Aulard. La Société des Jacobins. Séance du 28 ventôse
Acte- d'accusation perfide et absurde dressé par Fouquier-Tinville. — Férocité populaire contre l'idole d'hier. — La terreur dans les prisons. — Scandales de la première audience. — Témoins et accusés : crânerie de Ronsin, insolence de Vincent, platitude d'Hébert. — Débats misérables : Hébert, écrasé, ne parle plus. — Impressions do la rue. — La peine du talion appliquée à Hébert. — Condamnation.
Fouquier-Tinville avait rempli largement les vues du Comité de Salut public, partant de Robespierre, en établissant son acte d'accusation d'après un système qui devait avoir son plein épanouissement, lors des journées de prairial et, dont les Hébertistes, ou prétendus tels, eurent en quelque sorte l'étrenne. Jamais complot n'avait groupé, dans un même but, des conjurés d'idées ou d'opinions plus disparates C'était la conclusion qui s'imposait, en présence des vingt accusés que Fouquier-Tinville traduisait devant le tribunal révolutionnaire ; et il avait fallu tout l'esprit de chicane et toute la rêverie procédurière de cet ancien légiste, pour constater des points de contact... imaginaires, que signalait entre les conspirateurs le réquisitoire de l'accusateur public. Encore avait-on dû réfréner une ardeur qui s'égarait jusqu'à vouloir y comprendre Pache * et Carrier. Celui-ci avait été le premier, il est vrai, à proclamer l'insurrection aux Cordeliers et Robespierre lui pardonnait moins peut-être ce coup direct que les noyades de Nantes ; mais frapper Carrier, c'était atteindre Collot d'Herbois ; et le Comité de Salut public s'y refusait, pour conserver son unité, comme il défendait de toucher au maire de Paris, trop populaire et trop prudent pour s'être jamais compromis.