

Mon cher oncle , vous n’êtes pas à votre jeu.

Le Commandeur, ironiquement et brusquement . Ma nièce , songez au vôtre.

d’ O r b e s s o n , a la Brie toujours en se promenant . il vous a défendu de le suivre ?

La brie, feignant de ne pas entendre .

Monsieur ? L'e Commandeur.

Ï1 ne répondra pas à cela. Terne.

d’ Orbesson, toujours en se promenant et rêvant . Y a-t-il long-tems que cela dure ?

La Brie , feignant encore de ne pas entendre. Monsieur ?

Le Commandeur.

Ni à cela non plus. Terne encore. Les doublets me poursuivent.

Que cette nuit me paroît longue î

Le Commandeur.

Qu’il en vienne encore un, et j’ai perdu. Le voilà.

( A Germeuil ).

Hiez , Monsieur. Ne vous contraignez pas.

La Brie est sorti ; la partie de trictrac finit ; le comman~ deur Cecile et Germeuil s' approchent de JM. dJ Orbesson. d’ O' r b e s s o n.

Dans quelle inquiétude il me tient ! Où est-il ? Qu’est-ii devenu ?

Le Commandeur- Et qui sait cela ? ... Mais vous tous êtes assez tourmenté pour ce soir. Si vous m’en croyez , vous irez prendre du repos.

d’Orbesson. ’

II n’en est plus pour moi.

Le Commandeur.

Si vous l’avez perdu , c’est un peu votre faute, et beaucoup celle de ma soeur : c’étoit , Dieu lui pardonne , une femme unique pour gâter ses enfans.

Cecile, peinée . Mon oncle.

Le Commandeur.

J’avois beau dire à tous les deux , prenez y garde, vous les perdez.

Cecile.

Mon oncle.

Le Commandeur.

Si vous en êtes fous à présent qu’ils sont jeunes; vous en serez martyres quand iis seront grands.

Cecile.

Monsieur d’Auvilé.

Le Commandeur.

Bon , est-ce qu’on nuécoute ici ?

Il ne vient point ! ^

Le Comm-càndeur.

Une s’agit pas de soupirer, de gémir , mais de montrer ce que vous êtes. Le tems de la peine est arrivé. Si vous navez pu la prévenir , voyons du moins si vous saurez la supporter. Entre nous , j’en doute.... La pendule sonne six heures.

Mais , voilà six heures qui sonnent... Je me sens las... J’ai des douleurs dans les jambes comme si ma goutte vouloir me reprendre. Je ne vous suis bon à rien. Je vais m’env.el opper de ma robe-de-chambre , et me jeter dans un fauteuil. Adieu , mon frère..,. Entendez-vous ?

d O RB ES son.

Adieu , Monsieur.

Le Commandeur,^ sJezz allant.

La Brie.

La Brie, du dedans .

Monsieur.

Le C o m m. and e ij r.

Eclairez-moi, et quand monneveu sera rentré, vous viendrez m’avertir.

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