‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 23 sur 165 · Archive» da Cher, i8*8. Article André Mater · texte numérisé non relu

Archive» da Cher, i8*8. Article André Mater

persécutions, mais, appuyé par tous les patriotes, je triomphe de toutes ces cabales!... »

Ce n'était pas sans raison qu'Hébert parlait de « persécutions » dont il était la victime, mais qu'il avait très volontairement provoquées.

La trêve du Champ-de-Mars avait été, en effet, de courte durée, et le Père Duchesne n'avait pas été des derniers à la rompre. A la fin de 1791 et dans les premiers jours de 1792, ses attaques avaient recommencé, plus violentes, plus féroces, plus cyniques que jamais. Il avait accueilli avec transport le décret de l'Assemblée Législative contre les émigrés : et, dans un seul numéro *, il réglait définitivement les questions religieuse, politique et militaire: il déportait auMississipi les prêtres, pendait Duport et les ministres, faisait élire les généraux par leurs soldats.

Puis il demandait des comptes à Bailly sur les approvisionnements de Paris et sur « l'affaire » — qui lui tiendra toujours au cœur — du Champ -de-Mars Il traitait avec mépris La Fayette de « jeune barbe 3 ». Il n'a que des paroles de haine pour Sieyès, Barnave, Chapelier 4. Ses compliments et ses étrennes 1 du jour de l'an sont très significatifs : « Bon jour, bon an, dit-il, mes amis Brissot, Condorcet, Vergniaud, Merlin, Chabot, Couthon, Isnard, Bazire et vous tous... que les ministres aiment comme la colique. » U va rendre visite « à la clique des Feuillants », à l'hôtel Massiac, où se réunissent les Chéron, les Vaublanc, les Pastoret. Il donne comme étrennes, au « gros daron des Tuileries », un nerf de bœuf, « pourf... sur l'épaule » de ses ministres De Lessart, Bertrand de Molle ville, Tarbé, Duport, qu'il représente, dans une de ses € grandes colères • » comme méditant € un coup de chien », c'est-à-dire la ruine de la Constitution.

Il n'a pas la dent moins dure contre « le Miel de Narboune » 1 ; c'est ainsi qu'il désigne lo comte de Narbonne, ministre de la guerre, qui « fait des contes bleus » et s'entend avec l'étranger pour « f... dedans les Français ». L'irritation du pamphlétaire répondait ici à une préoccupation très vive de l'opinion publique, qui savait les intrigues des émigrés dans les cours allemandes, à Londres, à Pétersbourg, et qui voyait déjà s'amasser, aux frontières, comme le plus redoutable des orages, les menaces d'une invasion étrangère. Aussi le Père Duchesne, ce nouvel Asmodée, va-t-il visiter*, « non pas en chaise de poste » comme ce farceur de Narbonne, mais à pied, la ligne de nos frontières; il se rend au quartier général de Rochambeau, de Lûckner, de La Fayette ; et il n'y trouve pas d'armes... pas d'armes, après avoir donné tant de millions au budget de la guerre I Mais, en sa qualité de « commandant général des piques s », il partira avec les bataillons parisiens, précédés des femmes et des enfants des émigrés. Que tous les citoyens s'arment *, qu'ils forment une barrière infranchissable autour des clubs patriotiques 1 Ah ! s'écrie-t-il, sur le mode cher à Marat, si, au commencement de la Révolution, nous avions pendu «c cent individus », nous nous serions épargné bien des misères ! Que les femmes s'arment aussi, comme elles lo firent les 5 et 6 octobre I Allons, allons, il faut vous « grouiller » .

Il va sans dire que le roi et la reine ont leur large part dans cette distribution d'injures et d'outrages. Le Père Duchesne est furieux contre Louis XVI qui ne veut pas sanctionner la loi contre les émigrés et qui oppose son veto à la confiscation de leurs biens:«C'est trop fortde café !... Est-ce que le peuple n'est pas souverain ?... » ...Le jour ne vieDdrat-il pas où € tous les peuples de la terre s'entendront » ?...

— Père Duchesne, dit le roi, tu es un factieux.

1. Le Pire Duchesne, n° 106. — Robespierre, lui aussi, avait laissé entendre que si Narbonne voulait former une armée, c'était pour la retourner, le cas échéant, contre la démocratie.

S. Le Pire Duchesne, n* 109.

J. Le Pire Duchesne, m 113.

— Non, f..., je suis l'ami de l'Humanité \

Mais ses « grandes colères » augmentent d'intensité. « M. Veto se f... du peuple; il prend les calotins sous sa protection ; et les Parisiens sont assez stupides pour crier : Vive le Roi ! Vive la Reine * ! »

Oh ! celle-ci, c'est encore la plus détestée I II veut le lui dire en face, — et ce n'est pas, nous le savons, la première fois. Il se rend aux Tuileries, et là commence à détourner de ses devoirs, de son obéissance au roi, un grenadier tout « en étouffant avec lui un enfant de chœur ». Puis, en présence de la reine, il insulte la mère dans son enfant: «Votre fille, lui dit-il, votre fille (celle qui sera plus tard la duchesse d'Angoulême) vous ressemble comme deux gouttes d'eau ; elle regarde le monde du haut de sa grandeur. » Enfin le Père Duckesne déclare que M"* Veto « qui accapare les journaux» a voulu Tacheter, lui aussi, et lui a offert une pension ».

Un voisin de Tremblay, indigné, court porter un exemplaire de cette feuille chez le juge de paix Buob, avec qui Hébert avait eu déjà de sérieux démêlés. L'imprimeur, mandé devant le magistrat, reconnaît avoir signé le numéro, mais déclare qu'il n'en est pas l'auteur *.

Buob somme Tremblay de lui révéler le nom du rédacteur de ce libelle.

— C'est, répond l'interpellé, le « nommé Hébert », qui écrit non seulement le Père Duchesne, mais encore « tous les autres ouvrages distribués » à mon imprimerie. Il y a quinze jours encore, il avait élu domicile chez moi, mais, à l'heure présente, « il demeure rue Saint-Antoine, vis-à-vis du Petit-Saint- Antoine, dans la maison du papetier».

Hébert, appelé à son tour chez Buob, s'y présente, en homme pénétré de son importance. Il récrimine avec amertume contre les persécutions d'un juge qui l'a toujours calomnié et menacé depuis l'affaire du Champ-de-Mars.

i. Le Père Duchesne, n« 98.

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