SOCIÉTÉ DES AMIS DES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN
Extrait des délibérations de la Société des Cordeliers, séante au Musée, rue de Thionville, du 23 mai 1193, deuxième de la République :
La Société, instruite que, au mépris de la Décluralion des droits éternels ct impérissables qui consacrent la liberté là plus illimitée des opinions, deux de ses membres, les citoyens Hébert et Yarlet, Apôtres de la liberté, ont été arrêtés
L'on demande qu'il soit fait une circulaire aux quarante-huit sections pour les prévenir de l'arrestation du citoyen Hébert qui a été arraché à ses fonctions de magistrat du peuple. Le conseil arrête que l'on enverra :aux quarante-huit sections exp‘dition de l'adresse à la Convention sur l'arrestation d’'Hébert ; que cette adresse sera portée par des cavaliers qui seront tenus de se rendre à sept heures dans les assemblées générales, et chargés de demander, au nom du conseil, que lecture en soit faite sur-le-champ. -
la nuit dernière pour avoir émis librement leurs opinions dans leurs discours el dans leurs écrits, déclare :
Qu'elle regarde comme des actes de tyrannie les attentats commis contre les citoyens Varlet et Hébert; déclare :
Qu'elle re:sent comme un outrage sanglant fait à ellemême et à tous les patriotes de la République et de lunivers cefte conduite illégale et liberticide.
Arrète que des commissaires pris dans son sein porteront à l'instant à la Commune, aux quarante-huit sections et aux sociétés populaires de Paris cet Arrêté, avec invitation pressante de prendre dans leur sagesse les moyens les plus vigoureux de résistance à l'oppression.
(Manuscrit). La société à (sic) nommé pour commisaires(sic) les citoyens Boclet et Bouquet. (Signé) Monnin, président, et Husson, secrétaire.
Le conseil adopte la rédaction de l'adresse relative à Hébert. Une députation nommée à cet effet part sur-le-champ pour la porter à la Gonvention.
Voici le texte de cette adresse, avec la réponse du président de la Convention (Isnard), réponse célèbre, et qui souleva de si grands orages dans le côté gauche de la Convention.
L'orateur de la députation du conseil yénéral de la Commune.
«.Les magistrats du peuple, qui ont juré « d’être libres ou de mourir, ne peuvent voir « sans indignaljon la violation la plus manifeste « des droits.les plus sacrés. Nous venons vous « dénoncer l'attentat commis par la comnns- « sion des Douze sur la personne d'Hébert, « substitut du procureur de la Commune. (Vio- « lents murmures à droite.) Il a été arraché du « sein du conseil général, et conduit dans les « cachots de l'Abbaye. Le conseil général dé- « fendra l'innocence jusqu'à la mort. Il de- « mande que vous rendiez à ses fonctions un
« magistrat estimable par ses vertus civiques «et par ses lumières. (On murmure.) Nous « demandons qu'il soit promptement jugé. Les « arrestations arbitraires sont pour leshommes « de bien des couronnes civiques. » (On applaudit dans une partie de l'assemblée et dans les tribunes...
Le Président. « La Convention, quia fait une « déclaration des droits de l’homme, ne souf- « frira pas qu’un citoyen reste dans les fers s’il « west pas coupable; croyez que vous obtien- « drez une prompte justice; maisécoutez les véri- « tés que je vais vous dire: La Francea mis dans « Paris le dépôt de la représentation nationale ; « il faut que Paris le respecte : il faut que les « autorités constituées de Paris usent de tout « leur pouvoir pour lui assurer ce respect. Si « jamais la Convention était avilie, si jamais, «-par une de ces insurrections qui depuis le « 10 mars se renouvellent-sans cesse, et dont « les magistrats n’ont jamais averti la Conven- «ton (violents murmures dans l'extrémité
LE PÈRE DUCHESNE. 3 « gauche, on applaudit dans la partie opposée), « si, par ces insurrections toujours renaissantes, « ilarrivait qu’on portât attemte à la représen- « tation nationale, je vous le déclare au nom de «. la France entière... (Non, non, dans l’extré- : « mité gauche. Le reste de l'assemblée se lève « spontanément. Tous les membres s’écrient :
« Oui, dites au nom de la France!) Le Président. « Je vous le déclare au nom de « la France entière, Paris serait anéanti... » (De violents murmures, partant de l'extrémité gauche, couvrent la voix du president. Tous les membres de la partie opposée : Oui, la Franc entière tirerait une vengeance éclatante de cet. attentat.) Marat. « Descendez du fauteuil , Président , « vous jouez le rôle d’un trembleur..., vous : « déshonorez l'assemblée. .…., vous protègez les « hommes d'État. » | Le Président. « Bientôt on chercherait sur « les rives de la Seine si Paris a existé. (Mur- « mures à gauche, applaudissements à droite.) « Le glaive de la loi, qui dégoutte encore du
« sang du tyran, est prêt à frapper la tète de « quiconque oserait s'élever au-dessus de la re-
« présentation nationale. (Applaudissements à « droite.) p
Pendant ce temps, le 25 mai, une députation de Ja section du Temple communiquait à la Commune de Paris un arrêté tendant à faire nommer par les quarante-sept autres sections des commissaires qui, réunis ce soir à la maison commune, rédigeraient une adresse à la Convention pour lui demander le sujet de l'arrestation du patriote Hébert. u Le conseil arrêtait à l’unanimité que les noms des sections qui avaient pris Hébert sous leur sauvegarde seraient communiqués à ce citoyen. |
Seize sections adhéraient à l'arrêté de la section du Temple, et témoignaient leur indignation relativement à l'arrestation du citoyen Hébert. .
