‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 35 sur 165 · Procès-verbal du Moniteur · texte numérisé non relu

Procès-verbal du Moniteur

Les fédérés marseillais, magnanimes envers les vaincus, demandent, aux acclamations de toute la salle, la permission d'escorter les Suisses réfugiés à l'Assemblée et de leur faire un rempart de leur corps.

De son côté, Santerre parle en homme d'importance ; il rend compte des mesures prises pour le rétablissement de la tranquillité publique, en dépit de la fermentation qui bouillonne dans les esprits. « Il est convenable, dit-il, que le roi reste dans le sein de l'Assemblée. »

Il est entendu que Roederer procédera, dans le plus bref délai, à l'aménagement du Luxembourg destiné à recevoir Louis XVI et sa famille. Mais aussitôt, en raison même de débats engagés à ce sujet entre les membres de la nouvelle Commune, des officiers municipaux déclarent que le Luxembourg est difficile à garder et que le roi serait « bien plus en sûreté au Temple » — insinuation qui deviendra presque un ordre le lendemain.

Pendant qu'en cette seconde journée, dans le désordre entretenu à la Législative par des irruptions collectives ou individuelles. l'Assemblée continuait à donner l'exemple de l'irrésolution et de l'incohérence, la Commune insurrectionnelle poursuivait, avec une rare méthode, sa politique de mainmise sur tous les rouages de la vie publique et privée. Maintenant qu'elle avait conscience que le roi ne pouvait lui échapper, elle se préoccupait de réduire à la même captivité l'entourage ou les partisans les plus déterminés du prince. Ce fut dans ce but, et sous prétexte de rechercher des dépôts clandestins de poudre et d'armes, qu'elle supprima les passeports et prit ces mesures arbitraires, dont un témoin oculaire nous fait rénumération en un tableau si animé : < Le jour marqué, on commande les sans-culottes et les Jacobins des quarante-huit sections. Défense à tous les habitants de Paris de sortir de leurs maisons après dix heures ; ordre de laisser les portes entr'ouvertes. La garde nationale est chargée d'occuper les rues, d'en fermer exactement l'entrée et la sortie ; on double les postes des barrières ; des patacbes, sur la Seine, interdisent tout espoir de fuite de ce côté.

< Une foule de commissaires de la Commune, suivis d'une troupe de Jacobins armés, se répandent dans les divers quartiers de Paris, entrent dans les maisons, fouillent jusque dans les caves, dans les armoires, dans les cheminées, et arrêtent les hommes qui leur sont désignés. Les gardes, placés dans les rues, se saisissent de ceux qui, ignorant cette mesure, se trouvent hors de chez eux, ou qui, craignant qu'elle ait une suite funeste, cherchent un asile qui puisse les y dérober. On les mène à la mairie et on les y enferme pêle-mêle, jusqu'à ce que Ton ait fait un tri, que l'on ait renvoyé les uns et conduit les autres aux maisons d'arrêt chargées de l'exécution *. »

« La Commune agissait donc complètement en souveraine et comme pouvoir social», disent Bûchez et Roux, résumant dans cette phrase l'observation si précise de Richer-Serizy :

« Le premier plan de cette faction était de faire de la municipalité de Paris la municipalité de l'ancienne Rome, de la créer à son image, de la rendre indépendante et de lui attribuer tous les pouvoirs. Elle força, en conséquence, l'Assemblée nationale à rompre en sa faveur les liens de la subordination et de la hiérarchie des pouvoirs. Elle obtint un décret qui la mit hors la surveillance du département et l'autorisa à se reconnaître d'autres ordres que ceux de l'Assemblée. »

Nous avons déjà vu comment elle les « reconnaissait, ces ordres », c'est-à-dire comment elle imposait les siens. Elle le prouvait une fois de plus, le 12 août, en récriminant contre le décret de la Législative qui assignait pour demeure à la famille royale le Luxembourg, puis l'hôtel de la Chancellerie place Vendôme, avec une pension mensuelle de cinq cent mille francs.

Manuel, avec «sa figure atroce comme son âme », écrit un un royaliste objecte, en sa qualité de € député de la Commune » que la loi, ainsi formulée, est € inexécutable »; car elle met le roi et sa famille — <c des otages» — sous la res-

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