Mémoires du vicomte de Saint-Pardoux
des Tuileries : « Louis, dit-il, livrait les plus beaux et les plus riches départements aux Prussiens et aux Autrichiens, à condition qu'ils mettraient la France à feu et à sang... Conservez-le comme un otage précieux, dans la Tour du Temple... et faites marcher à votre tête (contre l'ennemi) le gros cochon, sa femme et toute sa b... de race \ »
Il revient avec délices, dans le numéro suivant, sur le même sujet. Bien mieux, il annonce qu'il est « nommé gardien de la Tour du Temple * ». Nous verrons qu'un jour Hébert en sera le plus cruel et le plus vil des geôliers, après avoir donné à ses victimes le plus brutal des porte-clefs. En attendant, le Père Duchesne se réjouit de voir la municipalité « faire la rafle de toutes les coquines qui entourent M— Veto... les Lamballe, les Tourzol », noms auxquels il accole les qualification» les plus infâmes.
Et, de fait, au lendemain du 10 août, la Commune insurrectionnelle avait fait arrêter et interroger, parmi tant d'autres « suspectes », les femmes de la reine. Elle prononçait en même temps la confiscation des « presses contre-révolutionnaires » au profit des « imprimeurs patriotes ». Et, malgré que ses procès-verbaux se contentent d'enregistrer la teneur de ses arrêtés tyranniques, sans faire connaître les auteurs ni la discussion probable de ces propositions d'étranglement arbitraire, il semble qu'Hébert et Marat, en bons journalistes, soucieux d'éteindre une concurrence, toujours fâcheuse, ne durent pas être étrangers à de telles exécutions: Marat, que Taine a si justement nommé, «c le directeur de conscience de la Commune Nouvelle » ; Hébert qui avait dénoncé, un mois auparavant, l'impunité et la prospérité de ces mêmes journaux royalistes, alors qu'on « brûlait le Père Duchesne ».
Ainsi disparurent ces « empoisonneurs publics », comme les appelle le procès -verbal de la séance du 12 août, lisez la Gazette de Paris, la Feuille du jour, le Spectateur, le Modérateur national, le Journal de la Cour et de la Ville dit
le Petit Gauthier, la Gazette Universelle qui avait onze mille abonnés \
Et — conséquence obligée de cette guerre à outrance de l'insurrection victorieuse contre les partisans du pouvoir déchu — de tous cotés se dressèrent des estrades pour recevoir les enrôlements des volontaires, de toutes parts retentirent des cris de mort contre la coalition et contre les émigrés de l'extérieur et de l'intérieur qui fomentaient l'invasion étrangère. L'amour de la patrie devint une forme de l'opposition irréductible, apportée par les plus forcenés démagogues aux menées criminelles d'une aristocratie qui méconnaissait le premier et le plus saint des devoirs.