Chaumette a été voir Hébert dans sa prison, et il rend compte de sa visite : Hébert est tran-
quille, et prie le conseil de l’être sur son compte. Mais, dit Chaumette, on attaque la liberté de la - presse en attaquant Hébert comme journaliste: il demande que la chambre où est Hébert soit appelée chambre de la liberté de la presse, comme il y avait à la Bastille la tour de la liberté. |
Le 26 mai, les députés de seize sections de Paris se présentent à la Convention pour réclamer la liberté d'Hébert. L'assemblée décrète le renvoi de la pétition à la commission des Douze pour en faire le rapport le lendemain. Ce décret soulève de nombreuses réclamations auxquelles l'assemblée met fin en levant la séance.
La création de la commission des Douze avait été fort mal accueillie par les sans-culottes et par la Montagne dont aucun des membres ne faisait partie. Dans la séance du 26 mai, Marat disait : k Je redoute aussi les commissions extraordi- « naires quand elles sont prises dans un seul « côté de l'assemblée. Quel autre but peut-on « se proposer, si ce n'est l'oppression des pa- « triotes, si ce n'est de faire tomber la plume
26 LE PÈRE DUCHESNN.
« d'un écrivain patriote, Hébert, rédacteur du « Père Duchesne, » etc.
Une insurrection était imminente à Paris.
26 mai. — Des citoyens préviennent le Conseil de la Commune que quelques citoyennes font des proclamations dans les rues et invitent les citoyens qui les approchent à se porter à l'Abbaye.
27 mai. — Une députation de la cité se présente à la Convention et demande avec menaces Ja liberté d'Hébert.
Le président adresse une admonestation à ces députés.
Dans la même séance, Danton s'élève contre la commission des Douze.
Le ministre de l'Intérieur donne sur Hébert les explications suivantes :
« Je crois devoir passer à un autre fait qui, « quoique particulier, semble mettre la Répu- « blique en mouvement ; c'est d'Hébert que je «a veux parler. Les principaux motifs de son « arrestation , et je le tiens de quelques mem- « bres de la commission des Douze, sont quel-
« ques feuilles du Père Duchesne. Comme fonc- « tionnaire public, j'ai recueilli des notes, sur « ce qui concerne Hébert, de deux personnes « pour lesquelles j'ai la plus grande estime. a L'une de ces personnes est le Maire de Paris, a l’autre est Destournelles, mon ami de quinze « ans: Tous deux m'ont attesté que, dans toutes « les assemblées de la Commune, il n’a jamais « fait que les propositions que peut faire un « bon citoyen. (Applaudissements.) À l'égard a des feuilles du Père Düchesne qui sont son « crime, je ne les connais pas ; mais J'ai horreur « de tous les écrits qui ne prêchent pasla raison « et la morale dans le langage qui leur eon- « vient. »
À la suite d’une discussion qui se prolongea jusqu à minuit, la Convention décréta, sur la proposition de Lacroix, 1° la liberté des citoyens incarcérés ' ; 2° la cassation de la commission des Douze.
Mais, dans la séance du 98, l'appel nominal
‘ Voir le journal d’Hébert n° 241.
fut demandé sur la question de savoir si le décret qui avait cassé la commission des Douze serait rapporté. Il le fut en effet à la majorité de 21 voix. Il y eut 517 votants : 279 voterent pour le rapport du décret; 238 votèrent contre.
Le 28 mai, Hébert entre dans la sale du conseil de la Commune de Paris. De nombreux applaudissements l’accueillent de toutes parts. Tous ses collègues, tous les citoyens présents, l'embrassent et le serrent dans leurs bras. Il reprend sa place au conseil.
Chaumette demande alors que la commission des Douze soit traduite au tribunal révolutionnaire. Le conseil adopte cette proposition.
Hébert témoigne sa vive reconnaissance des sentiments que lui ont manifestés les vrais sansculottes de Paris, et des consolations sans nombre qu’il a reçues dans son honorable prison. Il expose les dangers imminents de la patrie, et 1l demande que l’on y porte de prompts remèdes.
Chaumette lui remet entre les mains une
couronne que lui avaient destinée les patriotes. Hébert la dépose sur le buste de J. J. Rousseau, en disant que l'on ne doit aux hommes en place que des encouragements, et qu’on ne leur doit décerner de couronnes qu'après leur nort. |
Le conseil nomme des commissaires pour présenter Hébert, au nom des sections, à celle de Bonne-Nouvelle, qui est la sienne.
Le ministre de l'Intérieur s’exprimait ainsi dans la séance du 31 mai de la Convention :
« Je ne puis dissimuler ‘à la Convention « qu'il existe une grande agilation dans Paris ; « que tous les citoyens ont été arrachés au re- « pos par le tocsin, au milieu de la nuit. Une « assemblée composée de commissaires de « seclions, d'électeurs du 10 Août, etc., s'est a tenue cette nuit à l'Évêché, et paraît avoir « donné l'impulsion à ce mouvement. La « cause de ces troubles est la réintégration « de votre commission des Douze ; on l’accuse « d'avoir calomnié Paris, d’avoir fait incarcérer
« arbitrairement des magistrats, d’avoir formé « le projet d'opprimer les patriotes', » etc.
Vint {ensuite l'affaire du 31 mai, puis l’arrestation des Girondins.
La popularité d’Hébert se soutint encore pendant longtemps, au moyen de son journal.
Ce fut lui qui imputa à la malheureuse reine Marie-Antoinette des crimes que repousse ‘ la nature épouvantée *. |
{ La commission des Douze, après avoir fait décréter que les citoyens qu’elle avait fait arrêter seraient provisoirement mis en liberté, donna sa démission. La plupart des membres qui l’avaient formée furent proscrits, et plusieurs portèrent bientôt leur tête sur l'échafaud,
3 Voici sur cette affreuse calomnie les détails révélés par le Moniteur :
TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAINE du 23 du premier mois de l'an Il (14 octobre 1195).
