‹ Le Père Duchesne. Hébert et la commune de ParisChapitre 34 sur 165 · RosDEnEn. Chronique des Cinquante jours · texte numérisé non relu

RosDEnEn. Chronique des Cinquante jours

procureur général syndic, en improuvait, avec des larmes dans la voix, l'illégalité. Il était trop tard. La folle confiance de la Cour et l'inexplicable mollesse de la Législative avaient assuré le triomphe de cette nouvelle journée révolutionnaire.

Dès la première heure, la Commune, née de l'insurrection, apporta à l'accomplissement de la mission qu'elle s'était arrogée un esprit de suite et une vigueur d'exécution extraordinaires. Ainsi que l'a judicieusement observé Richer-Serizy, « elle voulut s'attribuer à elle seule tout le fruit de la victoire, en adoptant la terreur pour maxime unique. Elle imagina de comprimer par ce moyen non seulement tous les gens de bien, mais même toutes les autorités constituées1 ».

Son premier procès-verbal, qui date de sept heures du matin, le 10 août, laisse en effet prévoir la pression qu'elle exercera sur l'Assemblée Législative. Il porte la nomination de commissaires chargés d'informer les représentants de la nation < de tout ce qui se passe d'heure en heure ».

Dès que les Suisses sont écrasés par les bataillons sectionnantes et par les fédères des départements, se présente à la barre une Réputation de la Commune, composée des délégués Huguenin, Léonard Bourdon, Tronchon, Deriem, Vigand et Bullier, qui réclame la déchéance du roi.

Les décrets de la Législative qui, sur la proposition de Vergniaud, suspendent le pouvoir exécutif et convoquent une Convention nationale, semblent ainsi répondre aux vœux, pour ne pas dire aux injonctions des sections parisiennes. D'où cet avis « au public par les commissaires réunis à VH6tel de Ville pour sauver la pairie », annonçant au « peuple généreux de Paris » que Louis XVI est suspendu, mis en arrestation au Luxembourg c et qu'enfin cette liste civile corruptrice est anéantie pour jamais». Signé : Léonard Bourdon, président, Lullier, secrétaire de l'Assemblée générale.

Dans ces journées tragiques, Hébert joue un rôle assezeffacé. Il faut évidemment qu'il fasse son apprentissage d'homme politique. 11 débute toutefois, le lendemain môme dulOaoût1.

t. RjciiBft-SÉaizT L'École des factieux, 1800. 2. Moniteur du 13 août 1795.

Muni de la délégation qu'il a obtenue de ses collègues, il est admis avec Léonard Bourdon dans l'enceinte de Y Assemblée Législative pour y rendre compte de l'état de Paris et des opérations de la nouvelle Commune. «L'agitation diminue, disent les deux commissaires, mais elle est encore inquiétante. Les représentants provisoires de la Commune ont suspendu les juges de paix et ont transmis leurs pouvoirs aux assemblées générales des sections, à cause de la méfiance du peuple envers les officiers de police, méfiance qui Ta porté à se faire justice lui-même. La sortie de la Ville a été interdite. Le Conseil générai et les commissaires se sont concertés pour interner les soldats suisses dans divers corps-degarde. *>

D'autres délégués viennent annoncer à l'Assemblée1 qu'ils ont suspendu — depuis deux jours on ne parle que de suspensions — « tous les comités de sections, le Directoire et le Conseil du Département do Paris en ce qui concerne la ville de Paris ». S'ils ont retenu et consigné le maire Pétion dans sa demeure, c'était pour le soustraire à la ligue des assassins qui veulent attenter à ses jours et qui ont pour repaire le château de Meudon.

Maintenant que la victoire est assurée, c'est à qui jouera, à la barre de la Législative, la comédie de l'héroïsme *.

Les ministres Roland, Clavière, Monge, Danton y prêtent serment de «maintenir la liberté et l'égalité », ou de mourir à leur poste. Pétion, sorti d'une séquestration qu'il avait si ardemment sollicitée, vient témoigner sa reconnaissance à l'Assemblée. Le peuple l'a respecté, le grand peuple qu'on a vu impitoyable pour les voleurs. Mais Pétion entend que la loi soit respectée. Aussi, pour soustraire un de ces larrons aux exécutions sans phrases de la vindicte populaire, l'a-t-il fait monter dans sa voiture et l'amène-t-il avec lui. De ce pas, Pétion court exercer la plus active surveillance autour de l'Assemblée.

* Puis, c'est l'armée insurrectionnelle qui entre en scène.

1. Buchbz et Roux. Histoire parlementaire, L XVII, pp. SI et suit.

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