‹ Le père Gigogne, contes pour les enfantsChapitre 34 sur 44 · LE SIFFLET EI9GHA1ITÊ · texte numérisé non relu

LE SIFFLET EI9GHA1ITÊ

ayant conduits le paatîn, les ramènerait tous le soir, aurait résolu le premier problême.

Lorsque cette proposition eut été faite au jeune berger, il demanda un jour pour réfléchir; le lendemain, il répondrait affirmativement ou négativement.

Le demande parut si juste au roi, qu'elle lui fut accordée.

Il prit aussitôt le chemin de la forêt, pour y méditer à son aise sur les moyens à employer pour réussir.

n suivait lentement et la tête baissée un sentier étroit, longeant un ruisseau, lorsque, sur ce sentier même, il rencontra une petite vieille aux cheveux tout blancs, mais à TobU encore vif, qui lui demanda la cause de sa tristesse.

Mais le jeune berger répondit en secouant la tête :

— Hélas ! personne ne peut me venir en aide, et, cependant, j'ai bien envie d'épouser la fille du roi.

— Ne te désespère pas si vite, répondit la petite vieille ; raconte-moi ce qui te chagrine, et peut-être pourrai-je te tirer d'embarras.

Notre berger avait le cœur si gros, qu'il ne se fit aucunement prier et lui raconta tout.

— N'est-ce que cela? demanda la petite vieille, en ce cas, tu es bien bon de te désoler.

Et elle prit dans sa poche un sifflet d'ivoire et le lui donna.

Ce sifflet ressemblait à tous les sifflets ; aussi le berger, pensant qu'il y avait sans doute une façon particulière de s'en servir, se retourna-t-il du côté de la petite vieille pour lui faire quelques questions, mais elle avait déjà disparu.

Mais, plein de confiance dans celle qu'il regardait comme un bon génie, il alla le lendemain au palais, et dit au roi :

— J'accepte, sire, et viens chercher les lièvres pour les mener paître dans la prairie.

LE SIFFLET EKGHANTÉ ^37

Alors le roi se leys^ et dit à son ministre de Tintérieur :

— Faites sortir tous les lièvres de Técurie,

Le jeune berger se mit sur le seuil de la porte pour les compter; mais le premier était déjà bien loin quand le dernier fut mis en liberté; si bien que, lorsque le berger arriva dans la prairie, il n'avait plus un seul lièvre avec lui.

11 s'assit tout pensif, n'osant croire à la vertu de son sifflet. Mais, cependant, il lui fallut recourir* à cette dernière ressource; il l'appuya donc à ses lèvres et souffla dedans de toutes ses forces.

Le sifflet rendit un son aïgu et prolongé.

Aussitôt, à son grand étonnement, de droite, de gaucbe, devant, derrière, de tous côtés enfin, accoururent^les cent lièvres, qui se mirent tranquillement à paître autour de lui.

On vint annoncer au roi ce qui se passait, et com-

238 LE Fias GIGOGNE

ment le jeune berger allait probablement résoudre le problème des cent lièvres.

Le roi en référa à sa fille.

Tous deux furent fort contrariés, car si le jeune berger réussissait dans les deux autres problèmes cbmme il allait sans doute réussir dans le premier, la princesse devenait la £emme d'un simple paysan, ce qui était on ne peut plus humiliant pour Torgueil royal,

— C'est bien, dit la princesse à son père, avisez de votre côté, je vais aviser du mien.

La princesse rentra chez elle, se déguisa de façon à se rendre méconnaissable ; après quoi elle fit venir un cheval, monta dessus, et se rendit près du jeune berger. •

Les cent lièvres caracolaient joyeusement autour de lui.

— Voulez-vous me vendre un de vos lièvres? demanda la jeune princesse.

LE SIFFLET EltCHAlTrÉ 239

— Je ne tous veadrais pas un de mes lièvres pour tout Tor du monde, répondit le berger, mais vous pouvez en gagner un.

— A quel prix? demanda la princesse.

— En descendant de votre cheval, en vous asseyant sur le gazon et en passant un quart d'heure avec moi.

La princesse fit quelques difficultés; mais comme il n'y avait que ce moyen d'obtenir, le lièvre, elle mit pied à terre et s'assit près du jeune berger.

Au bout d'un quart d'heure, pendant lequel le

jeune berger lui conta mille choses tendres, elle se leva, réclamant son lièvre» et, fidèle à sa promesse, le jeune berger le lui donna.

La princesse l'enferma avec joie dans un panier attaché à l'arçon de sa selle et repritle chemin du palais.

Mais à peine eut-elle fait une quart de lieue, que le berger approcha le sifflet de ses lèvres et siffla» et qu'à ce bruit, qui le rappelait impérieusement^ le

lièvre souleva le couvercle du panier, sauta à terre, et se sauva à toutes jambes.

Un instant après, le berger vit venir à lui un paysan monté sur un âne ; c'était le vieux roi qui s'était aussi déguisé, et qui était sorti de son palais dans le môme but que sa fille.

Un grand sac pendait au bât de son âne.

— Veux-tu me vendre un de tes lièvres? demandat-il au berger.

— Mes lièvres ne sont ^oint à vendre, dit le pâtre; ils sont à gagner.

— Et que faut-il faire pour en gagner un?

Le pâtre chercha un instant.

— Il faut baiser trois fois le derrière de votre âne, dit-il.

Cette condition bizarre répugnait fort au vieux roi, qui ne voulait pas, à toute force, s*y soumettre. Il offrit jusqu'à cinquante mille francs d'un des lièvres, mais le berger tint bon.

Page 1