AU CLAIR DE LA LUNE, MON AMI PIERROT
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32 LE t>ÈRE GIGOGNE
Pierrot, par un prodige qu!il m'est impossible de vous expliquer, grandissait à vue d'œil et si vite que le roi, tout émerveillé d'un phénomène aussi extraor-
dinaire , avait passé régulièrement plusieurs heures par jour, immobile sur son trône, aie regarder pousser. Notre héros avait su , d'ailleurs , s'insinuer si adroitement dans les bonnes grâces du roi et de la reine, qu'il avait été nommé grand échanson de la couronne, fonction très-délicate à remplir, mais dont il s'acquittait avec un tact parfait et une habileté sans égale. Jamais la cour n'avait été plus florissante, ni le visage de Leurs Majestés enluminé de plus riches couleurs, au point que c'était entre elles à ce sujet un échange perpétuel de félicitations tant que le jour durait.
Seule entre toutes, la figure blême du seigneur Renardino avait considérablement jauni : c'était l'effet de la jalousie que lui inspirait l'élévation de notre ami Pierrot, qu'il commençait à haïr du fond du cœur.
Le jeune pâtre que nous avons vu servir de guide au cortège avait été fait grand écuyer, et il n'était bruit partout que de sa belle tenue et de sa bonne mine. Chaque fois que Fleur-d'Anjandier traversait la grande salle des gardes pour se rendre aux appartcments de sa mère, il avait si bon air et paraissait si heureux en lui présentant sa hallebarde, que la jeune princesse, qui ne voulait pas être en reste avec un écuyçr si courtois, lui tirait en passant une révérence.
Or, comme le jeune écuyer est appelé à jouer un rôle dans cette histoire, il est bon de vous dire tout de suke, mes chers enfants, qu'il s'appelait Cœurd'Or.
Le bftcheron et sa femme avaient été nommés surintendants des jardins du palais, et, grâce à Pierrot, recevaient chaque jour, dans la jolie maisonnette
qu'ils habitaient, les rogatons de la desserte royale. Le méchant prince Azor troublait seul tant de bien-
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être. Le roi lui avait ^eayoyé une magnifique ambassade, chargée de riches^ pi)ései)t^9 pour lui. offrir de n,ou¥6au la main de- la prinoesee sa fille;, mais, le priDce, qui était toujours en colère» à eu juger par Tétat dé sa barbe, de ses cheveux et denses sourcils, qui étaient fort hérissés, >aTait fait déposer les présents dans son trésor et mettre à mort les ambassadeurs. Après cet exécrable attentat, il avait écrit de sa. propre main un message au roi, dans lequel il lui faisait à savoir qu'il commencerait contre son royaume une guerre d'exterminatiaU' au.pântâmps.prnchain, et qu'il ne se tiendrait pour contejitiqqa lorsqu'il au** rait haebé lui, toute sa fEmûlle et tout son peuple menu comme chair à pâté.
Lorsque les premières alarmes qpe cette .nouv41e avait &it naître furent dissipées, . le roi a^vi^a. am;; aKcyane dei ipourvoir à Ja. défense detsas États. Ila^H sembla: à .riastant môme tous les antifiitesi de san: r«9àiuDe,. et fit peindre Bural^a oemparta^.de'.la ville
les figures de monstres et de bétes féroces qu'il jugea les plus propres à jeter Tépouvante parmi ses ennemis. C'étaient des lions, des ours, des tigres, des panthères qui allongeaient des griffes longues d'une lieue, et qui ouvraient des gueules si larges, qu*on voyait très-distinctement et d'outre en outre leurs entrailles ;
des crocodiles qui, ne sachant quel prétexte imaginer pour montrer leurs dents, avaient pris le parti dfe se promener tout bonnement les mâchoires béantes ; des serpents dont les immenses replis faisaient tout le tour des murailles, et qui semblaient encore fort embarrassés de leurs queues; des éléphants, qui, pour faire parade de leurs forces, se prélassaient gravement avec des montagnes sur le dos; enfin, c'était une ménagerie comme on n'en avait jamais vu, mais d'un aspect si affreux , que les citoyens n'osaient plus entrer dans la ville, ni en sortir, dans la crainte d'être dévorés.
Cette œuvre de haute stratégie terminée , le roi