VIXIT ANN . LXV • MENSES VI . DIES V . HOR • HH
du seizième siècle. Il porte la barrette, sans doute la barrette doctorale », & M. l’abbé Dufresne s’est demandé si ce personnage, qui « ne semble pas vêtu en ecclésiastique », ne serait pas celui de l’inscription. Pi erre Gilles lui- même. l e monument est cependant orné d’un écusson, dont mon obligeant correspondant m’a envoyé le dessin & qui a tout à fait une apparence italienne.
J. 11 y avait encore en i56i, date de la publication citée ci-dessus, un portrait de Gilles à proximité de l’inscription. Les vingt-sept lignes latines sont, en effet, précédées de l’en tête que voici : « In æde diyi M arcelli, Romæ, hæc sunt insciipta, una cum effigie vita functi ; sed dico similia, aut in pariete affixa, vel in marmoreo lapide sculpta. » •
2. Cf. /jcr/cjionr delle Chiese e d'altri cdificii di Koma del seçolo XI finç
PIERRE GILLES D’ALBI
L’origine albigeoise de Gilles, sa science philologique, ses qualités de bibliographe, d’antiquaire fk de géographe, ses voyages par terre Sc par mer, sa captivité sa délivrance, ses travaux à Rome, enfin sa maladie & sa mort presque soudaine y sont rappelés avec précision.
La date exacte de sa naissance est indiquée par celle de sa mort. C’est le 5 janvier i555 (v. st.) qu’il a vécu ses dernières heuresj comme il avait soixante-cinq ans, six mois, cinq jours, il était né le 3o juin 1489 (v. st)
On ne sait rien de certain de ses origines. Un de ses derniers biographes^ affirmait naguère, il est vrai, que « lors de sa naissance, le notaire Bernard Egidii, son père, était consul à Albi ». Mais cette assertion repose sur des bases bien fragiles. E. Jolibois n’a pas démontré, en effet, que le « mestre B. Egidii, notayre », qui figure sur la liste des cossols de la universal délia cieutat d'Alby^ pour l’année i5oo-i5oi^, fût vraiment le père de Pierre Gilles.
L’on n’est pas mieux renseigné d’ailleurs sur les liens de
ai gîornî nostri, raccolte e publicate da Vincenzo F'orcella. Rome, 1873, t. II, p. 307. — Cette inscription se trouve déjà reproduite, avec quelques variantes, dont une surtout très importante, après la table des matières du De topographie Constantinopoleos de Pierre Gilles, imprimé à Lyon en i56i, six ans après sa mort. On la“retrouve dans l’édition du même ouvrage donnée par les Elzévier à Leyde en j632 (p. 38o), puis dans Banduri {Imperium Orientale sive Antiquitates Constantinopolitanæ in quatuor partes distributœ^ vol. I, p. lôo. Paris, 1711, in-f°). & dans Gronovius {Thésaurus Grœcorum Antiquitatum contextiis & desiguatus, vol. VI, col. 3079. Venetiis, 1735, in-P).
1. Avec la. correction grégorienne, ces deux dates deviennent i5 janvier i556 & 10 ,uillet 1489.
2. Emile Jolibois, IVlatériaux pour un dictionnaire généalogique & biographique du département du Tarn. Additions & rectifications. {Annuaire du Tarn pour 1887, p. CXLV, in-8°.)
