‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 12 sur 165 · Révolutions de Paru, de Prud'homme (no · texte numérisé non relu

Révolutions de Paru, de Prud'homme (no

drangulaires, servant en quelque sorte de mur de soutènement, étaient ornés d'allégories et de symboles, d'attributs et d'inscriptions dans le goût du temps. Ceux qui regardaient la Seine représentaient, l'un Y Abondance , avec tout l'attirail de l'agriculture, l'autre la Constitution « environnée de gloire, ayant sous ses pieds les chaînes de l'esclavage brisées >. Sur les piliers qui faisaient face à l'École militaire, se détachaient en relief des groupes de guerriers prêtant le serment de rester à jamais fidèles € à la Nation, à la Loi et an Roi». Sur les piliers de droite, au milieu des Victoires aux ailes éployées, reparaissaient les trois mots fatidiques € la Nation, la Loi, le Roi >. Enfin, les colonnes de gauche étaient réservées aux génies et au quatrain classique se résumant dans cette sentence éminemment philosophique :

. . . . Les mortels sont égaux.

C'est la seule vertu qui fait leur différence ».

Un adolescent qu'avait enthousiasmé le style pompeux de ces inscriptions, restées intactes, demande et obtient de son père, comme une rare récompense, la permission d'en aller prendre copie. Le 17 juillet, dès les premières lueurs de l'aube, il vole au Champ de la Fédération \

A peine se met-il à l'œuvre qu'il croit entendre sous ses pas comme un bruit de vrille. La méfiance et le soupçon étaient alors à l'état endémique. Notre jeune homme court au corps de garde du Gros-Caillou pour signaler le fait. Le poste, ne se jugeant pas suffisamment en force, refuse de sortir. Le petit patriote se hâte vers l'Hôtel de Ville et en revient avec cent hommes et des outils de sapeur. On découvre le plancher à l'endroit indiqué ; et, dans une sorte

1. Plan, allégories, inscriptions de Varc de triomphe et de V Autel de la pairie, s. 1. n. d. (Bibliothèque de la Ville de Paris.)

2. Louis Blaxc. Histoire de la Révolution française, livre 6. (Récit fait aux Jacobins par San terre qui tenait les faits du jeune homme. Journal des débuts de la Société des amis de la Constitution.) Dans le dossier de Bailly (Archives Nationales W. 294-235) nous trouvons la déposition de témoins, qui, pendant une promenade au Charap-de-Mars, vers neuf heures, ayant entendu un bruit de pas et de vilbrequin sous les planches de l'autel de la patrie, ont perquisitionné et découvert les trop imprudents curieux.

de caveau, on trouve blottis deux individus, avec des provisions de bouche et un petit baril de vin.

C'étaient, paraît-il, un invalide et un perruquier, trop épris d'académie féminine *, qui s'étaient installés sous l'autel de la Patrie, dont ils avaient percé le plancher, à l'aide d'une vrille, pour mieux contempler leurs paysages de prédilection.

On tire ces deux amateurs de leur poste d'observation et, en raison de cette mentalité ombrageuse qui était à l'ordre du jour, on les traîne chez le juge de paix du Gros -Caillou.

— A la Force ■ I dit ce magistrat.

Trois mots qui devaient avoir, un an plus tard, une sinistre signification. Mais, soit que la foule eût entendu «baril de poudre » au lieu de « baril de vin » et qu'elle en inférât l'existence d'un complot pour faire sauter l'autel de la Patrie, soit encore, comme l'écrit Louis Blanc, que des furieux se fussent glissés parmi le peuple pour l'inciter à une sanglante exécution, les prétendus coupables sont aussitôt arrachés du prétoire, pendus, égorgés, déchiquetés.

Des témoins de cette scène, dont la sauvagerie rappelait les premières heures de la Révolution, s'enfuient vers Paris, et se répandant par la ville, racontent partout les péripéties de cet horrible drame. Le bruit en vient jusqu'à l'Assemblée Nationale, où l'on croit qu'une « troupe ameutée > a massacré deux gardes nationaux réclamant l'obéissance aux lois. L'Hôtel de Ville, avisé, envoie, vers onze heures, au Champde-Mars, trois officiers municipaux, Leroux, Regnault et Hardy 8 « avec ordre de repousser la violence par la force, de faire arrêter les coupables... et de proclamer la loi martiale, si le meurtre qui venait d'être commis avait causé des attroupements dangereux ». En tout cas, ils devaient apporter à l'exécution de leur mandat la plus grande prudence et une extrême modération.

A peine sont-ils arrivés à destination avec leur escorte de gardes nationaux, que La Fayette vient à leur rencontre et leur apprend le dénouement du drame de la matinée. Les

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