Jacques Réné Hébert, substitut du procureur de la Commune, dépose qu’en sa qualité de membre de la Commune du 10 août il fut chargé de différentes missions importantes qui lui ont prouvé la conspiration d’Antoinette,
ss Enfin le jeune Capet, dont la constitution physique dépérissait chaque jour, fut surpris par Simon dans des pollutions indécentes et funestes pour sou tempérament ; que, celui-ci lui ayant demandé qui lui avait appris ce manége criminel, il répondit que c’élait à sa mère et à sa tante qu’il était redevable de la connaissance de cette habitude funeste. - De a déclaration, observe le déposant, que Je jeune Capet à
Hébert était au nombre des commissaires municipaux qui interrogèrent les malheureux enfants de Louis XVI dans la prison du Temple, et leur firent les questions les plus abominables. Is firent signer à l'enfant royal un écrit qu'il n'avait pu comprendre, et qu'ils appelèrent un procès-verbal. Le tribunal révolutionnaire re-
faite en présence du maire de Paris et du Procureur de la Commune, il résulte que ces deux femmes le faisaient souvent coucher entre elles deux } que là il se commettait des traits de la débauche la plus effrénée; qu'il n’y avait même pas à douter, par ce qu'a dit le fils Capet, qu'il y ait eu un acte incestueux entre Ja mère et le fils.
Il y a lieu de croire que cette criminelle jouissance n'était point dictée par le plaisir, mais bien par l’espoir politique d'énerver le physique de cet enfant, que l’on se plaisait encore à croire destiné à occuper un trône, et sur lequel on voulait, par cette manœuvre, s'assurer le droit de régner alors sur son moral; que, par les efforts qu'on lui fit faire, il est demeuré attaqué d'une descente pour laquelle il a fallu mettre un bandage à cet enfant; et, depuis qu'il n'est plus
avec sa mère, il reprend un tempérament robuste et vigoureux.
….. Un juré fait observer que Marie-Antoinette n’a pas répondu sur ce fait,
L'accusée, interpellée par le président, répond : « Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refusc à répondre à une pareille inculpation faite à une mère. (Jci l'accusée paraît vivement émue.) J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici. » (Moniteur du 18 octobre 1793.)
fusa de laisser lire cet écrit à son audience ; mais Fouquier-Thinville en rendit compte dans son acte d'accusation, et Hébert en fit la base de sa déposition, qui révolta Robespierre luimême. Ce dernier, qui était à diner quand on
lui en parla, entra en fureur et s’écria en bri-
sant son assiette : « Ce n’était donc pas assez, « pour ce scélérat, d'en avoir fait une Âles- « saline, 1l fallait encore qu'il en fit une « Agrippine. » Ces paroles de Robespierre faisaient pressentir qu'à un moment donné Hébert aurait dans le Comité un ennemi terrible.
Ce dernier, qui, d’ailleurs, contrariait Îles projets de Robespierre, pensa bien que celuici ne tarderait pas à l'envoyer à l’échafaud.
Hébert avait été à la tête du mouvement contre le culte. Ses déclamations furibondes et son influence dans les saturnales dites Fêtes de la Raison augmentèrent les mauvaises dispositions de Robespierre contre lui.
Déjà, au club des Jacobins (séance du 21 frimaire an Îl), lorsque Hébert fut appelé pour
LE PÈRE DUCHESNE. 35 l'épuration, il avait été question de ses opinions religieuses. Il était accusé d'athéisme.
Bentabole demande pourquoi Hébert a attaqué Lauveaux parce que celui-ci avait parlé en faveur d’un être suprême. Montaut, qui cherche à justifier Hébert, déclare qu’il pense que ce dernier, lorsqu'il a attaqué Laveaux pour avoir parlé de la Divinité, a entendu parler de la chose en elle-même, et n’a point voulu attaquer Laveaux, à qui, dit-il, on permet de croire tout ce qu'il voudra. Il ajoute que ce qu'a dit Hébert, Le peuple l'avait fait ; déjà 1l avait sacrifié les chapes, les chasubles, et tout l’accoutrement religieux.
Hébert répond: « Il est de mon devoir de « repousser l'idée qu'on s'efforce de donner de « moi; on m'accuse d'athéisme, je nie formelle- « ment l'accusation. Quant aux opinions reli- « gieuses que l'on m’accuse d’avoir mises dans : « mon journal, je nie formellement le fait, et je « déclare que je prêche aux habitants des cam- « pagnes de lire l'Évangile. Ce livre de morale « me parait excellent, et il faut en suivre toutes
« les maximes pour être un parfait Jacobin. Le « Christ me semble le fondateur des sociétés po- « pulaires. »
À partir du moment où 1l soupçonna les intentions de Robespierre à son égard, Hébert s’appliqua à forüfier la faction qu'il dirigeait
avec Chaumette. Aidé par Ronsin, chef de l’ ar- "née révolutionnaire, 1l devint maître de la tribune du club des Cordeliers, qui avait le secret de mettre à volonté la populace en mouvement. Il accusa Danton, fit voiler la statue de la Liberté, ainsi que les tables des droits de l'homme, et appela l'insurrection contre ceux qu'il accusait de les avoir violés.
Le mépris de Robespierre, à pee voilé, dut aigrir et exciter Hébert; car, dans toute sa vie politique, 1l paraît n'avoir toujours agi que poussé par des questions d'intérêt ou d'amourpropre personnel. Mais, comme il avait conscience de la force de son adversaire, ce fut à Danton qu'il s'en prit; et ce fut encore une question toute personnelle qui le fit s'attaquer à Danton et au Comité de salut public : la no-
LE PÈRE BUCHESNE. 35 mination de Paré au ministère de la justice, poste qu'Hébert avait l’ambition d'obtenir, et pour lequel il pouvait supposer qu’indépendamment de son rôle pendant la révolution et sa notoriété acquise, les articles publiés par lui sur l'éducation devaient être des titres suffsants. Paré avait été secrétaire de Danton lorsque celui-ci était avocat au Parlement ou aux Conseils du rot.
