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Aulajrd. La Société des Jacobins, l*r juillet

Le Père Duchesne, n° 247,

Les feuilles suivantes reproduisent les mêmes imputations et les mêmes injures sur le compte de € M. Biron qui ne veut pas danser1 » et de Custine « qui fait tuer les hommes comme des mouches 1 ». Le Père Duchesne comprend dans la même réprobation, avec l'espoir de leur « voir essayer la cravate à Sanson», des généraux tels que Sandoz et Westermann, celui-ci < garnement souteneur de tous les tripots de Paris, dénoncé comme escroc... et s'entendant avec les chefs des brigands ». Et, dans un retour vers le passé, le politicien, dissimulé derrière le publiciste, politicien qui ne pardonnera jamais au Comité de Salut public son aversion pour la Commune, prend maintenant à partie « Danton et Lacroix qui furent les avocats de Dumouriez ; pour les avoir crus, la France a perdu la Belgique... »

Un sentiment bien humain, celui de l'intérêt personnel, contribuait encore à exaspérer la verve haineuse du journaliste. Nous avons vu dans un rapport de Dutard à Garât — et la nouvelle était connue de tout Paris — que Bouc hotte, le ministre de la Guerre, envoyait aux armées, pour leur inculquer les vertus républicaines, des numéros du Père Duchesne. Naturellement , le lait fut commenté dans le camp ennemi et de telle façon que le marchand de fourneaux en prit la mouche : « Des j.-f..., dit-il, autrefois aux gages de Capet, de Roland et de l'Angleterre, et auxquels la dernière révolution a coupé les vivres, m'accusent d'avoir partagé avec Marat cinquante mille livres que Bouchotte nous a données. C'est vrai que le ministre sans-culotte, d'après les ordres de la Convention, s'est abonné pour tous les journaux patriotiques et en particulier pour quatre mille exemplaires de mes joies et de mes colères et pour quatre mois*.» Si, comme

S. Le Père Duchesne.n* 254. — Hébert, en journaliste qui sait profiter de sa vogue (le rapport de Dutard le dit assez), insère cet avis à la fin du numéro: « On s'abonne pour cette feuille dont il parait 3 numéros par semaine & raison de 50 sols par mois, franc de port dans les départements. Le bureau est rue Neuve de l'Égalité, cour des Miracles, à la ci-devant Caserne Bonne-Nouvelle ». Hébert venait d'y transporter ses pénales.

l'affirmait le Père Duchesne, « les braves b... des armées en étaient enchantés », leurs chefs étaient loin de partager une telle satisfaction. Gustine entre autres, « Dumouriez Cadet », arrêtait les distributeurs de ces feuilles que leur auteur appelle modestement « l'instruction à l'armée ». Et le Père Duchesne de s'indigner : <c Est-ce que le Comité de Salut Public est d'accord avec Custine 1 ? » Carra qui a reproché à Bouc hotte cette même propagande est frappé du même anathème *.

A la Convention, la Montagne suivait en quelque sorte une voie parallèle, dans cette mise à l'index des généraux indolents ou malheureux, et des Girondins dispersés et menaçants. C'est ainsi que, le 8 juillet, le dogmatique et farouche Saint- Just dénonçait à ses collègues la « conjuration » enfin « démasquée » de ces proscrits qui, sous prétexte de réprimer l'anarchie, avaient déchaîné la guerre civile et qui, sur les cadavres des Montagnards assassinés, auraient relevé le trône au profit du Dauphin. Cette fantaisie, en style pompeux, sentencieux et ténébreux, où Pétion et Manuel étaient accusés une fois de plus d'avoir favorisé par leur inertie les massacres de septembre, eut pour pendant, trois jours après, une révélation du même genre, faite par Cambon au nom du Comité de Salut Public. Cette fois, c'était un complot ourdi par le général Dillon et douze officiers supérieurs pour enlever du Temple le fils de Louis XVI et le proclamer roi, sous la régence de Marie-Antoinette, avec l'appui d'une garde spéciale revêtue d'insignes réprouvant l'anarchie .

— Quelle fable absurde ! s'écria C. Desmoulins, grand ami de Dillon.

Certes, mais la Montagne, la Commune, les Jacobins, en un mot la démagogie triomphante avait besoin de ces romans iue nont pas oubliés les héritiers de ses traditions, pour ichever méthodiquement l'extermination de ses adversaires, ^eux-ci, dans leur ardeur à ressaisir le pouvoir, excitaient ians doute la province contre Paris, mais ce n'était pas —

la Convention le savait bien — pour ramener un roi aux Tuileries ; ils eussent été les premières victimes d'une aussi sotte réaction ; c'était pour écraser Panarcbie qui menaçait de détruire les forces vives de la France.

Aussi, quoi qu'en aient dit des historiens, trop convaincus de la prétendue générosité des Montagnards envers les Girondins, ceux-ci étaient-ils irrémédiablement condamnés, avant que le couteau de Charlotte Corday n'eût précipité leur marche vers la guillotine.

Le Père Duchesne avait fabriqué, lui aussi, son roman de conspiration. A l'entendre, des contre-révolutionnaires devaient organiser le pillage dans Paris, pendant que d'autres émeutiers iraient « enlever le petit avorton du Temple». Puis deui sections enverraient des ambassadeurs «au roi Buzot pour le marier 'avec la grosse Babet (M"* Elisabeth)* et Louis XVIÏ avec la fille de Gorsas. « Le prêtre Fauchet, pape en herbe, s'accommoderait de la veuve Capet. » Entre temps, Custine livrerait passage aux soldats de l'Autriche et de la Prusse pour leur permettre d'assister à ces triples épousailles. Le Père Duchesne profitait de l'occasion pour sommer la Convention de révoquer Custine qui continuait à expulser les colporteurs des Joies et des Colères : « Il ose dire que je suis payé par Cobourg et Brunswick ! 4 » Un jour, Robespierre le dira aussi ; et le Père Duchesne aura vécu.