3. Inventaire des Archives d’Albi, CC 214. Paris, 1869, in-4®, p. 64. —
On ignore d’ailleurs si mestre B. Egidii s’appelait Bernard ou Bertrand. J’ai rencontré au cours de mes recherches un homonyme, « noble Eustache Egidi », acquéreur d’une pièce de terre aux environs du Bourg-Saint- Andéol {Bibl. Tlat , ms. fr. Cab. des Titres; nouv. d'Ho’i^ier, t, CLV, v° Gilles, f° 53), mais je n’oserais pas affirmer qu’il soit de la même lignée que le « notayre » d’Albi. ;
parenté qui auraient existé peut-être entre notre Albigeois 8c son homonyme, le « licencié en Tun 8c l’autre droit », qui révisait 8c complétait à Paris, en novembre 1499, le célèbre Catholicon^ du frère prêcheur Jean le Génois^. Quoi qu’il en soit, Pierre Gilles a fait ce que nous appellerions aujourd’hui ses humanités dans sa ville natale, in gymnasiis Albiensïbus ^ ainsi qu’il le déclare lui- même
Albi possédait, depuis le milieu du quatorzième siècle, un enseignement communal bien organisé, où tous les enfants, quelle que fût d’ailleurs leur origine, nobles, bourgeois, vilains, pouvaient venir s’instruire aux frais de la cité, dans les
1. « Siinima quæ Catholicon appellatur fratris loannis lanuensis sacri ordinis fratrum predicaforum niiper parisiis diligent! castigatione emendata per prestantem virum magistrum Petrum Egidiiim in utroque ivre licetiarum una cum multis additionibus cum castigatis tum plurimorum poetarum sentetiis apprimè pro propusito adductis & probatis. Impressum Parisiis per magistrum feliceni Baligault civem parisiensem i mote sancte genovefe ad intersignum diui stephani, concurrete causa miro caractère exaravit anno immense reparationis millesimo quadringentesimo nonagesjmo nono, sole vero novembris cliidente octavam cum expensis honesti viri Simonis Vostre commorantis Parisiis in vico novo beate Marie ad intersignum divi Johannis evangilistæ. » — Ce remarquable in-folio, orné de majuscules gravées sur bois, est conservé à la Réserve de la Bibliothèque nationale sous la cote X, 469. L’ouvrage original datait de 1286; le livre de 1499 a été « diligenter castigatum per prestantem doctrina virum, eximium magistrum Petrum Egidium qui non duxit indignum suis laboribus singulos quoque codices immo singulas paginas diligenter recognoscere & additiones acutas ex sua ingenii officina profectas advertere. Inseruit que additiones suas singulis in locis prout congruum esse iudicavit. Propterea multo labore se cognoicat iuvenis levetus qui iuxta grammaticam cernât glosamata connexa ».
2. Pierre Herbert, qui ne connaissait cet ouvrage que par une citation d’André Chévillier (VOrigine de V imprimerie^ Paris, 1694, in-q®, p. i5), ne l’eût pas attribué à notre Pierre Gilles s’il avait eu en mains le volume même, daté de 1499. in^primé par conséquent neuf ans seulement après la naissance dudit Pierre. (Cf. P. Herbert, Quelques notes biographiques sur Pierre Gilles; ap, Ernest Jovy, Pierre Herbert & ses travaux inédits sur V anthologie de Planude, Vitry-le- François, 1899, in-8®, p. 229.)
3. Voir la préface latine qui est en tête du Aletaphraste^ de Gilles, publié à Paris en 1621 .
PIERRE GILLES D’ALBI
lettres 8c les sciences'. Il y avait, en outre, pour les clercs, une école épiscopale, le Collège dt Sainte-Gemme y VEcole Magey dont Georges d’Armagnac, qui a joué un rôle si important dans la vi^e de. Pierre Gilles, fut, à ce que l’on assure, un des plus brillants élèves^.
Louis d’Ainboise, évêque d’Albi depuis 1497, promu cardinal en i5o8, s’était trouvé chargé de l’éducation de cet enfant voué à l’Égl ise dès sa naissance, 8c auquel le rattachaient quelques liens de parenté^.
Pierre Gilles, qui, jeune encore, avait amassé des trésors d’érudition, fut prié par le cardinal de compléter l’instruction de son pupille; il en a lait un humaniste qui a mérité plus tard les éloges de Guillaume Budé"^.
Les débuts littéraires de Pierre Gilles remontent à i52i. Il ' a quitté Georges d’Armagnac aux portes du séminaire, 8c, rendu à la liberté, il est accouru à Paris, où il compte trouver aisément l’emploi de ses talents. .
L’archidiacre d’Albi, Antoine Fajet, le recommande à Guillaume Boisset, un abbé de Cîteaux, enfant de la même église,
1. J. Rolland, Histoire littéraire de la ville d’Albi. Toulouse, 1879,
I vol. in-8®, pp. 92 & suiv. — Albi possédait des maestres de las escolas dès i36o, & ces écoles tiennent dès lors une place considérable dans les comptes consulaires de chaque année.