‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 115 sur 263 · Correspondance, t. VII, p · texte numérisé non relu

Correspondance, t. VII, p

LE PKRE GRATUY. 13

même antipathie préventive faisait i'ombrc sur le nom et sur les œuvres d'Ozanam ; la mort seule a pu eu triompher. Naguère encore, le regretté M. Ollé-Laprune ne rencontrait-il pas, lui aussi, un semblable courant d'opposition, qui a retardé son entrée à l'Institut?

A l'égard du P. Gratry, la tactique fut la même. Revues et journaux se taisaient. Selon le mot piquant d'Augustin Gochin, « on le couronnait de silence ' ». Ou bien, on répétait en chœur, avec un sourire légèrement ironique : Ce n'est pas de la philosophie, c'est de la poésie

Qu'on lui contestât, avec M. Thiers, le titre de savant, le P. Gratry pouvait l'admettre à la rigueur, bien que son rêve fût de construire, à la fin de sa vie, un monument à la fois philosophique et scientifique, analogue à la Somme de saint Thomas, une sorte de philosophie de la nature, éclairée par les lumières du christianisme et s'appuyant sur l'ensemble des sciences. Projet grandiose, auquel sa correspondance fait sans cesse allusion. 11 n'en parle qu'avec foi et enthousiasme. Mais, tout en admirant son brillant talent, on peut reconnaître qu'il n'était pas suffisamment outillé pour édifier une encyclopédie philosophique, ni pour diriger l'atelier d'apologétique qui fut le rêve de sa vie.

S'il était pourvu de connaissances générales étendues, il n'avait poussé à fond l'étude d'aucune science particulière. Il n'avait fait que traverser les mathématiques. L'histoire lui était étrangère. Il n'était point théologien, et il n'avait point suivi l'évolution du dogme se développant à travers les siècles, comme un organisme vivant, qui croît régulièrement en vertu d'une force intime et mystérieuse. Il citait souvent saint Augustm et saint Thomas : c'était moins pour avoir lu leurs ouvrages et pénétré leur doctrine, que pour leur avoir demandé des témoignages à l'appui de ses propres idées, u Prenez \di Clef de saint Thomas, écrivait-il aW^ Dupanloup, c'est-

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