Robespierre et Danton s’unirent pour écraser cette secte. Ce fut en vain qu’'Hébert essaya d'obtenir par l'insurrection la même victoire. qu’à l'affaire du 31 mai. Il échoua cette fois, les circonstances n'étant plus les mêmes.
Le rapport de Saint-Just, au nom du Comité de salut public, fut lu le 23 ventôse an II, et le projet de décret adopté à l'unanimité.
Hébert fut.arrêté dans la nuit du 25 au 26 ventôse.
La procédure contre Hébert et ses complices commença le 1° germinal de la même année, ils étaient au nombre de vingt, savoir :
4° Ronsin ; 2° Hébert ; 3° Vincent ; 4° Mon-
moro ; ÿ Ducroquet; 6° Kok; 7° Laumur :
8° Bourgeois; 9° Mazuel; 16° Laboureau :
11° Aucard ; 12° Leclerc; 15° Pereyra ; 14° Latreille, femme Quetineau; 15° Anacharsis- Cloots ; 46° Desfieux ; 17° Descombes ; 18° Armand ; 49° Dubuisson; 20° Proly.
Ils étaient accusés d'avoir conspiré contre la souveraineté du peuple français et sa liberté ; et d’avoir voulu rétablir le despotisme et Ja tyrannie, en usant de tous les moyens pour priver le peuple des subsistances, en projetant .de massacrer et faire massatrer les réprésenlants du peuple les plus énergiques et les plus zélés défenseurs de la liberté.
Le tribunal révolutionnaire flétrit Hébert comme voleur. Hébert, si violent dans son journal, fut sans aucun courage, et tomba plusieurs fois.en défaillance devant le tribunal et dans la prison.
Il fut condamné à la peine de mort avec ses complices (sauf Laboureau, acquitté) le 4 germinalan]l'. L’exécution eut lieu le même jour;
1 94 mars 1794.
la femme Quetmeau, qui s'était déclarée enceinte, obtint un sursis. Hébert avait alors près de trente-sept ans.
Lorsqu'il fut conduit à l’échafaud, le Père Duëhesne entendit la populace lui répéter les horribles plaisantenies dont il s'était servi,
dans son journal, contre les victimes du tribunal révolutionnaire.
Sa femme, fut condamnée à mort le 24 germinal an Il (48 avril 1794), et exécutée le même Jour. |
1 Nous possédons une sorle de complainte intitulée’: Hisloire de la conjuration du Père Duchesne et ses adieux à sa Jacqueline. File a treize couplets. En voici quelque:-uns :
Adieu, projets, adieu, ma Jacqueline!
Innocemment j'ai voulu m'agrandir, Pour récompense, on va me raccourcir.
J'ai cru régner... et l’on me guillotine
Pour réussir mon ardeur fut extrême ; De mes desseins rien n’a pu me lasser, A tout Paris, afin de m’engraisser, Heureusement je fis faire un caréme.
Je ramassais tous les débris du trône Qu'avec leur sang je voulais réunir, Si le succès eût suivi mon désir, Sur mon ciiendent je mettais la couroune.
Sur mon journal une horrible figure Me présentait en perruque de crin; Mais en effet j'étais un muscadin, Et seulement sans-culotte en peinture.
On se représente généralement Hébert comme un homme fortement constitué, et aux vêtements en désordre. Il était, au contraire petit, mince, d'unefigure assez jolie, et d’une propreté parfaite. Il avait la parole facile, et s’exprimait avec correction.
J'arrive maintenant à son journal.
Le nom du père Duchesne* était connu de longue date. On trouve dans une réimpression publiée par Caron, et qui est intitulée: le Plat de Carnaval, la relation d’une aventure arrivée au père Duchène, potier de terre et marchand de fourneaux, rue Mazarine, qui jure ou est toujours prêt à jurer à chaque phrase. En 1789, plusieurs pamphlets furent publiés sous le nom du père Duchène. C'était un type, comme, de notre temps, l’a été celui de Mayeux.
En 1790, un nommé Lemaire, employé de la poste aux lettres, publiait un petit journal quotidien ayant pour titre : Lettres bougrement
1 On trouve ce nom écrit lantôt Duchène, tantôt Duchesne ; inais le plus ordinairement avec cette dernière ortographe.
LE PÈRE DUCRESNE. 39
patriotiques du père Duchène, qui se distribuait dans les rues. Ces feuilles, écrites dans un style de corps de garde, et qui ebtinrent un certain succès dans les classes inférieures, donnérent sans doute, soit à Hébert, soit à Tremblay, l’idée du titre de son journal.
Quoi qu'il en soit, la publication d'Hébert commença en 4790, par des feuilles non numérotées ‘, ayant en tête une Vignette représentant le père Duchesne, une pipe à la bouche et une carotte de tabac à la main, avec deux croix de Malte à la fin, et portant au-dessous de la vignette cette épigraphe : Je suis le véritable père Duchesne, foutre ! Ces feuilles sortaient de l'imprimerie de Tremblay, qui très-probablement était propriétaire du journal, dont Hébert était simplement le rédacteur *.
1 On en trouve la preuve dans le n° 1°", où Hébert dit : « J'ai « une erreur à réparer dans ma feuille dn Réveillon du père
« Duchesne et de M. Mirabeau ; je me suis plaint fortement « de M. la Touche, chancelier de M. d'Orléans. Je me trom- « pais, » etc.
