‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 107 sur 263 · La morale et la loi de l'histoire, t. I, p · texte numérisé non relu

La morale et la loi de l'histoire, t. I, p

rOratoirc, à savoir la création d'un atelier d'apologétique scientifique, il était temps de suivre un pareil exemple, d'en finir avec les ajournements décourageants dont on ne pouvait prévoir le terme, et de former un groupe à part sous la direction de celui qui était pour eux un père et un maître. Le P. Pététot continuerait de son côté l'œuvre des petits séminaires. Le P. Adolphe Perraud se fit, en toute charité et ouverture d'âme, l'apôtre de ce plan, à Paris et à Saint-Lô. Il échoua. Les uns estimaient, non sans raison, qu'une vie exclusivement vouée à l'étude, étrangère à tout ministère sacerdotal et parla privée des joies surnaturelles et du réconfort moral qu'apporte avec soi l'action apostolique, ne va pas sans inconvénients pour le grand nombre, qu'elle peut dessécher l'âme et tarir peu à peu les sources vives de la charité. Tout prêtre a mission de consoler, de bénir, d'absoudre et de relever les hommes. A quoi servent ces pouvoirs divins, s'il reste complètement enfermé dans sa cellule, s'il se retire dans sa bibliothèque comme dans une tour d'ivoire? D'autres, sans méconnaître les lacunes graves du P. Pététot, ne pouvaient s'empêcher de voir en lui l'auteur providentiel de la restauration de l'Oratoire, celui sans qui rien ne se serait fait, ni ne se soutiendrait, car personne n'était suffisamment préparé à le remplacer ; celui qui, par son autorité, son désintéressement, une sainteté indéniable, était désigné comme l'intermédiaire nécessaire et comme le canal destiné à communiquer aux âmes la vie spirituelle. Il est remarquable, pour le dire en passant, que, parmi ce désaccord, d'un côté comme de l'autre, on se tenait élevé au-dessus des petites considérations personnelles, pour ne s'inspirer que de mobiles généreux et de préoccupations évangéliques.

Cependant, le bruit de ces dissentiments avait transpiré au dehors de toutes parts. L'archevêque de Paris, le cardinal Moi'lot, s'en émut. Il avait pour le P. Gratry une haute estime, et, pour le P. Pététot, de la vénération. Aussi, (]uand celui-ci vint l'entretenir de la situation de sa communauté et d'un déchirement probable pour un

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avenir prochain, son premier mouvement fut de s'y opposer. Après examen plus approfondi, il décida, par un mouvement spontané de sympathie pour l'Oratoire, d'envoyer son vicaire général, M. Véron, étudier la question sur place. Les Pères de Paris furent interrogés amplement sur leurs pensées et sur leurs désirs, et ceux de Saint-Lô furent invités à envoyer par écrit leur avis motivé. Le visiteur s'aperçut que les divergences étaient trop profondes entre le P. Gratry et le P. Général pour qu'une conciliation fût possible. De cette enquête canonique, l'autorité de celui-ci sortit plutôt affermie que diminuée K Il fut convenu que le P. Gratry, en considération des immenses services qu'il avait rendus à la Congrégation, serait autorisé officiellement à se retirer de la Communauté pour habiter chez lui, tout en conservant le titre d'Oratorien. Peu après, à la première assemblée générale, qui eut lieu en août 1861, le P. Pététot crut devoir mettre à l'épreuve les dispositions de ses confrères à son égard : il donna sa démission. 11 fut réélu à Tunanimité. D'autre part, une motion fut proposée, ainsi conçue :

« Considérant les nombreux et éminents services rendus à la Congrégation par le R. P. Gratry, l'assemblée, avant de se dissoudre, tient à inscrire dans le recueil de ses actes un témoignage public de son affection et de sa reconnaissance envers le P. Gratry. »

Le P. Pététot déclara qu'il avait lui-même l'intention de présenter cette proposition. Il rappela en quelques mots la part que le P. Gratry avait prise à la reconstitution de l'Oratoire, l'intérêt qu'il n'avait cessé de porter à cette œuvre, le zèle dont il était toujours animé à son égard, et la convenance qu'il y avait que le souvenir de toutes ces choses fût consigné dans les actes de l'assemblée.

La motion fut votée à l'unanimité 2.

Le P. Gratry quitta la maison de la rue du Regard en juillet 1861 ; et, en octobre, il s'installait avec son domes-

1. Une partie de ces détails est tirée de lettres inédites du P. de Valroger au P. Bouscaillou.

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