Moniteur, an II, n
Arrestation des Hébertistcs. — Révélation de leur conspiration par Billaod- Varenncs aux Jacobins. — Documents présentés par Couthon. — Hébert devant l'opinion publique. — Attitude des prisonniers. — Robespierre traite les détenus d'accapareurs. — La Commune en suspicion et les Cordeliers disqualifiés.
« Des mes ures sont déjà prises pour s'assurer des coupables ; ils sont cernés » avait dit Saint-Just. Cette menace, qui pouvait frapper de terreur les Indulgents, fut une terrible réalité, le soir môme, pour les démagogues du club des Gordeliers. Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro, Ducroquet,Laumur furent arrêtés et incarcérés dans la nuit. De vrais ou de prétendus complices ne devaient pas tarder à les rejoindre1.
La rue ne s'émut pas autrement de voir sous les verrous ses perpétuels agitateurs. Toutefois, € leur arrestation, écrivent les observateurs cités par Schmidt, est l'objet des conversations de cafés ; on l'approuve et les détenus sont traités d'intrigants * ». La raison du plus fort...!
Les Cordeliers furent consternés, quand un de leurs cbefs de file, Chenaux, vint leur annoncer ce coup de filet. Leur président Momoro s'y trouvait pris! Mais Chenaux,qu'ils nommèrent pour le remplacer, était un énergique. Il invita ses coreligionnaires au calme, leur lut une seconde fois, selon les rites, la Déclaration des Droits et maintint qu'elle était de nouveau violée. Ancart, déjà désigne pour cette première fournée d'Hébertistes, ne défendit pas avec moins de cou-
1. AncH. Nation. Parquet du tribunal révolutionnaire, W. 76-78.
2. Schmidt. Tableaux, etc., t. II. Situation de Paris du 24 ventôse.
rage les « patriotes opprimés dénonça en même temps le cordelier Prétot, pour avoir été dire dans un groupe qu'Hébert était un scélérat. Prétot, qui était présent, monte à la tribune, y divague longuement, et, pressé de tous côtés par les interruptions, finit par demander si, oui ou non, l'insurrection avait été proclamée dans la séance du 14 ventôse. Des cris < Oui! Non 1» partent de tous les points de la salle. Mais, bientôt, Prétot est arraché de la tribune et chassé honteusement. Puis l'Assemblée, revenant à une procédure dont elle avait usé, lors de la première arrestation de Vincent et de Ronsin, vote l'envoi d'une délégation à l'accusateur public pour l'inviter à accélérer la mise en jugement des détenus.
— Non, vocifèrent d'autres Cordeliers, nous regardons comme innocents nos amis dans les fers ; s'il en était autrement, nous les conduirions plutôt nous-mêmes à la guillotine.
Une délégation des sociétés de Y Ami du peuple et des Hommes libres vint aux Cordeliers pour se déterminer d'après leur décision. Brochet et Bouin,qui arrivaient des Jacobins, signalèrent « l'horrible conspiration > imputée aux prévenus. Les Cordeliers refusèrent d'y croire et ne rapportèrent pas leur arrêté l.
Billaud-Varennes avait, en effet, exposé devant les* frères et amis » des Jacobins le prétendu complot de la faction hébertiste.De retour à Paris depuis qu'elle était réduite à l'impuissance, il ne pouvait lui pardonner les angoisses qu'elle lui avait déjà fait éprouver. Et cependant, comme lui, elle avait proclamé la nécessité de la Terreur ; mais il la sentait, comme lui ambitieuse et prête à tous les coups de force. Aussi bien, avant son fidèle Collot d'Herbois, Pavait-il reniée. Son discours qu'il faut citer presque intégralement, car il apporte des précisions autrement intelligibles que la rhétorique nuageuse de Saint-Just, son discours sue la bile, longuement amassée contre ces parvenus de la démagogie
1. Moniteur, an II, 179. — Abc h. Nat. W. 78. Déclarations Brochon% Adnef, D&mon, etc.
qui avaient osé capter la faveur populaire, pour tenter Tassaut du pouvoir. C'était surtout Hébert que visait Billaud- Varennes, Hébert, qui — juste retour des choses d'ici-bas î — après avoir tant déblatéré contre les accapareurs, était accusé, à son tour, d'avoir affamé le peuple.
« La conspiration, s'écriait Billaud-Varennes, tendait à égorger la Convention et les Jacobins, elle avait pour objet d'affamer le peuple et de le harceler pour le conduire à l'esclavage.
« Ces conspirateurs sont d'autant plus coupables qu'ils sont sortis du sein du peuple et qu'ils ne se sont servis de la. confiance qui leur avait été donnée que pour l'égorger. Ces conspirateurs sont Hébert^ Momoro, Vincent, etc. Il est des traits qui caractérisent ces hommes et qui vont apprendre au peuple qu'en révolution il ne faut jamais idolâtrer personne. Ces hommes atroces, car ils ne peuvent être qualifiés autrement, puis qu'au moment où ils étaient comblés de la faveur populaire, ils méditaient de faire égorger le peuple; ces hommes atroces, dis-je, allaient chercher leurs complices an fond des prisons *. Ils devaient distribuer des armes aux scélérats qui ont déjà combattu contre le peuple; ils devaient les faire venir aux Jacobins pour les inonder de leur sang et de celui du peuple. Déjà il existe au tribunal révolutionnaire dos preuves de ce que je vous annonce... Celui qui devait être nommé par eux Régent * de la République française vient d'être aussi arrêté. La pénurie momentanée des subsistances est le résultat des efforts des conjurés; les denrées ont été enfouies ou perdues pour en priver le peuple et l'exciter au désespoir. Des hommes de l'armée révolutionnaire3 étaient déjà consignés pour combattre contre la liberté; une fausse patrouille devait massacrer le corps de garde placé à la prison de l'Abbaye, donner ensuite la liberté aux prisonniers qui se seraient répandus dans Paris pour égorger les patriotes. On devait se porter à la Monnaie et au Trésor public, là s'emparer des deniers de la République et
1. Arc h. Nat., W. 78, Déclarations Bourbon, Frey, Viot, etc.