Archives histor. du Cher. 1888. Article Mater
Buob reproche au journaliste d'exciter le peuple à se révolter contre la Constitution. Ce grief est d'autant plus piquant que, de 1791 à 1794, le Père Duchesne se posera en fidèle et inébranlable soutien de toutes les Constitutions qui se sont succédé jusqu'alors. Pour le moment, Hébert répond qu'il n'a cherché qu'à mettre le peuple en garde contre ses ennemis et leurs complots . Il se prévaut, en tout cas, de la confiance dont l'honore l'Assemblée Législative, en lui accordant une place dans une de ses tribunes.
— Mais pourquoi ne signez-vous pas vos articles? réplique le juge de paix.
Cependant, Hébert finit par reconnaître qu'il est l'auteur du numéro saisi ; son langage «grivois» le rend plus intelligible au lecteur, mais ne saurait amener de confusion entre son Père Duchesne et d'autres feuilles similaires qui en ont usurpé le titre et sont des pamphlets incendiaires.
Après cet interrogatoire, Hébert fut conduit au dépôt central et Tremblay mis en liberté.
Le 5 mars 1792, l'inculpé comparaissait devant le tribunal de police correctionnelle.
La Société des Amis delà Constitution (Club des Jacobins), définitivement acquise à l'esprit démagogique, avait décidé que trois de ses membres, Collot dUerbois, Polverel père et Réal assisteraient Hébert C'était un appui moral. Car l'accusé était suffisamment armé pour se défendre. Et il importe de remarquer ici, afin de bien comprendre l'influence exercée par Hébert sur ses contemporains, qu'il savait enlever les foules, non seulement par l'ardeur de son style, mais encore par la vigueur de sa parole. Il avait, au suprême degré, l'éloquence de son temps et de son milieu, emphatique, pompeuse et cependant susceptible des pires violences. Comme l'écrit Gorsas *, le prévenu plaida si bien sa cause devant le tribunal et prouva si bien que sa détention était une illégalité et son interrogatoire une sottise, qu'il obtint sa mise en liberté. Il n'y eut pas jusqu'à Lemaire, l'auteur des