‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 113 sur 263 · COMMENT IL A É K MÉG J. ND. — SON BUT ET SA MÉTHODE · texte numérisé non relu

COMMENT IL A É K MÉG J. ND. — SON BUT ET SA MÉTHODE

Le P. Gratry est-il un philosophe?

Étrange question! seront tentés de s'écrier les amis et les disciples du maître, les nombreux admirateurs de la Connaissance de Dieu et de la Connaissance de Vâme. Elle leur fera l'effet d'une plaisanterie de mauvais goût, presque d'une impertinence. « Eh! quoi, diront-ils, de si beaux ouvrages n'y ont-ils pas répondu d'avance ; et que peut-on ajouter à la force de leur témoignage, ou qu'en pourrait-on retrancher? »

Et pourtant, cette question a été posée il y a longtemps; on la discute. Ainsi, chaque génération nouvelle s'empresse de passer au crible sa devancière, de peser, dans des balances qui ne sont pas toujours justes, hommes et œuvres. C'est le premier usage qu'elle fait de sa force, non sans quelque ingratitude parfois. « On se nourrit des anciens et des habiles d'entre les modernes, remarquait malicieusement La Bruyère ; on les presse, on en tire le plus qu'on peut, on en renfle ses ouvrages ; et, quand enfin l'on est auteur, et que l'on croit marcher tout seul, on s'élève contre eux, on les maltraite, semblable à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent leur nourrice i. »

L La Bhlyère, Des ouvrages de l'esprit.

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Il en sera toujours ainsi.

Après tout, la critique a du bon. Elle déblaie le terrain des débris qui l'encombrent, des plantes parasites et inutiles, de tout ce qui est mort ou condamné à mort. Elle ne tue pas ce qui est vraiment vivant. Si elle s'est attaquée, et souvent, au P. Gratry, il est à propos d'entendre ses raisons. Les peser, voir au juste ce qu'elles valent, ce n'est point manquer de respect à un écrivain qui mit au-dessus de tout la recherche de la vérité et qui lui a sacrifié sa vie. C'est, au contraire, lui rendre un hommage dont il serait touché, s'il était là. En définitive, vérifier le titre d'une pièce d'or, et faire la part de l'alliage, n'est point nécessairement la déprécier. C'est, le plus souvent, en consacrer la valeur et en légitimer le cours.

Comme toute intelhgence d'élite qui sort des chemins battus, le P. Gratry devait inévitablement susciter des oppositions. 11 subissait une loi générale, que le vieil Horace constatait avec tristesse et dont les nobles natures ont beaucoup souffert. On sait que Pasteur en a été meurtri et gravement blessé dès 1868 ^ Le P. Gratry a payé, lui aussi, cette rançon du talent, et de plus, celle de son habit religieux. Ses adversaires furent nombreux et tenaces. Il s'en aperçut en particulier quand il se présenta à l'Académie française. L'un d'entre eux, M. Thiers, a résumé d'un mot les reproches qu'on lui adressait. L'invariable objection de l'homme d'État était celle-ci : (( Il n'est pas un savant. Iln'estpas un philosophe. » Et il ajoutait, non peut-être sans une pointe de malice : « Est-ce comme prédicateur qu'il se présente -? »

Ces propos circulaient. Us revenaient au candidat et l'affectaient péniblement, d'autant plus (juils traduisaient l'opinion générale du monde littéraire officiel. Les universitaires, en effet, ne pardonnaient pas à l'ancien aumônier de l'École normale sa polémique contre M. Vache-

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