Le surlendemain de cette extravagante information, Marat était frappé. Comme bien on pense, Hébert consacre tout un numéro * à l'assassin et à son exécrable victime. Il ne pouvait trouver de meilleur prétexte pour donner un libre cours à sa haine contre les Girondins et pour se poser sar un superbe piédestal. « La g... du Calvados », dit-il, est une « furie armée par les prêtres ». Elle « achète un laree couteau au Palais que je ne cesserai d'appeler Royal puisqu'il est le rendez- vous de tous les fripons de la terre. » Puis le Père Duchesne imagine un dialogue entre Marat au bain et Charlotte Corday. Il assiste à l'interrogatoire de la

< coquine ». Elle lui donne l'impression d'une « chatte qui fait patte de velours pour mieux égratigner. Si je m'étais écouté, j'aurais mis cette tigresse en chair à pâté ! » Il constate que « ses poches sont garnies de gros écus et d'assignats faux » et qu'elle « marche aussi tranquillement en prison que si elle allait au bal ». C'est alors qu'Hébert affirme son héroïsme. « Tous les jours, dit-il, je reçois des billets dans lesquels on m'annonce que je dois être massacré... je serais trop heureux si ma mort pouvait être utile à la sans-culot te rie. » Et le Père Duchesne demande qu'en face du tombeau élevé à Y Ami du Peuple, soit dressé l'échafaud pour Brissot, Duperret, Fauchet, « le directeur » de la furie, et « la Normande ». Il veut enfin pour elle un nouveau supplice plus infamant que la guillotine. On sait comment ses vœux furent exaucés : le voile des parricides dans la charrette, le soufflet sur l'échafaud durent remplir son âme d'allégresse.

Au Conseil général, le jour même de l'assassinat, le substitut de Chaumette avait fait main basse sur le cadavre de Marat. Il avait prononcé un discours ministre, dont la feinte modération contrastait avec les fureurs très réelles du Père Duchesne et trouvera son explication dans un avenir prochain. Nul n'était mieux qualifié pour solliciter la succession de Marat ; nul n'en tira meilleur parti.

« Cet événement, déclare-t-il, est un des plus désastreux depuis le commencement de la Révolution. Les grands mouvements de la Révolution ont presque toujours été signalés par des crimes. Lorsque Louis Capet fut condamné à porter sa tête sur l'échafaud, Michel Le Pelletier fut assassiné. Plus le danger est imminent, plus il faut se rallier. On veut discréditer Paris ; on veut persuader que Paris est un foyer de contre-révolution, de pillage et de carnage. Marat était le vrai ami du peuple. Il a rendu de grands services, il pouvait en rendre de grands encore. Je l'ai vu hier, pour la première fois, dans le bain et sous le poids d'une maladie grave, il travaillait pour le peuple ; il faut que le peuple le pleure, mais il faut que le peuple soit prudent.

« Marat, dans ses écrits, nous a recommandé la prudence

et la surveillance; que sa mort n'occasionne aucun mouvement, dans le moment surtout où les départements viennentjfraterniser avec les Parisiens. Vous devrez vous attendre à quelques grands coups. On a cru que les patriotes se porteraient à des excès. Si cela était, les malveillants en profiteraient pour empêcher l'acceptation de l'acte constitutionnel et la fraternisation qui doit avoir lieu, le 10 août, au Champde-Mars. Le jour de la vengeance n'est pas arrivé. Instruisons les départements, prouvons-leur que Paris n'est pas habité par des cannibales. Pleurons sur la tombe de Marat, mais soyons calmes et paisibles, c'est le moyen d'exterminer nos ennemis *. >

Hébert informait en oulre le Conseil que « des mémoires et des pièces intéressantes avaient été remis dans les mains de Marat peu de jours avant sa mort. » Et il demandait — réquisition qui lui fut accordée — que « deux membres du Conseil fussent présents à l'apposition des scellés sur les papiers du défunt, afin que les aristocrates n'en pussent rien distraire ■ .>

Or, une note du pamphlet publié par Coste d'Arnobat vers la fin d'août 1793, donne une tout autre explication de cet < acte », qu'il qualifie d' « illégal >...« Hébert, dit-il, craint qu'en découvrant la scélératesse de Marat, on ne découvre la scélératesse du substitut, qu'en découvrant des paquets d'assignats chez Marat, les honneurs de la pauvreté ne s évanouissent. Moyennant le scellé, Hébert soustraira, à sa volonté, les papiers qui nuiraient à la réputation de son illustre ami. » La passion aveuglait assurément le gendarme de Louis XV ; car il semble que l'opération judiciaire à laquelle il fait allusion ait été entourée de toutes les garanties exigées par la loi ; et il est avéré, d'autre part, qu'à la levée des scellés chez l'homme présenté par Charlotte Corday, dans son interrogatoire, comme « un accapareur d'argent », on ne trouva qu'un assignat de vingt-cinq sous. Hébert en triompha bruyamment. « Voilà, dit-il, une belle réponse aux calom-

1. Chronique de Psris, n° du 15 juillet: Séance du Conseil général du 13.

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