‹ Le père Gigogne, contes pour les enfantsChapitre 17 sur 44 · L£ PÈRE GIGOGNE · texte numérisé non relu

L£ PÈRE GIGOGNE

gef de si bon appétit tout à l'heure, il serait curieux iQdaintenaat de te voir mourir de fainu 9- Quelque empire que notre héros conservât sur lui* même, il ne put s'empêcher de tressaillira ces pa/? rôles. Mourir, de faim, se dit-il à lui-même , je n'y avais pas songé.

Il allait peut-être se dédire, quand le priiace Azor donna Tordre à ses gardes de renfermyer dans un des caveaux du château.

Ce caveau était, mes chers enfants,, une affreuse prison dans laquelle l'air et la lumière ne pénétraient qu'à travers une ouverture f«>rt étroite garnie ^dkinr treillis de ferj et qui, par sa (disposition, ne peraieè^

tait pas au malheureux prisonnier d^percevoir "1er plus petit coin du.cieL

Tout l'ameublement consistait dans im méchant grabat, uiie escabelie, une crucfaê de terre et un mauvais chandelier en fer, . dont le geôlier renouvelait sow%&t natin la lumières.

Lorsque la porte du cachot fut refermée 'suf kiL Pierrot, qui était fatigué de la longue course qu'il avait faite, se coucha sur le lit et s'endormît bientôt d'un, profôad sommeil.

Le lendemain matin, au petit jour, il fut réveillé en sursaut pan un grincement aigu accompagné d'un cliquetis d£ clefs;

C'était la porté qui roulait sur ses gonds rouilles et le geôlier qui entrait.

— Tenez,, camamde, dît celiii-^ci, voilà de l'eau fraîche que je viens de puisera la fontaine. Je ne vous donae pa« de chandelle, car je 'vois que vous n'avez pas méïôetaMuraé celle que j'avais mise hrer dans le chandelier.

Pierrot se (Vappa le front; comme fait un homme qui trouve une idée, mais ne répondît pas.

Le geôlier sortit, ferma la porte à triple verrou, et, lorsqi^e le bruit dfe son pas'se fût éteint dans le corridor, notre prisonnier-sauta^à bas de son grabat.

saisit aTidement la chandelle, et suif et mèche, il dévora tout.

Cela fait, il prit Tescabelle, la plaça dans le pâle rayon lumineux qui descendait du soupirail, et se mit

à sculpter dans une pièce de bois, à Taide d'un canif qu'il avait emporté, an délicieux jouet d'enfant ; le soir, le morceau de bois était devenu un petit panlin qui, par le moyen d'une ficelle, frétillait des pieds et des mains d'une façon charmante,

— Dieux ! que c'est gentil ! s'écria le guichetier qui venait d'entrer, et dont la figure rubiconde s'était épanouie comme une pivoine à l'aspect de la jolie marionnette ; il faut me donner ça, camarade, pour amuser mon petit garçon.

— Volontiers, dit Pierrot, et je lui en ferais d'autres encore, et de plusj)eaux, si je voyais plus clair en travaillant, mais cette prison est si sombre...

— Qu'à cela ne tienne, mon prisonnier, répondit le geôlier, qui n'y voyait que du feu; je vais vous ap-

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porter tant de luminaire que vous y verrez clair comme en plein midi.

Qnq minutes après, Pierrot avait cinq ou six paquets de chandelles, et vous savez maintenant aussi bien que moi, mes enfants, ce qu'il en fit. J'ajouterai seulement que, quand son garde-manger s'épuisait, il allait chantera travers les fentes de la porte*:

Ma chandelle est morte, Je o*ai plus de feu...

Et le bon guichetier accourait de toute la longueur de ses jambes pour renouveler sa provision.

Quinze jours s'écoulèrent ainsi, et la quantité de jouets fabriqués par Pierrot était si grande , que le geôlier en fit commerce et loua dans la ville une boutique, devant laquelle les petits enfants restaient ébahis du matin au soir, ne pouvant jamais ouvrir des yeux assez grands pour admirer d'aussi belles choses.

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Cependant le prince Azor voulut un jour savoir ce qu'était devenu son prisonnier; il prit une torche, descendit au cacbot, et faillit tomber à la renverse en le retrouvant plein de vie.

— Gomment! drôle, tu n*es pas mort?

— Dieu merci, je me porte bien, répondit Pierrot.

— Ah ! tu te portes bien, repartit le* prince d'une voix menaçante.

Eh bien I tant mieux, nous allons lire.

Et il sortit de la prison.

Or, je dois vous dire, mes enfants, que le prince Azor, qui avait lu, la veille, les aventures de V Adroite Princesse^ un conte de fée des plus jolis, s'était mis à rire de tout son cœur à la description d'un horrible supplice dont cette histoire fait mention; il avait même tant ri, qu'un instant il avait senti son arête qui lui remontait au gosier. Depuis cette lecture, il n'avait pu ni manger ni dormir, tant il était impatient

de faire Tépreuve de ce genre de mort sur l'un de ses sujets.

Pierrot n'étant pas mort, Toccasion était des plus belles.

'A rinstant même, et par ses ordres, un tonneau est amené au château, hérissé à Tint érieur de pointes d'acier fines comme des aiguilles, et transporté au sommet d'une haute montagne située aux portes de la ville.

Dans le même temps. Pierrot était extrait de sa prison, conduit au haut de la montagne, et là, le bourreau,' le prenant par la main, le priait le plus poliment du monde d'entrer dans l'intérieur du tonneau.

— Il entrera, il n'entrera pas I criait le populaire, qui était accouru en foule pour assister à celte représentation extraordinaire.

Pierrot entra.

