Lettre inédite a Montalembert, ^i août
à-dire l'admirable et introuvable volume qui constitue la table de l'édition in-4% et dans cet index raisonné de tout saint Thomas, trouvez les meilleurs textes sur la même pensée i. »
Telle était sa pratique personnelle. Il en usait de même avec saint Augustin. La table des Bénédictins, un chef-d'œuvre en ce genre , qu'il recommande à toute occasion, lui servait de guide et d'intermédiaire familier. Il lui doit ses plus belles citations. Cueillir des fleurs est très agréable; mais, ce n'est pas le moyen de conquérir un domaine et de se l'approprier. A ne récolter que des pensées partielles, à ne saisir que des détails, on ne devient point maître d'une doctrine, on n'en domine point les principes et l'on n'en tient pas en main les divers aboutissants. Par suite, l'on reste exposé à d'inévitables méprises.
L'histoire de la philosophie ne lui était pas d'ailleurs beaucoup plus familière que celle du dogme. Dans Platon, dans Aristote, comme dans Descartes et Leibniz, il cherche avant tout la confirmation des thèses qui lui sont chères. « C'est une bien bonne note pour un rayon de lumière, a-t-il dit quelque part, que d'avoir été déposé par les siècles dans le langage humain, et aussi de se retrouver exprimé en formes claires et belles par les grands écrivains des grands siècles. » Aussi, tient-il au suffrage des penseurs du premier ordre. Il les interroge personnellement, et une légion de disciples les interrogent avec lui et pour lui. Et, quand ils ont mis la main sur le passage topique, sur la formule précise, avec quelle joie le P. Gratry s'en empare, la détache du développement, sans prendre garde que parfois le sens en est modifié, la considère avec amour, l'enchâsse au bon endroit où elle reluira, où elle fera rejailHr sur son idée le lustre et l'autorité de la tradition, où elle apportera enfin cette consécration qui marque les choses acquises et définitives.