Feuille de Paris du 10 mai (séance des Jacobins du
De 8011 côté, sous prétexte de pauser les plaies de la République, la Commune se préoccupe d'affirmer sa domination. Un réquisitoire de Chaumette adopté par le Conseil général, invite « tous les Corps administratifs et autorités de Paris à se rassembler deux fois par semaine devant les citoyens, à l'effet de délibérer sur les mesures à prendre pour le salut de Ja République et le bonbeur du peuple » ; il ne laisse à la Convention d'autres soins que d'organiser l'enseignement primaire et de travailler à l'extinction du paupérisme ». Un antre jour, le Conseil Général vote l'envoi « d'imprimés aux sans-culottes de l'armée pour leur servir d'instructions » \ Il trouve encore à la Convention d'ardents défenseurs de cette politique, malgré qu'au grand désespoir du Père Duchesne, la plupart des Montagnards soient partis en mission. Robespierre veut, en effet, dans la séance du 9 mai, qu'on encourage la Commune et le maire de Paris à continuer les arrestations de suspects, complices des contre-révolutionnaires. Il fout que les sections veillent et que les citoyens sous les armes, — la garde nationale — soient payés de leurs journées. Car l'effervescence règne toujours au sein des assemblées populaires: c'est encore le facteur le plus sûr de l'agitation menée contre la Gironde et sa clientèle. Si, comme l'affirme Isnard, dont la présidence sera fatale à ses amis, des jeunes gens se sont plaints, aux cris de « Vive la loi ! », que la municipalité ait conféré le droit à une poignée de citoyens de faire partir qui bon leur semble ; si Bu-iot vient protester une fois de plus, avec sa véhémence coutumière, contre l'arbitraire et le < joug des oppresseurs », la section de la Croix-Rouge donne son adhésion publique à «l'emprunt sur les riches»3 le corollaire inévitable de l'arrêté sur le recrutement : manifestation dont le Conseil général envoie aussitôt la teneur aux quarante-sept autres sections.
1. Bcchbz et Roux. Histoire, etc... Séance de la Commune du 6 mai. i. Séance de la Commune du 9 mai.
3- Cet impôt, voté seulement pour une année, se déterminait d'après « le revenu net présumé, foncier, mobilier et industriel ». Il ne pouvait être perçu sur < le nécessaire d'une famille composée du père, de la mère et de quatre enfants », nécessaire évalué à 6.500 livres. Les contribuables ayant de 40.000 à 50.000 livres de < superflu » devaient donner 20.000 livres.
Dans sa séance du 19 mai, la Commune prend des mesures décisives et irrévocables. Après le défilé obligatoire des sections réclamant des armes pour « aller terrasser le fanatisme en Vendée» et laissant sur le bureau présidentiel des branches de lilas pour en couronner les futurs vainqueurs, l'c administration de police » appelle l'attention du Conseil sur ses propositions dont l'urgence s'impose. Il faut, de toute nécessité, « répartir l'emprunt forcé, établir ensuite une armée révolutionnaire soldée avec les patriotes peu fortunés, que l'impérieuse nécessité garde dans nos murs, et enfin désarmer et arrêter les suspects. » L'Assemblée vote ces diverses mesures ; la dernière toutefois « sera discutée es secret ».
Aetour offensif de la Gironde contre la Montagne. — Fièvre de probité à la Convention. — Furies de tribunes. — Le Comité des Douie.— Guerre au édéralisme.
Le conflit était entré dans une telle période d'acuité, que le dénouement s'en annonçait, aux yeux de tous, imminent et terrible. Ce n'était plus une question d'influence politique ; c'était la lutte pour la vie.
Les Girondins se réveillèrent, mais trop tard, d'une inaction vainement secouée d'intermittentes catilinaires.
L'opposition d'une partie de la population parisienne aux violences arbitraires de la Commune ; l'attitude plus pacifique de Girey-Dupré, recommandant la modération même envers Marat et défendant du reproche d'incivisme des jeunes gens prêts à satisfaire aux exigences du recrutement 1 ; l'évidente lassitude de la Convention qui se réfugiait volontiers dans la discussion des lois constitutionnelles ; tout semblait annoncer une détente, singulièrement inquiétante pour les idées démagogiques. « Si l'esprit public ne se ranime pas, s'écriait tragiquement Robespierre aux Jacobins, j'attendrai sur la chaire curule où le peuple m'a élevé, le moment où les assassins viendront m'immoler. »
Bourdon de l'Oise, lui, tirait son grand sabre et préconisait cette « mesure révolutionnaire » comme la plus efficace de toutes *.