Donc il avait paru des feuilles antérieurement à celle numérotéa 1.
% Dansle Vieux Cordelier (n° 5), Camille Desmoulins, s’a-
Au premier numéro de janvier 1791 commença le numérotage du journal , afin, sans doute, d’en faciliter la collection.
Le nouveau Père Duchesne était rédigé dans le même style grivois que les lettres de Lemaire, et il s'en fallait de beaucoup qu'il eût alors la violence à laquelle il s’est -livré plus tard.
En 1790 et 17914, le Père Duchesne était constitutionnel ; il faisait l'éloge du roi, de Lafayette; il blämait Marat et la Reine, qu'il menaçait du divorce, et réservait l'artillerie de ses jurons contre l'abbé Maury et les noirs.
Louis XVI n'y était représenté que comme
dressant à Hébert, dit : « Crois-tu qu’on ne m’a pas raconté « qu’en 1790 et 1791 tu as persécuté Marat ? Tu as écrit pour « les aristocrates, » etc.
Hébert, dans sa lettre à Camille Desmoulins, répond : « Re. « lis ses feuilles (celles de Marat), et tu y trouveras dans plu- « sieurs l'éloge du journal de Tremblay, que je rédigeais « alors, et sur lequel il copiait littéralement les séances de « l’Assemblée nationale. »
Le journal de Tremblay dont äl est ici question n’est pas le Père Duchesne, qui ne rendait pas compte des séances de l’Assemblée, mais bien le Journal du soir sans réflexions. Voir la Bibliographie.
LE PÈRE DUCHESNE. | 41 | un homme trompé, et non comme un trompeur ‘.
Ce fut à partir du numéro 59 que cette feuille se mit à vomir contre le roi, la reine et la famille royale les plus ignobles injures, dans le langage des mauvais lieux. Et certes ce journal contribua largement à détruire ce qui restait de la monarchie, en préparant les soulèvements de la populace
Après le‘ 10 août, et surtout après le 31 mai, les gouvernants d'alors firent circuler le Père Duchesne avec profusion dans les départements *; les armées en reçurent des ballots énormes.
1 Voir le sommaire du n° 49, et dans le corps de la feuille : « On cherche peut-être le sujet de la maladie de notre bon « roi, tandis qu’il est dans son cœur, » etc.
% Nous possédons un exemplaire du n° 334, réimprimé in-4° sans la vignette du Pére Duchesne, mais avec celle qui se trouve en tête des actes du gouvernement , et portant : De l’Imprimerie de la rue de la République. Cette réimpression ne porte pas de numéro.
Dans la séance du 3 brumaire an JI, de la Société des Jacobins, Montaut s'exprime ainsi : « Je déclare qu'étant « dans l'armée que commandait Custine, j'y ai vu les offi- « ciers, tous aristocrates, qui tenaient l’armée dans une tor-
La
Au numéro 43, Hébert changea sa vignette, en copiant presque complétement celle d’un autre Père Duchesne qui s'imprimait rue du Vieux-Colombier. |
Cette vignette représente un homme à mous-
taches, ayant un sabre au côté, et à la main
une hache levée sur un prêtre auquel 1l adresse
« peur infiniment dangereuse pour la chose publique. 11 fal- « lait un journal écrit avec adresse pour réveiller la curiosité « des soldats. Les représentants du peuple sentirent Putilité « du Père Duchesne, le firent réimprimer aux dépens de la « République, » etc. ‘
Camille Desmoulins , dans le cinquième numéro dn Vieux Cordelier (nivôse, 1"° décade , an II de la République), lui adresse le reproche d’avoir reçu, en un seul jour d'octobre dernier, 60,000 livres de Bouchotte, pour six cent mille numéros du Père Duchesne, et il ajoute qu’ainsi le fripon d’'Hébert a voté 40,000 livres à la nation.
À la séance du club des Jacobins du 16 nivôse an Il, le même Camille Desmoulins, répondant à Hébert, dit: « Je « tiens à la main l’extrait des registres de la trésorerie na- « tionale, qui porte que le 2 juin il & été payé à Hébert, par « Bouchotte, une somme de 123,000 livres pour son journal ; « que, le 4 octobre, il lui a été payé une somme de 60,000 li- «a vres pour six cent mille exemplaires du Pére Duchesne, « tandis que ses exemplaires ne devaient coûter que 17,000 « livres »
Bouchotte donna sur ce fait des explications qu'on trouve dans l'Histoire parlementaire de la Révolution française, t. XXXI, pages 236-237.
LE PÈRE DUCHESNE. a 45
le fameux memento mori. La seule différence de la nouvelle vignette d’'Hébert avec celle du Père Duchesne de la rue du Vieux-Colombier consiste en ce que, dans ce dernier, la croisée à droite a plusieurs barreaux verticaux et horizontaux, et que celle d'Hébert n'en a que deux placés en croix. ,
Du reste, l’épigraphe d’Hébert reste la même, ainsi que kes croix de Malte et l’imprimerie.
Ce vol lui a été reproché par Camille Desmoulins dans son cinquième numéro du Vieux Cordelier, où il lui dit : « Ce qui est certain, « c’est qu'avant de t’efforcer de voler la suc- « cession de popularité de Marat tu avais déa robé une autre succession, celle d'un Père « Duchesne qui n’était pas Hébert, car ce n'é- « tait pas toi qui le faisais, il y a deux ans, le « Père Duchesne, je ne dis pas la Trompelte « du Père Duchesne', mais le véritable Père « Duchesne, le memento mori. C'était un autre
1 Journal rédigé par Lemaire, pour faire suite aux Lettres bougrement patriotiques.
« que toi dont tu as pris les noms, armes et « jurements, et dont tu t'es emparé de toute la « gloire, suivant ta coutume. »
Hébert avait déjà cherché à se disculper, ou plutôt il était allé au-devant de l'accusation de vol de la vignette ; dans ses numéros 15 et 16, il terminait sa feuille en disant, après s'être plaint du Père Duchesne de la rue du Vieux- Colombier: « Il faut dire à bas les escrocs, il « m'est libre de me faire graver comme 1l me « plait. » .
