Chronique de Paru, n
LE PÈRE DUCIIESNE
cupait de la Constitution, il serait criminel d'interrompre ses travaux » .
On a vu comment le trio des Enragés avait repris la conversation. Jacques Roux la continua aux Cordeliers qui adoptèrent l'adresse repoussée par la Convention, mais qui hésitèrent à formuler une motion de blâme contre Danton et Legendre, les piliers de la Société.
Entre temps, des agitateurs organisaient le pillage à la Grenouillère, au port Saint-Nicolas, à la barrière Saint-Lazare. La Commune laissa faire pendant trois jours ; mais, comprenant qu'un plus long silence ne justifierait que trop les griefs de la Gironde, elle se décida à réprouver énergiquement ces scènes de désordre. Le 28 juin, une voiture de savon expédiée d'Orléans à Rouen, venant d'être arrêtée et retenue par le peuple, des femmes avaient envahi l'Hôtel de Ville, exigeant qu'on leur délivrât le savon à vingt sous la livre. Le Conseil général s'y opposa à l'unanimité. Puis, Hébert représenta aux pétitionnaires l'inconséquence de leur démarche, l'aspect effrayant de Paris, si la « violation des propriétés » s'y trouvait à l'ordre du jour, et, comme conséquence, le redoublement de l'insurrection en province. Sur son réquisitoire, le Conseil général prit un arrêté « mettant sous la sauvegarde du peuple les propriétés que les malveillants voudraient piller 1 » .
Il es{ vrai que le lendemain, d'après la version de Coste d'Arnobat, Hébert donnait une fiche de consolation à 1 eineute, en promettant aux sectionnaires des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marcel un bon règlement de comptes.
Mais le club des Jacobins en voulut un définitif avec les chefs de cette malencontreuse campagne. Douze commissaires se rendiront aux Cordaliers et en obtinrent l'expulsion de Jacques Roux et de Leclerc.
Le cas de Varlet fut réservé pour un scrutin épurateur. Collot d'Herbois vint rendre compte aux Jacobins du succès de sa mission. Et le défilé des orateurs commença. « Ce fut le plus beau des spectacles... Vous auriez vu Hébert pro-
1. Moniteur du !•* juillet 1793. Séanco de la Commune du 28 juin.
mener le flambeau de la vérité sur la tête du p rêtre hypocrite (Jacques Roux), faire foudre sou masque comme uu limon impur qui couvrait sa tête (applaudi) ».
... € Vous vous plaignez, Parisiens, s'écriait-il, vous déplorez votre situation ; vous murmurez contre vos représentants. Mais songez donc à vos frères des départements, qui, tous les jours, sont réveillés par le bruit du canon, qui, tous les jours, reçoivent des boulets et qui n'ont pas deux onces de pain par jour ! 1 »
Le Père Duchesne ménageait les uns et les autres. Dans le même numéro % il recommandait de « se mettre avec les républicains qui protègent la propriété » ; il vilipendait les accapareurs qui excitent le désordre pour faire la contrerévolution, il invitait enfin les € monopoleurs » à se ranger du côté des sans-culottes pour sauvegarder leurs propriétés.
Mais la campagne qu'il continuait à mener contre les Giro ndins fugitifs, même après la capture de Brissot3, se doublait d attaques très vives à l'adresse de la plupart des généraux qui commandaient les armées de la République. Le système qu'il avait adopté jadis pour combattre à fond DumourieZjil le reprenait contre Biron, « habitué de l'Opéra et pilier de mauvais lieux », laissant la rébellion s'étendre victorieusement en Vendée ; mais ses traits cependant étaient plutôt dirigés contre Custine, dont l'inaction à Mayence restera toujours inexplicable. C'était en même temps « un bon avis à la Convention pour enlever le commandement aux anciens talons rouges, s'entendant comme larrons en foire avec les ennemis de la République », alors que les sans-culottes en sont « les abeilles». Plus particulièrement, Custine « accable les soldats avec une verge de fer ». Le Père Duchesne daigne pourtant admettre que la « discipline doit régner dans les armées », mais, toujours plein de rancune contre le Comité de Salut public, il lui reproche de « n'employer que des nobles 4 ».