Feuille de Paru, n
que son rapporteur. Un instant, il avait conçu le projet de convoquer les Conventionnels pour une séance du soir. Danton, membre de cette Commission, qui jusqu'alors n'avait pris qu'une part insignifiante aux débats et qui se fût peu-têtre rangé du côté de la Gironde, si celle-ci lui eût fait les moindres avances, Danton avait laissé percer ses inquiétudes. € Les choses ne peuvent plus aller ainsi, avait-il dit à un de ses collègues. Nous avons envoyé chercher cette Commune pour savoir ce qu'elle veut. > Il n'allait pas tarder à l'apprendre.
Marat, ne recevant aucune nouvelle de l'Hôtel de Ville, s'y était transporté, vers les cinq heures du soir, pour précipiter le mouvement. € Levez-vous donc, peuple souverain, s'était-il écrié, présentez-vous à la Convention, lisez votre adresse et ne désemparez pas de la barre que vous n'ayez une réponse définitive... » Et, tout aussitôt, il montait au beffroi sonner lui-môme le tocsin, pendant que le rappel rassemblait les sectionnaires, que des voitures de vivres suivaient les bataillons et que des officiers municipaux s'apprêtaient à parcourir chaque quartier pour exhorter les citoyens à ne pas se laisser ravir des droits si difficilement reconquis.
C'était, avec l'appui de cette force formidable, que dixhuit commissaires, choisis parmi les membres du Comité révolutionnaire du Conseil général, déposaient une pétition, dont la rédaction avait été si laborieuse, à la barre de la Convention.
Celle-ci n'avait pas été convoquée par le Comité de Salut public et cependant avait pris séance vers neuf heures du soir, sous la présidence de l'abbé Grégoire. Les députés étaient en petit nombre et la Gironde était absente. Après un repas — le vrai dîner des Girondins, celui-là — où Louvet avait conseillé de quitter Paris au plus tôt,« l'insurrection départementale pouvant seule sauver la France », ceux que la Commune avait déjà inscrits sur les listes de proscription s'étaient séparés, mais résolus à ne pas fuir.
La Convention avait donné audience à la délégation communale. L'orateur, Hassenfratz, avait parlé en maître : < Citoyens, les quarante-huit sections de Paris, les Corps
constitués sont venus vous demander le décret d'accusation contre les membres de la Commission des Douze, contre les correspondants de Dumouriez, contre les calomniateurs de Paris, contre le fédéralisme... Vous pouvez sauver la République ; si vous le pouvez, annoncez-le-nous ; sinon, nous la sauverons comme au 14 juillet et au 10 août *. »
Et ce n'était plus vingt-deux, mais vingt-sept victimes que réclamait la Commune. Legendre osa même demander l'arrestation des députés qui avaient voté l'appel au peuple dans le procès de Louis XVI. Cambon s'indigna; et Barère, après quelques réflexions subtiles sur l'insurrection parisienne et sur le cas d'Hébert, conclut que la poursuite des députés incriminés devait avoir pour base, non pas des opinions, mais des faits.
En conséquence, la Convention décréta le renvoi de la pétition au Comité de Salut public qui la rapporterait dans les trois jours.
À minuit, les soldats de la Commune, groupés autour de l'Assemblée, se dispersèrent sur un ordre venu de l'Hôtel de Ville. Mais, à une heure, le tocsin sonnait encore et le tambour battait la générale. Le Conseil demanda des explications à Hanriot. « Le commandant général, interpellé, dit le procès-verbal, déclare qu'il n'a pas donné d'ordre, mais que le peuple, étant levé, il ne veut se rasseoir que lorsque tous les traîtres seront mis en état d'arrestation *. »
C'étaient, en effet, les bandes d'Hanriot qui devaient avoir le dernier mot dans cette bataille de trois jours.
La séance du 2 juin s'ouvrait dans les conditions les plus défavorables pour les Girondins. En Vendée, dans la Lozère, à Lyon, l'insurrection s'annonçait victorieuse contre la Convention. Et de même que la Montagne reprochait aux vingtdeux d'avoir déclaré la guerre à l'Europe, sans l'avoir préparée, de même Paris les rendait responsables des discordes civiles qui déchiraient la France en l'irritant contre sa capitale. Une partie de la Gironde, Brissot, Guadet, Pétion,