‹ Le père de familleChapitre 3 sur 39 · M D’ORBESSON, CECILE, GERMEUIL · texte numérisé non relu

M D’ORBESSON, CECILE, GERMEUIL

Ivi k fille , c'est malgré moi que vous ayez passé 3a nuit.

Cecile.

Mon père , j'ai fait ce que j ai du.

d’Orbesson.

Je vous sais gré de cette attention ; mais je crains que vous n en soyez indisposée Allez vous reposer.

Cecile.

Mon père , il est tard. Si vous permettiez de prendre à votre sanie i intérêt que vous avez la bonté de prendre à la mienne. . .

d’ O RB f sso n .

J^1 veux rester. Il faut que je lui parle.

Mon frère n’est plus un enfant.

Et qui sait tout le mal qu'a pu apporter une nuit ?

Cecile.

Mon père...

Je I attendrai. Il me verra. Allez, ma fille , allez. Je sais que vous m’aimez.

'Germeuil , demeurez.

TTI n E I I I.

D’ORBESSON, GIRMEÏÏIL.

^ d’Orbesson , comme s’il ètoit seul , regardant aller Cécile , O o n caractère a tout-a fait changé. Elle n’a plus sa gaieLe , sa vivacité, ses charmes s'effacent... Elle souffre. Hélas , depuis que j’ai perdu ma femme et que mon frère s’est établi chez moi , le bonheur s,jn est éloigné ?... Quel prix il met à la fortune qu'il fait attendre a mes enfans. Ses vues ambitieuses , et i’autaurité qu’il a prise dans ma maison , me deviennent de jour en jour plus importunes... Nous vivions dans la paix et dans runion. L’humeur inquiété et tyrannique de cet homme nous a tous séparés... Mais le jour est prêt a paroitre , et mon fils ne vient point /... Germeuil , d’amertume il rempli mon ame. Je ne puis plus supporter mon état.

Germeuil.

Tous, monsieur? d’ O r b e s o n.

Oui , Germeuil. G e r m e u i l.

Si vous n’étes pas heureux , quel père l’a jamais été ?

d’ O RB E S S O 3N.

Aucun.... Mon ami , les larmes d’un, père coulent souven t en secret. ( Il soupire , il pleure ). Tu vois les miennes... Je te montre ma peine. Germe u i l.

Monsieur, que faut-il que je fasse ?

d’ O R BESSON.

Tu peux , je crois , la soulager.

Ordonnez. p’ O r b e s s o n.

Je n ordonnerai point , ]e prierai. Germeuil, .. Si je n’ai rien

épargné pour te sauver rie l’infortune , et remplacer un père k

ton égard : si je tai cliéri ; si je t’ouVre aujourd’hui mon cœur $ reconnois mes bienfaits , et réponds à ma confiance.

Ordonnez, monsieur, ordonnez.

d’Orbesson.

Ne sais- tu rien de mon fils ?.... Tu es son ami , mais tu dois être aussi le mien... Parte..., Rends-moi le repos, ou achève de me l ôter.... Ne sais-tu rien de mon fils ?

Non , monsieur., ordonnez.

d’ Orbf. sson.

Tu es un homme vrai : je te crois ; mais vois combien ton ignorance doit ajouter à mon inquiétude... Quelle est la conduite de mon fils , puisqu’il la dérobe auseul homme qu’il aime ? 1 Germeuil, je trembe quecet enfant...

Yous été père ; un père ests toujours prompt à s’alarmer, n’ O R b e s s ON.

Tu vas juger si ma crainte est précipitée. Dis moi , depuis un teins n’as -tu pas remarqué combien il est changé ?

Germe u i l.

Oui; mais c’est en bien. Il est moins curieux dans ses chevaux ; ses gens , son équipage , moins recherché dans sa parure : Il n’a plus aucune de ces fantaisies que vous lui reprochiez : Il a pris en dégoût les dissipations de son âge : Il fait ses complaisans ses frivoles amis : il aime à passer les journées retiré da ns son cabinet : il lit , il écrit ; il pense : tant mieux. II a fait de luimême ce que vous en auriez tôt ou tard exigé.

d’Orbesson.

Je me disois cela , comme toi ; mais j’ignorois ce que je vais t’apprendre... Ecoute... Cette réforme dont , à ton avis , il faut

que je me félicite , et ces absences de nuit qui m’effrayent

Germeuil.

Ces absences et cette réforme ?

d’Orrbesson.

Ont commencé en même temps. ( Germeuil par oit surpris). Oui , mon ami , en même-temps.

Germeuil.

Cela est singulier î

d’Orbesson.

Cela est. Hélas ! le désordre ne m’est connu que depuis peu , mais il a duré Arranger et suivre à la fois deux plans op-

posés , l’un de la régularité , l’autre de dérèglement qu’il remplit la nuit ; voila ce qui m’accable.... Que malgré sa fierté naturelle , il se soit abaissé jusqu’à corrompre desVaîets ; qu’il se soit rendu ^maître des portes de ma maison ; qu’il s’échappe seul, à pied, toutes les nuits, par toutes sorte de temps ? à

toutes heures , c’est peut-être plus qu’aucun père ne puisse souffrir , et qu’aucun enfant do son âge n’eût osé Mais avec une

pareille conduite, affecter l’attention aux moindres devoirs, J’austérité dans les principes , la réserve dans le discours , le

goût de la retraite , le mépris des distractions Ali ! mon

ami... S’il n’étoit que vicieux, je n’en désespérerois pas. Mais s’il joue , les mœurs et la vertu....

Ge rmetjil.

En effet, je n’attends pas cette conduite ; mais je connois votre fils. La fausseté est de tous les défauts le plus contraire à son caractère. d’ O r bj s son.

Il n’en est point qu’on ne prenne bientôt avec les médians ; et maintenant avec qui pense-tu qu’il vive ?... Tous les gens de

bien dorment quand ii veille.... Ah ! Germeuil mais il me

semble que j’entends quelqu’un... C’est lui peut-être. ..Eloignetoi. ( Germeuil sort').

Il sJ avance vers V endroit ou il a entendu marcher . Il écoute , et dit tristement .

Je n’entends plus rien. Asseyons-nous. Je ne saurois.... Quels pressentimens s’élèvent au fond de mon ame , s’y succèdent et l’agitent î. . . . O cœur trop sensible d’un père ! ne peux- tu te calmer un moment ?... A l’heure qu’il est , peut-être, il perd sa santé.... sa fortune... ses mœurs... Que sais-je l sa vie... son

honneur... le mien ( Il 'se lève brusquement , et dit ) :

Quelles idées me poursuivent ?

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