‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 16 sur 165 · Mémoires de Bailly , t. I, p. 400 et suiv · texte numérisé non relu

Mémoires de Bailly , t. I, p. 400 et suiv

2. Mémoires de Bailly, t. I. — Extrait des registres des délibérations du Corps municipal. — La lettre de Tretlhard, président de la Constituante le 17, invitait la Commune de Paris à < prendre les mesures les plus sûres et les plus rigoureuses pour arrêter les désordres et en connaître les auteurs » et à en aviser l'Assemblée.

(certains mots sont barrés) l'expédition du greffier municipal est entre nos mains au parquet de la Commune. Ckaumetle, » A la fin : « Pour copie conforme à l'original déposé an greffe du tribunal du VI* arrondissement du département de Paris, Lebreton. » Cette pièce est capitale — sans jeu de mots. Ce fut elle en effet qui décida, deux ans plus tard, du sort de Bailly. Les trois commissaires y relatent tout au long leur entrevue avec les membres du club des Cordeliers : ceux-ci se réclament de leur droit de pétition à l'Assemblée ; ils en ont avisé à l'avance l'Hôtel de Ville qui leur a donné un récépissé de leur déclaration. Puis, ils ont témoigné de « leur soumission à la loi et à ses organes », et se sont engagés à se séparer, dès qu'ils auraient signé la pétition. Les commissaires ont accepté la députation qui s'offrait à les accompagner et sont allés l'attendre dans la maison du comédien Larive. La pluie commençant à tomber, ils montèrent en voiture et passèrent par le Champ-de-Mars où la foule avait considérablement grossi ; ils furent encore fort bien accueillis et suivis aussitôt par la délégation. Ils s'étaient tenus constamment en contact avec La Fayette qui avait « applaudi à leurs mesures de douceur ». Quelle ne fut donc pas leur surprise lorsque, en arrivant à la place de Grève, ils entendirent proclamer la loi martiale ! En vain, l'un d'eux, Leroux monte à l'Hôtel de Ville et veut prendre la parole. On lui dit qu'il est trop tard, que l'arrêté est pris. Il réplique qu'il n'y a aucun rapport entre l'assassinat du matin et les rassemblements de l'après-midi, que les membres du clnb des Cordeliers n'ont pas contrevenu à la loi, qu'au moins on daigne entendre la députation qui les accompagne. Sinon, on les regardera, lui et ses collègues, « comme des traîtres et des gens sans foi1. » il était trop tard!

Ce qui est certain dans cette affaire, où tout fut confusion, obscurité, mystère, c'est que le Corps municipal consentit à recevoir les envoyés du club des Cordeliers. Mais on les chercha vainement ; ils avaient disparu.

1. Les Révolutions de Paris (n» 106> et Us Révolutions de France (n« 86) déclarent que € Leroux, Reçnauld, Hardy sont trois noms voués à l'exécration publique ». Les trois commissaires avaient gardé le silence.

En tout état de cause, le conseil persiste dans sa résolution. A ses yeux 4, les crimes de la matinée, les rassemblements, les rapports adressés à l'Hôtel de Ville établissent l'existence d'une « conjuration formée contre la patrie », sans doute par les étrangers et les aristocrates. La municipalité est responsable de Tordre public , elle a suffisamment prévenu à cet efiet « les hommes égarés par les factieux ». Elle doit encore, par la proclamation de la loi martiale, assurer la liberté des délibérations de l'Assemblée Nationale. Elle décide donc que son précédent arrêté sera exécutoire et part pour le Champ de la Fédération, laissant seulement quatre de ses membres à l'Hôtel de Ville.

Il était six heures et demie du soir. L'atmosphère, redevenue étouffante, malgré la pluie, rendait les esprits plus irritables; et peut-être encore le canon d'alarme qui ne cessait de tonner, la générale qui battait un peu partout, contribuaient-ils à les énerver davantage. L'autel de la Patrie était noir de monde et la foule occupait en masse les glacis quand, à huit heures moins le quart, Bailly et la municipalité arrivèrent au Champ-de-Mars. Précédés du drapeau rouge, presque invisible, affirment des historiens, ils étaient escortés de deux mille gardes nationaux, divisés en trois colonnes, soutenus par de l'artillerie.

A peine le Corps municipal, Bailly en tête, s'engage-t-il dans le passage qui conduit au Champ de la Fédération, que, de tous côtés, sur les glacis, bordant le chemin, partent des cris * : « A bas les baïonnettes I A bas le drapeau rouge 1 » Trois commissaires s'avancent, la loi à la main. Une nuée de pierres s'abat sur eux, sur la municipalité, sur les soldats, avant que les magistrats n'aient eu le temps de faire les trois sommations réglementaires1. Les gardes nationaux se contentent de tirer à blanc. Mais deux de leurs camarades sont blessés par des coups de pistolet partis des glacis *. Cette fois, la force armée riposte avec ses fusils chargés. La Fayette

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