P. Lescœur. Notice biographique, ç
L'ORATOIRE. — LA REALITE. 18t
percer dans des plaintes désolées et d'un accent inexprimable, qui rappellent celles de Fénelon vieillissant :
« L'homme apporte, en naissant, le besoin de s'unir à ses frères; écrivait-il, mais les premiers essais d'union amènent les premières expériences; ces expériences se multiplient, deviennent terribles et cruelles; on cherche en vain des cœurs qui sachent répondre au nôtre; plus on aime, plus on est trompé; plus on se donne, moins il nous est rendu. Alors le cœur se ferme, la défiance s'empare de notre âme, on renonce à l'amour, à l'union. On s'habitue à vivre en étranger au milieu de la foule, à ne compter jamais que sur sa propre force : il ne nous vient même plus au cœur d'espérer quelque chose d' autrui, on prend les hommes comme ils sont; chacun, dans sa demeure, s'occupe de soi, et les clôtures de nos maisons, leurs murs et leurs barrières sont les faibles symboles des infranchissables barrières d'indifférence et de défiance qui nous isolent les uns des autres. * »
Le P. Pététot n'était guère moins triste ni moins découragé. Il souffrait des difficultés et des embarras créés par la situation exceptionnelle et mal définie du P. Gratry ; il souffrait de la séparation morale et intellectuelle qui isolait de son supérieur une partie de la communauté. La confiance, l'expansion, l'esprit de famille, ces joies de la vie religieuse, allaient déclinant et pouvaient en mourir.
D'un côté comme de l'autre, on souhaitait la fin de ces conflits d'idées et de ces épreuves. Pour prévenir une rupture, la nécessité d'une solution s'imposait. En 1860, la pensée d'une scission vint à quelques têtes. Après une période d'union parfaite et des campagnes communes en Syrie et en Grèce, saint Paul et saint Barnabe, ne s'entendant plus, durent se séparer et portèrent l'Évangile chacun de leur côté. Au jugement des jeunes, qui s'étaient ralliés autour du P. Gratry pour réahser ce qui était à leurs yeux le projet primitif et fondamental de