‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 210 sur 263 · Souvenirs de ma jeunesse, p · texte numérisé non relu

Souvenirs de ma jeunesse, p

tant l'effet de ses réflexions postérieures? demande l'abbé de Broglie, Ou bien faut-il croire que son âme mystique et poétique s'est réellement éveillée si tôt? Si vraiment ce souvenir est exact, il était platonicien de naissance, et on doit croire que, comme saint Augustin, c'est parla doctrine de Platon qu'il a été conduit à l'intelligence de l'Évangile '. »

On s'explique mieux l'impression et comme le frisson du sublime qu'éprouva un jour Lamennais encore enfant. Il se promenait avec sa bonne sur les remparts de Saint- Malo. La mer était soulevée par une violente tempête. Ce spectacle le fit tressaillir comme d'une secousse électrique : il crut voir l'infini et sentir Dieu. L'émotion l'exalta outre mesure, et, regardant la foule, il se disait à luimême : « Ils contemplent ce que je contemple, mais ils ne voient pas ce que je vois. » Lamennais ne racontait jamais cette anecdote sans ajouter : « Toutes les fois que mes souvenirs me reportent vers ces temps éloignés, une telle pensée d'orgueil dans un enfant de buit ans me fait encore frémir -. »

Il est certain que l'imagination du P. Gratry, comme celle des grands poètes, grossit parfois et embellit les choses jusqu'à les transfigurer. Joseph Autran a raconté quelque part une promenade qu'il fit un jour avec Lamartine et les émerveillements de son illustre compagnon en présence de la nature. A ses yeux, le moindre arbuste était un arbre géant, une taupinée devenait une montagne. Le P. Gratry n'échappait point à ces illusions d'optique, qui animent, agrandissent et colorent les objets. On se souvient de ce rêve éveillé, qu'il fit au collège, dans sa cellule de dortoir, et de la splendide vision de la cité de paix, qui illumina et consola son adolescence. Au Bischenberg, il lui semble entendre un ange, qui lui dit d'une voix pénétrante ces mots : « Renoncement complet ! » Il se rappelle l'accent de cette voix, l'effroi

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