II
226 LE PERK GIGOGNE
je sens qne, puisque Blanche de Neige est morte, je ne me marierai plus jamais. Je yeux donc l'emporter dans mon palais et la respecter et l'honorer comme ma bien-aimée,
— Eh bien, dit le nain, revenez demain; j'aurai consulté mes frères, et j'aurai vu quelle est leur intention.
Il consulta ses frères, qui eurent pitié de l'amour du prince ; de sorte que, le lendemain, quand le jeune homme revînt, le naîn lui dit :
— Prenez Blanche de Neige, elle est à vous.
Le prince fit placer le cercueil sur les épaules de ses serviteurs, et, les accompagnant à cheval, les yeux toujours fixés sur Blanche de Neige, il reprît le chemin de ses États.
Mais il arriva que les . deux premiers porteurs trébuchèrent sur une racine, et que, dans la secousse imprimée à Blanche de Neige, celle-ci rejeta la bouchée de pomme qu'elle avait mordue, mais que,
par bonheur, elle n'aTait pas eu le temps d'avaler.
A peine le morceau de pomme fut*il sorti de la bouche de Blanche de Neige, que celle-ci nouvTit les yeux, poussa du front It couvercle du cercueil et se dressa tout debout.
Elle était redevenue ^ vante.
Le prince jeta un -tri ée joie.
A ce cri. Blanche de Neige regarda autour d'elle.
— Oh ! mon Dieu ! demanda-t-eile, où suis-je?
— Tu es près de moi ! s'écria le fîls du roi tout joyeux.
Et alors il lui raconta ce qui s'était passé, ajoutant :
— Blanche de Neige, Je t'aime plus que quoi que ce soit au monde; viens avec moi au palais de mon père, et tu seras ma femme.
Le prince avait dix-huit ans. Il était le plus beau prince, comme Blanche était la plus belle princesse qu'il y eût au monde. Il n'eut donc pas de peine à se faire aimer de celle qu'il aimait.
Blanche de Neige arriva au palais du prince. Et, comme c'était une jeune personne accomplie, le père du prince Taccueillit pour fille.
Un mois après, le mariage se fit avec grande pompe et grande magnificence.
Le mariage fait, le prince voulait déclarer la guerre à la méchante reine qui avait si fort persécuté Blanche de Neige; mais celle-ci dit :
— Si ma belle-mère mérite punition, c'est au bon Dieu et non à moi de la punir. ,
La punition ne se fit pas attendre : la petite vérole se déclara dans les États de la méchante reine, et elle fut atteinte de la contagion.
Elle n'en mourut pas, mais ce fut bien pis, elle en fut défigurée.
Or, comme pas un courtisan n'avait osé lui dire le malheur qui lui était arrivé, il advint que, lorsqu'elle put se lever, la première chose qu'elle fit fut de se traîner vers son miroir.
BLANCHE DE MEIGE 2^
— Petit miroir pendu au mur, lui demanda-t-elle, quelle est la plus belle de tout le pays?
— Autrefois, répondit le miroir, c'était toi ; mais, aujourd'hui, tu en es la plus laide.
En entendant ces mots terribles, la reine se regarda, et, en effet, elle se trouva si hideuse, qu'elle poussa un cri et tomba à la renverse.
On accourut, on la ramassa, on essaya de la faite revenir à elle, mais elle était morte.
Restait le vieux roi.
Il ne regretta pas fort sa femme, qui l'avait rendu très-malheureux.
Seulement, de temps en temps , on l'entendait soupirer :
— A qui laisserai-je mon beau royaume? Ah ! si ma pauvre Blanche de Neige n'était pas morte I
On rapporta à Blanche de Neige ce qui se passait, et combien elle était regrettée par son. vieux père.