‹ Le père Gigogne, contes pour les enfantsChapitre 16 sur 44 · MA CHANDELLE EST MORTE, JE N'AI PLUS DE FEU · texte numérisé non relu

MA CHANDELLE EST MORTE, JE N'AI PLUS DE FEU

Après la lecture du message royal. Pierrot se mit à. réfléchir; il était clair qu'en l'envoyant à la cour du prince Azor, on avait de fort méchants desseins sur sa personne.

— Mais, hast I dit-il en faisant claquer ses doigts, nous verrons bien ! et il monta en chantonnant dans la chambre, où il passa plus de deux heures à sa toilette, ce qui ne lui était jamais arrivé.

Avant de partir, il voulut prendre congé du roi,

qui lui ferma la porte au nez, comme on fait aux

courtisans en disgrâce; il monta aux appartements

^ de Fleur-d'Amandier pour emporter du moins dans

son cœur l'écho d'une voix adorée.

— Au large ! lui cria Cœur-d'Or, qui mit sa lance en arrêt : on ne passe pas I

Force fut à Pierrot de se retirer ; il descendit alors dans les jardins du palais, et embrassa tendrement le bûcheron et sa femme, qui lui remirent, les larmes aux yeux, .un panier rempli jusqu'à l'anse de provisions de bouche de toutes sortes»

^' — Bonne chance, monsieur l'ambassadeur, lui

cria le seigneur Renardino, qui épiait son départ, accoudé sur une fenêtre du palais; mille compliments de ma part au prince Azor.

— Je n'y manquerai pas, monsieur le grand minisire, répondit Pierrot, qui ne voulut pas avoir le dernier avec un seigneur si poli, et, tournant les ta-

S^ us PÈR£ QIGO«(iC

loDâ^..iI se mit bravemeat en roater«le paoi^'au bras.,

Pas n'est besoin de vous dire, nues, ohers ^e&faoto^^ les.haltesiDombreuses q^i'il Ht tout le^ long du ctift^ min ; chaque fois qu'il rencontrait im vert tafHri; dm gazon, il s'asseyait à la manière orientale, étendait devant lui une petite nappe blanche comme neige^) déposait :siir cette nappe un énorme pâté de'mme fort appétissante, qu'il flanquait de deur bouteritee' de vin de Hongrie, puis il mangeait et buvait à môme du meilleur de son ccéur, si bien- qu'à moitié' route, ses provisions étaient épuisées et sdn panier vide.

— Maintenant, dit-il, pressons le pas; et il se mît* à faire de si grandes enjambées que le soir môme il' arriva à la cour du prince Azor.

Le moment était mal choisi; tout le palais* était sens déssns dessous ; le prince Âi:or avait avalé à'souper une arôté de poisson, et; dans sa fàreur, il'

LA jgBDISESSE D£ PIERROT S7

Tenait d'étrangler, de ses propres mains un célèbre médecin qui a'avait pu la lui retirer du gosier.

Toutefois, conmxe la moVt violente du médecin ne l'avait pas débarrassé du mal qui le tourmentait; llidée lui! était venue d'employer un moyen plus doux : c'était de faire avaler à son premier ministre une arête en tout point semblable à celle qu'il avait avalée luirméme, et de tenter sur le gosier de Son Excellence toutes les expériences que la science pourrait imaginer.. Il allait donc faire appeler son premier minisire, lorsque notre voyageur fît son entrée, introduit par l'ofUcièr de service.

— Oui es-tu? lui demanda le prince, que la circonstance de l'aréfce obligeait de parler du nez: Qui es-tui, pour oser le ppésenter' devant moi?

— Je suis Pierrot, répondit notre béros, ambassadeur de Sa Majesté le roi de Bôbéme, et je viens à cette* fin de négocier auprès de Votre Altesse untraité de paix.

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— Par ma bosse ! reprit le prince, tu ne pouvais arriver plus à propos. Mieux vaut, après tout, que ce soit toi que mon premier ministre. Assieds-toi à cette table... très-bien... maintenant, mange ce poisson qui est devant toi , et surtout aie soin d'en avaler toutes les arêtes, toutes, entends-tu bien? ou je te fais tuer comme un chien.

Pierrot, qui était fort affamé, ne se le fit pas dire deux fois; il se mit à Tœuvre, et de tel appétit, que rénorme brochet qui tout à Theure envahissait la table tout entière, disparut en un clin d'œîl, comme par enchantement. Il ne restait plus que la grosse arête. Pierrot, relevant sa manche, la prit entre le pouce et rîndex, Tinsinua délicatement dans sa bouche, fil un grand effort, puis une grimace, et Tavala net.

— Prince, dit-il alors du Ion d'un escamoteur qui vient d'envoyer sa dernière n^uscade aux grandes Indes, c'est fait I

— Impossible ! dît le prince Azor, qui Pavait regardé faire avec attention. Allons, avance ici et ouvre la bouche... C'est prodigieux! aj ou ta-t-il quand il etft exploré avec une lumière tous les coins et recoins de la mâchoire de Pierrot.. Elle n'y est plus ! Ma foi ! je me risque.

Et, sur ce, il aspira une grosse bouffée d'air, fit un effort accompagné d'une affreuse grimace, et l'arête qu'il avait dans le gosier passa.

— Je suis sauvé! s'écria-t-il, je suis sauvé! Ah! ah ! l'ami, tu viens de me rendre un très-grand service. Eh bien, pour te récompenser, je te laisse libre de choisir le genre de mort qui te sera le plus agréable ; tu vois que je suis bon prince.*

— Sire, reprit Pierrot, je n'attendais pas moins de votre bonté; mais Votre Altesse fera mieux de choisir elle-même : je m'en rapporte entièrement à elle.

— Ah I tu veux railler, mon mignon, repartit le prince. Eh bien, m'est avis qu'après t'avoir vu man-

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