Au numéro 23 apparaissent pour la première fois les fameux fourneaux, mais assez grossièrement exécutés. L’imprimeur est toujours Tremblay, rue Basse-du-Rempart, porte Saint- Denis, numéro 11.
La signature d'Hébert se voit enfin, et pour la première fois, sur le numéro 131, ainsi qu'il l'annonce au numéro 150.
La tête de ce journal, jusqu'au numéro 95, a toujours fort embarrassé les amateurs, à raison du changement de la vignette et de la substitution des fourneaux aux croix de Malte.
Deschiens, dans sa Bibliographie des journaux, s'exprime ainsi :
« Duchesne (Grande colère, grande ; joie, etc., « du Père), par Hébert, in-8°.
« Commencé en 1791, ce journal se distin- « gue des autres Pères Duchesne en ce qu'il a présente à la fin de chaque numéro deux « fourneaux, dont l’un est ordinairement ren- « versé. C’est le véritable Père Duchesne.
« Il y a deux numéros 26 et deux numé- « ros 27. Les doubles sont imprimés à Com- « mune Affranchie, et signés Damame. Ils « s'adressent aux habitants de Lyon, et ne sont « pas moins curieux que les numéros d'Hébert. « Il y a deux numéros 138, l’un signé Hébert « et l’autre Tremblay.
« Finit au numéro 365 en l'an IT, époque où « l'auteur a été condamné à mort comme con- « tre-révolutionnaire.
« En tout 368 numéros. »
Autant d'erreurs que de mots, pour ainsi dire.
D'abord, le journal d Hébert ne commence
pas en 4791, mais bien en 1790 ; seulement, . il n'a commencé à numéroter ses feuilles qu’au 1°" janvier 1791.
Ensuite il n'est pas le seul qui ait des fourneaux à la fin. -
M. Deschiens a compris mal à propos dans le Père Duchesne d'Hébert, le Père Duchesne publié à Commune-Affranchie par Damame, et qui forme une publication qui lui est complétement étrangère. C’est, en effet, un journal pubhé à Lyon, qui parait avoir eu trente-deux numéros au moins. J'ai vu les numéros 4, 15, 17, 22, 24, 95, 27, 28, 29, 32. M. Deschiens cite en outre le numéro 26. J'ai le numéro 24. M. le comte de la Bédoyère en possède plusieurs autres.
La vignette est semblable à celle des derniers numéros d'Hébert , et les fourneaux, dont un renversé, se trouvent à la fin.
M. Deschiens ne dit pas qu'il y a deux numéros 16 qui font réellement partie de la collection d'Hébert.
Nous allons expliquer les numéros doubles,
signés Tremblay, dont M. Deschiens n'indique mème pas la totalité.
D'autres personnes, en petit nombre, car il en est peu qui possèdent ces numéros, ont cru que le journal d'Hébert devait commencer par des numéros qui ont la vignette représentant le père Duchesne la hache à la main, terminés par les fourneaux, et qui portent les numéros 2, 8, 4, 5,6, 7, 8, 9.
Si ce n'était pas une erreur, il resterait encore une lacune du numéro 9 au numéro 93.
Mais ce qui ne permet pas de placer ces numéros comme tête du journal d'Hébert, c’est que les faits dont ils traitent sont postérieurs à ceux qui font l’objet des numéros qui les suivraient.
D'un autre côté, ces numéros sont imprimés chez la veuve Errard, rue Pavée Saint-Sauveur. Commert croire que Tremblay, qui était imprimeur, aurait fait imprimer son Journal par un autre? D'ailleurs, Hébert parle de ce’Père
{ Nous en devons la communication à M. le comte de la Bédovère.
Duchesne, dans son numéro 136, dans des termes qui ne laissent aucun doute :
« Pendant longtemps, dit-il, on a ignoré quel « était le véritable auteur du Père Duchesne : « il aurait toujours gardé l’anonyme si les per- « sécutions qu'il a éprouvées ne l'avaient forcé « de se faire connaître. Maintenant plusieurs « faussaires prennent son titre, et sous ce ca- « chet débitent toutes sortes de mensonges et « d’absurdités ;: il désavoue donc hautement « tous ces bâtards dont il ne fut jamais le père, « et entre autres celui qui se fabrique chez la « soi-disant veuve Errard , rue Saint-Sauveur. « C’est une diatribe dégoûtante, particulière- « ment dirigée contre l’estimable auteur des « Lettres du Père Duchesne. Pour n'être pas « confondu avec le lâche qui a volé notre titre « et l'emblème de cette feuille, elle sera signée de son auteur. »
Et au numéro 437 : « Le vil plagiaire qui a volé le titre de mon ouvrage, mon cachet et « la griffe de mon imprimeur, prétend que j'at- « tente à la liberté de la presse, en dévoilant sa
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« turpitude. Quoi donc! la liberté de la presse « s'étend-elle jusqu'à autoriser le premier bar- « bouilleur à s'emparer du titre d'un ouvrage «et de l'invention de l’auteur? Au surplus, « son larcin ne lui a pas profité. Aussi mauvais « singe du style du Père Duchesne que de son « patriotisme, 1l a été contraint de vendre à la « beurrière ses plates déclamations. Sa mai- « tresse de boutique eut hier avec une dame « de la halle le court entretien consigné dans les « vers suivants :
« Combien vends-tu ton Duchèsne bâtard ?
