CECILE, GERMEUIL
A/, d’ Orhesson se premène a pas lents , la tête baissée , Tair tout- à -fait pensif. Le commandeur et sa nièce font une partie de trictrac . Derrière le commandeur , du feu , Germeuil est assis dans un fauteuil , un livre à la main. Il en interrompt de temps en temps la lecture pour regarder tendrement Cecile, Le commandeur .se doute de ce qui se passe derrière lui . Ce soupçon le tient dans une inquiétude quon remarque à ses mouvemens.
MC E C I Tj E.
o n Oncle , qu’avez-vous ? vous me paroissez inquiet ?
Le Commandeur,^ s’agitant dans son fauteuil.
Ce n’est rien , ma nièce , ce n’est rien.
Les bougies sont sur le point de finir et le commandeur dit à Germeuil. Monsieur , voudriez-vous bien sonner.
Germeuil va sonner. Le commandeur saisit ce moment pour déplacer son fauteuil et le tourner en face du trictrac. Germeuil revient , remet son fauteuil comme il ètoit , et le commandeur dit au laquais qui entre : Des bougies.
Le Commandeur, nommant ses dez.
Six, cinq. Germeuil.
Il n’est pas malheureux.
Le Commandeur.
Je couvre de l’une et je passe l’autre.
Cecile.
Et moi , mon cher oncle , je marque six points d’école. Six points d’école...
Le C o ai m a n d e u r , à Germeuil.
Monsieur, vous avez la fureur de parler sur le jeu. Cecile.
Six point d’école...
Le Commandeur.
Cela me distrait , et ceux qui regardent derrière moi m'in? quittent. Cécile.
Six et quatre que javois font dix.
Le Commandeur, toujours à Germeuil.
Monsieur , ayez la bonté de vous placer autrement, et vous me ferez plaisir. d’O r b e s s o n ,
Est-ee pour leur bonheur , est-ce pour le nôtre qu’ils sont nés ?. Hélas , ni l’un ni l’autre !
La Brie vient avec des bougies , en place ou il en faut * et lorsqu'il est sur le point de sortir M. dJ Orbesson V appell La Brie. La Brie.
Monsieur. d’O r besson.
Où est mon fils ? L a B r i e.
Il est sorti. d’Or besson.
A quelle heure ? L a b r i e.
Monsieur, je n’en sais rien.
d’ O rb esso n, après une pause .
Et vous ne savez pas où il est ailé ?
Non , monsieur. s
Le Commandeur.
Le coquin n’a jamais rien su. Double deux.
Cecile.
Mon cher oncle , vous n’êtes pas à votre jeu.
Le Commandeur, ironiquement et brusquement . Ma nièce , songez au vôtre.
d’ O r b e s s o n , a la Brie toujours en se promenant . il vous a défendu de le suivre ?
La brie, feignant de ne pas entendre .
Monsieur ? L'e Commandeur.
Ï1 ne répondra pas à cela. Terne.
d’ Orbesson, toujours en se promenant et rêvant . Y a-t-il long-tems que cela dure ?
La Brie , feignant encore de ne pas entendre. Monsieur ?
Le Commandeur.
Ni à cela non plus. Terne encore. Les doublets me poursuivent.
Que cette nuit me paroît longue î
Le Commandeur.
Qu’il en vienne encore un, et j’ai perdu. Le voilà.
( A Germeuil ).
Hiez , Monsieur. Ne vous contraignez pas.
La Brie est sorti ; la partie de trictrac finit ; le comman~ deur Cecile et Germeuil s' approchent de JM. dJ Orbesson. d’ O' r b e s s o n.
Dans quelle inquiétude il me tient ! Où est-il ? Qu’est-ii devenu ?
Le Commandeur- Et qui sait cela ? ... Mais vous tous êtes assez tourmenté pour ce soir. Si vous m’en croyez , vous irez prendre du repos.
d’Orbesson. ’
II n’en est plus pour moi.
Le Commandeur.
Si vous l’avez perdu , c’est un peu votre faute, et beaucoup celle de ma soeur : c’étoit , Dieu lui pardonne , une femme unique pour gâter ses enfans.
Cecile, peinée . Mon oncle.
Le Commandeur.
J’avois beau dire à tous les deux , prenez y garde, vous les perdez.
Cecile.
Mon oncle.
Le Commandeur.
Si vous en êtes fous à présent qu’ils sont jeunes; vous en serez martyres quand iis seront grands.
Cecile.
Monsieur d’Auvilé.
Le Commandeur.
Bon , est-ce qu’on nuécoute ici ?
Il ne vient point ! ^
Le Comm-càndeur.
Une s’agit pas de soupirer, de gémir , mais de montrer ce que vous êtes. Le tems de la peine est arrivé. Si vous navez pu la prévenir , voyons du moins si vous saurez la supporter. Entre nous , j’en doute.... La pendule sonne six heures.
Mais , voilà six heures qui sonnent... Je me sens las... J’ai des douleurs dans les jambes comme si ma goutte vouloir me reprendre. Je ne vous suis bon à rien. Je vais m’env.el opper de ma robe-de-chambre , et me jeter dans un fauteuil. Adieu , mon frère..,. Entendez-vous ?
d O RB ES son.
Adieu , Monsieur.
Le Commandeur,^ sJezz allant.
La Brie.
La Brie, du dedans .
Monsieur.
Le C o m m. and e ij r.
Eclairez-moi, et quand monneveu sera rentré, vous viendrez m’avertir.