Quand tout fut prêt, le prince Azor, du haut de

Testrade où il était assis, donna le signal, et le bourreau poussa du pied le tonneau sur la pente de la montagne.

A la vue de cette avalanche humaine qui roulait sur elle-même avec une rapidité effrayante, bondissait de rocher en rocher, emportant avec elle tout ce qu'elle rencontrait sur son passage, il se fit dans la foule un morne silence, interrompu bientôt par les pleurs et les gémisssements des petits enfants, qui ne pouvaient se consoler de voir aussi méchamment mettre à mort l'homme blanc qui faisait des jouets si jolis. Mais quelle ne fut pas la surprise générale, quand, arrivé à la base de la montagne, le tonneau se fendit tout à coup en deux et que Pierrot en jaillit, armé de pied en cap, comme autrefois Minerve du cerveau de Jupiter. Oui, mes enfants, armé de pied en cap, avec une cotte de mailles du plus fin acier, et dans l'attirail d'un preux chevalier qui entre en lice. C'était un vêtement de dessous qu'il avait

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pris par précaution avant son départ pour la cour du prince Azor. Quant à son pourpoint, dont il ne restait ombre sur sa personne, il pendait en lambeaux aux mille pointes de fer du tonneau.

— Hourra ! hourra ! cria le peuple, lorsqu'il fat revenu de sa stupeur.

— A bas le prince Azor ! criaient les petits enfants, qui trépignaient des pieds et battaient des mains, tant ils étaient heureux de voir leur cher Pierrot encore en vie.

Pendant ce temps, le prince Azor se démenait furieux sur Tcstrade et envoyait ses gens d'armes pour se saisir de la personne de Pierrot. Il aurait bien voulu renouveler Tépreuve, mais le tonneau était en pièces et le peuple murmurait si fort que, pour éviter une émeute, il crut prudent de rentrer de suite au château. \

Pierrot fut réintégré dans sa prison ; il n'y était

pas depuis une heure, que le geôlier lui remit de la 1% 6.

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part des petits enfants de la ville, qui s'étaient cotisés pour Tacheter, un habillement complet en tout point semblable à celui qu'il avait perdu. Pierrot fut si touché de cette marque d'intérêt, que les larmes lui en vinrent au yeux. Il bénit les petite enfants dans son cœur et jura de les aimer toute sa vie.

Il Hvait à peine attaché sur sa poitrine le dernier bouton de son pourpoint, qu'un homme entra dans son cachot et lui fit signe de le suivre. C'était encore le bourreau.

Pierrot répondit par un autre signe qu'il était prêt à obéir. Tous (Jeux se mirent en marche à travers les sombres souterrains du château, montèrent, descendirent de nombreux escaliers et débouchèrent eiifin sur une cour, au milieu de laquelle était une fosse, et au fond de cette .fosse un ours blanc dont la

férocité était proverbiale à plus de vingt lieues à la ronde.

Arrivés à la balustrade en fer qui entourait la fosse

deJ'ours, le bourreau s'arrêta, tira de sa. poche une échelle de corde, l'attacha fortement à Tun des barreaux de la balustrade, et fit signe à Pierrot de descendre.

Pierrot descendit.

L'ours, qui dormait profondément,, ne l'entefidit pas; seulement, à cette senteur de; chair fmîche qui hii arrivait dans son sommeil, il releva paressenscmant la tête et tint ses narines eiKâ.Frét.

Tout à coup ses yeux se dilatèrent et lancèrenl deux sombres éclairs.

Pierrot venait de tout?ber le soly .et^ l'échelle 'de corde était retirée.-

Au lieu de s'élancer d'un bond sur ' sa* proie,*

comme une bété mal apprise, l'ours fit semblast de

n'avoir rien vu ; il se leva lentement de tei:^ei détira

^l'untiprès l'autre ses membres engourdis, puis, se

dressant sur ses pattes de derrière, il s'avança à pe-'

|tH bruity bâ^nçimtsa tôteetaffidbtàntlesdQkorsles

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plus honnôles du monde. H avait un extérieur si candide, un air si bonhoname, qu'en le voyant, mes ch^ers enfants, vous n'auriez pas manqué, j'en suis sûr, de lui faire une belle révérence.

Mais Pierrot, qui savait les ours par cœur, ne se laissa pas prendre à ces mimes hypocrites ; il se coucha par terre tout de son long, retint son haleine et fit le mort.

L'ours s'approcha, examina quelque temps d'un

œil soupçonneux ce corps qui gisait inanimé sur le sol, le jQaira, le tourna et le retourna en tous sens, puis, jugeant que c'était un cadavre, il fit un geste de dégoût, et revint se coucher dans sa tanière du môme pas qu'il était venu.

Lorsqu'il fut endormi. Pierrot sci leva tout doucement, s'avança sur la pointe des pieds vers notre animal, et tirant son petit couleau de sa poche, lui^ coupa proprement la tête, avant que la pauvre bête eût eu le temps de se réveiller. Il alluma ensuite un *^

LA lEUNESSB DE PIERROT lOi

grand feu de paille, découpa et fit rôtir de délicieux beefsteaks d'ours dont il mangea toute la nuit et les jours suivants sans interruption.

Une semaine après, le prince Azor courut à la fosse : C'est bien, mon bel animal ! dit-il à l'ours qui se dandinait devant lui, j'étais bien sûr que tu n'en ferais qu'une bouchée.

— Salut au prince Azor I répondit l'ours qui ôta sa tête et montr^ aux regards de son interlocuteur la figure enfarinée de Pierrot.

— Malédiction I s'écria le prince, — ce n'est pa5 l'ours qui l'a mangé, c'est lui qui a mangé l'ours I

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