« Rien que deux liards, répond la veuve Errard.
« Mais dis-nous donc le nom et la demeure « De son auteur, pour le complimenter.
Point je ne veux, commère, le citer, Car n’en voudrois envelopper ton beurre. »
Voici l’explication de l'apparition de ces numéros.
Au numéro 138 du journal d'Hébert , une scission paraît s'être déclarée entre ce dernier et Tremblay‘. Ce numéro d'Hébert n'est pas
4 Hébert, dans son n° 130, disait : « On nous a prévenu ÿ
50 LE VÈRE DUCHESNE. ” imprimé à la même imprimerie ; il porte : Imprimerie de la rue des Filles-Dieu, n° 8, cidevant Tremblay. Les fourneaux ne sont plus les mêmes ; ils sont beaucoup plus petits, et n'ont plus le même aspect. En même temps, sans doute pour faire concurrence à Hébert, Tremblay publie un numéro 138, qu'il signe, qui est imprimé à son imprimerie, et qui a, à la fin, des fourneaux semblables à ceux du numéro 29.
Il en est exactement de même pour le numéro 139.
Le numéro 140 d'Hébert a encore les petits fourneaux, et sort de la même imprimerie que les deux précédents.
Au numéro 141 apparaissent les nouveaux fourneaux, mieux faits, qui se continuent jusqu'à la fin du journal d'Héberi.
« que cette feuille doit être incessamment contrefaite; pour « l'en empêcher, elle sera signée dorénavant de celui qui l’a « imaginée et faile sans interruption, depuis les premiers « jours de la révolution. »
Cet avertissement était sans doute donné en vue de la scission prochaine.
LE PÈRE DUCHESNE. sl
Tremblay publie les numéros 142, 146, 447, 148, 150, 151, toujours en concurrence avec Hébert, toujours avec les anciens fourneaux, imprimés chez lui, Tremblay, et signés’ par lui.
Il est vraisemblable que Tremblay avait déjà voulu continuer le Père Duchesne de la veuve Errard, car quelques numéros sont signés de lui, st ce n’est pas une fausse signature. Nous donnons les sommaires de tous les numéros de la veuve Errard et ceux de Tremblay à la suite du journal d Hébert.
Voici maintenant les motifs de l'opinion que nous avons avancée sur la tête de ce journal. | ,
À partir du numéro 1°” des feuilles qui ont la vignette du Père Duchesne, représenté une pipe à la bouche et une carotte de tabac à la main, chaque numéro porte en fin l'annonce de l’Almanach du Père Duchesne qui se vend chez Tremblay. Cette annonce se continue après le changement de la vignette, et même longtemps après l'apparition des four-
neaux. Ce fait, indépendamment de ce que dit Hébert à la fin des numéros 15 et 16, prouverait déjà que c'est bien le même journal qui se poursuit, car un autre auteur n'aurait pas voulu annoncer, ou souffrir que l'imprimeur annonçât dans sa feuille l’œuvre d'un autre Père Duchesne. Ces rivaux, en effet, ne s’épargnaient pas les injures, et s’accusaient réciproquement de contrefaçon. Mais une pièce que nous possédons est venue nous confirmer dans notre opinion. C’est un procès-verbal dressé par un juge de paix au sujet de la saisie du numéro 145 du journal d'Hébert. Ce procèsverbal contient des explications qui, suivant nous, donnent la preuve complète de ce que nous avons avancé. En voici des extraits :
« L'an 1792 (IV° de la liberté), le 4 mars, à a huit heures du matin, est comparu devant « nous, Jean Valentin Buob', juge de paix « et officier de police de la ville et département « de Paris, le sieur Jean-Jacques Guérin, de-
# Buob fut mis à l’Abbaye, d’où il ne sortit que pour être massacré, le 3 septembre 1792.
« meurant à Paris, rue Basse Porte Saint-Denis, « n 7, lequel nous a déclaré qu’en sortant « hier, dans l'après-midi, de chez lui, il avait « entendu crier dans les rues par un colporteur, « et offrir en vente une feuille intitulée: Grande « colère du père Duchesne contre madame Veto « qui lui avait offert une pension sur la liste « civile, etc., que la curiosité la lui avait fait « acheter, et qu'il n'a pu résister au sentiment « d'indignation ; que les expressions scanda- « leuses qu'il contient sont contraires aux « bonnes mœurs, et la dénonciation contre la « reine des Français un véritable scandale. »
Le juge de paix mande l'imprimeur Tremblay qui, sur la représentation de la feuille, déclare qu'il n'en est pas le rédacteur, mais qu’il convient l’avoir imprimée et fait distribuer hier ; qu'ilen a le manuscrit chez lui.
« À lui demandé de nous déclarer le nom et « la demeure de l’auteur de ladite feuille, a «a répondu se nommer Hébert, qu'il était le ré- « dacteur de la feuille dont est question, et de « tous les autres ouvrages qui se sont distribués
a à son imprimerie ; que ledit sieur Hébert « demeurait il y a encore quinze jours ehez « lui, mais que présentement 1l demeure rue « Saint-Antoine, vis-à-vis le petit saint Antoine, « maison d'un papetier. »
On fait venir Hébert, qui commence par accuser le juge de paix Buob, qui, dit-il, lui a manifesté une partialité marquée, qui s’est permis de le calomnier et de le menacer de son autorité à raison de différentes feuilles dont lui Hébert était le rédacteur, notamment à l'époque du 44 juillet de l’année dernière (4794), et de l'avoir menacé de la prison s’il se permettait la moindre réflexion dans son journal, etc.
