‹ Le père de familleChapitre 22 sur 39 · B* O II R E S S O N · texte numérisé non relu

B* O II R E S S O N

K on. Le Commande, y n.

Et s’il vient à retrouve?: cette fille ?

Il ne la retrouvera pas , et puis c’est une fille bien née , et dans cette circonstance elle fera plus que vous et moi.

Le Commandeur.

Bien imaginé! d’ O r besson..

Mon fils n’est pas dans un moment où la raison puisse quelque chose sur lui.

Le Commandeur.

Donc il n'a qu’à se perdre. J’enrage. Et vous êtes un père de famille , vous ?

d ’O R B ESSO n*

Pourriez-vous m’apprendre ce qu’il faut faire ?

Le Commandeur.

Ce qu’il faut faire ? Etre le maître chez soi; se montrer homme d’abord, et père après , s’ils le méritent.

d’Or b esson.

Et contre qui, s’il vous plaît, faut-il que j’agisse /

Le Commandeur.

Contre qui? Belle question ! contre tous. Contre ce Gerfneoi: qui nourrit votre fils dans son extravagance ; qui cherche à fore entrer une créature dans la famille, pour s’en ouvrir la porte a lui-même , et que je chasserois de ma maison. Contre une fille qui devient de jour en jour plus insolente , qui me rnan me à moi, qui vous manquera bientôt a vous, et que j’enfermet'ois dans un couvent. Contre un fils qui a perdu tout sentiment d’honneur , qui va nous couvrir de ridicule et de limite pour la jeune personne dont il a la tête tournée. C est pv r où j’anroîs commencé: et à votre place, je rougirois qu’un shî -p sVn fût avisé le premieri.. Mais il faudroit de la fermeté, et nous n’en avons point.

d’Orb e sson.

Je vous entends. C'est-à dire , que je chasserai de ma mai- £ v i- homme que j’y ai reçu au sortir du berceau, à qui j’ai s rvî de père , qui s’est attaché à mes intérêts depuis qu’il se cormoit qui aura perdu ses plus belles années auprès de moi , qui n’aura plus de ressource , si je l’abandonne, et cela, sous prétexte qu’il donne de mauvais conseils à mon fils, dont il a dé ï prouvé les projets', qu’il sert une créature que peut-être ii rf jamais vue, ou plutôt parce qu’il n’a pas voulu être l’iristr muent de Sérperte.

1 n fermerai ma fille dans un couvent, je chargerai sa condor ou son caractère de soupçons désavantageux; je flétrirai rmo même sa réputation, et cela, parce qu’elle aura quelquefois nsé de représailles avec vous.

Je me rendrai odieux à mon fils ; j’acheyerai d’enflammer

son caractère, et de le porter à quelque éclat qui le désho-

r*ore ; et cela , parce qu’il a rencontré une infortunnée qui a des charmes et de la vertu , et que par un mouvement de jeunesse , qui marque au fond la bonté de son naturel , il a pris un attachement qui m’afflige.

N’avez -vous pas honte de vos conseils ? Vous qui devriez être le protecteur de mes enfans auprès de moi , c’est vous qui les accusez : vous leur cherchez des torts ; vous exagérez ceux qu’ils ont , et vous seriez fâclxé de ne leur en pas trouver.

C’est un chagrin que j’ai rarement.

ü’O R BESSON.

Et ces femmes contre lesquelles vous obtenez une lettre de cachet ? Le Commandeur.

Il ne vous restoit plus que d’en prendre aussi la défense. Allez j allez.

d’Orbesson.

J’ai tort , il y a des choses qu’il ne faut pas vouloir vous faire sentir -, mon frère. Mais cette affaire me touchoit d’assez près , ce me semble , pour que vous daignassiez m’endire^un mot. Le Commandeur.

C’est moi qui ai tort , et vous avez toujours raison.

Non monsieur , vous ne ferez de moi , ni un père dur et injuste, ni un homme ingrat et malfaisant , et je ne ferai point un désert de ma maison , parce qu’il s'y passe des choses qui me déplaisent , comme à vous.

L £ Commandeur.

Voilà qui est expliqué. Eh bien , conservez votre chère fille; aimez bien votre cher fils : laissez en paix les créatures qui le perdent : cela est trop sage pour qu’on s’y oppose. Mais pour Votre Germeuil , je vous avertis que nous ne pouvons plus loger lui et moi sous ùnmême toit.. 11 n’y a point de milieu. Il faut qu’il soit hors d’ici aujourd’hui , ou que j’en sorte demain.

d’Orbesson.

Monsieur , vous êtes le maître.

Le Commandeur.

Je m’en doutois. Vous seriez enchanté que je m’en allasse , n’est-ce pas ? je resterai : oui je resterai ; ne fût-ce que pour vous remettre sous le nez vos sottises , et vous en faire honte. Je suis curieux de voir ce que^ tout ceci deviendra.

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