Le juge de paix lui fait observer que ses feuilles tendent à porter le peupler à la révolte et au manque de respect à tous les pouvoirs constitutionnels, et que c’est toujours dans les circonstances les plus orageuses que les feuilles distribuées chez Tremblay provoquaient le peuple contre les autorités les plus légitimes, répandaient des soupçons sur les démarches les plus innocentes, et enfin portaient le scandale
LE PÊRE DUCHESNE. b5 le plus universel parmi les citoyens paisibles et amis de la loi, etc.
Hébert répond qu'il est faux qu'il ait cherché à semer le trouble et la révolte, que ses actions, ses discours et ses écrits n'ont jamais eu pour objet que d'éclairer le peuple, que de lui dévoiler les complots et les machinations de ses ennemis, etc. ; que l'Assemblée législative, qui a : applaudi à ses efforts, lui a accordé dans le lieu de ses séances, par un décret, un emplacement pour lui et pour trois de ses co-opérateurs pour traduire dans toutes les langues les décrets de l’assemblée, etc.
Le juge de paix lui réplique qu’il ne signe aucun de ces ouvrages.
Hébert, après des réserves et des protestations, se décide à répondre. Il décline ses nom, prénoms,-domicile ete. , et déclare que lenuméro saisi est de lui, ainsi que tous ceux dont il fait suite ; qu'en composant cette feuille dans un style grivois, il n’a eu l'intention que de se mettre à la portée de cette classe peu instruite du peuple qui ne pourrait comprendre d'impor-
tantes vérités si elles n'étaient énoncées avec des expressions qui lui sont particulières ; qu'il ne faut pas confondre cet ouvrage avec plusieurs autres qui ont usurpé son titre pour donner créance à des productions véritablement mcendiaires, etc.
Le juge de paix ordonne que Tremblay sera relaxé, et qu'Hébert sera conduit au dépôt du comité central‘, cte.
Cette pièce est signée de Tremblay, d'Hébert, du sieur Guérin et du juge de paix, au bas de chaque page, et à la fin de chaque vacation.
Nous pensons qu'il résulte clairement et suffisamment de ce procès-verbal que le journal d'Hébert a bien commencé par les feuilles qui portent en tête la vignette représentant le père Duchesneavec une pipe àla bouche et une carotte de tabac à la main, puisque Tremblay et Hébert déclarent que toutes les feuilles imprimées chez Tremblay sont d'Hébert*. Nous ajouterons que
‘ Hébert, dans son n° 416, parle de cette arrestation, qu’il attribue à la reine, et de sa mise en liberté.
? Dans les n° 33, 34 et 35, Hébert, se plaignant des
LE PÈRE DUCBESNE. 57
le série des numéros. se suit exactement, et qu'on n’a jamais vu de numéros du père Duchesne avec la pipe à la bouche et la carotte à la main allant au delà du n° 19, ni de numéros aux fourneaux avant le 23°, si ce n’est ceux de la veuve Errard, qui sont d'une autre collection. Afin que l’on puisse reconnaître facilement les numéros du journal d'Hébert, et les distinguer de ses concurrents ou contrefacteurs, nous donnons le sommaire de chaque numéro, avec toutes les indications bibliographiques qui peuvent être nécessaires pour éviter les erreurs. Nous avons adopté l’ordre alphabétique des titres pour les feuilles qui ont été publiées avant le numérotage.
Nous terminerons par les sommaires des numéros qu'a publiés Tremblay, et par ceux imprimés chez la veuve Errard.
contrefacteurs, termine ainsi : « Je préviens le public contre « ces brigandages, et, pour l’en garantir par la suite, je le « prie de se rappeler depuis quel temps ma feuille a paru; « elle existait plus de six mois auparavant que tous les bâ-
« tards eussent vu le jour, ef elle n'a cessé de se distribuer « Chez Tremblay, mon imprimeur. »
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Nous commençons la série du père Duchesne par les feuilles non numérotées, qui ont paru les premières, ainsi que nous l'avons déjà établi.
Nous rappelons que ces feuilles, et celles numérotées jusques et y compris le n° 19, ont pour vignette le père Duchesne avec une pipe à la bouche et une carotte de tabac à la main, Elles ont deux croix de Malte à la Gin, et sont imprimées par Tremblay.
Nous signalerons le changement de vignette, l'apparition des fourneaux, les changements d'imprimerie, et tout ce qui apportera quelque modification dans la composition.
Toute la collection est de format in-8”, et chaque feuille a huit pages.
A BAS LES CLOCHES OU GRANDE DÉCOUVERTE DU PÈRE DUCHESNE POUR FAIRE DE LA MONNAIE ET DES CANONS.
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CE N'EST PAS LE PÉROU QUE CES BOUGRES-LA, OU AVIS SÉRIEUX DU VRAI PÈRE DUCHESNE AU GÉNÉRAL LA FAYETTE.
LA CONFESSION DU PÈRE DUCHESNE À L'ABBÉ MAURY ET CELLE DE L'ABBÉ MAURY AU PÈRE DUCHESNE
Sa conversion à la constitution, son acceptation d'un vicariat de village, son départ avec des lettres de recommandation du Père Duchesne,
EMPRISONNEMENT DU SIEUR DE CASTRIES A SAINT-GEHMAIN-EN-LAYE, LT GRANDE COLÈRE . DU PÈRE DUCHESNE
Contre son duel avec M. Lameth 1,
FAIS BEAU CUL ET TU N’EN AURAS GUÈRES, OU L’ABBÉ MAURY FOUETTÉ PAR LE PÈRE DUCHESNE -
Pour avoir jeté un député en bas de la tribune de l Assemblée nationale.
GRAND DISCOURS DU- PÈRE DUCHESNE AUX GRENADIERS ET À LA TROUPE DU CENTRE
Pour les empêcher d'entrer dans la maison du roi.