La Quinzaine, 1" novembre
2. Cf. Lamennais, Pages choisies, par les PP. Molien et Duine, p. 19.
406 LE PERE GRATUY.
qui le saisit. Il était mis en demeure d'accepter la mort. (( Je l'acceptai, dit-il. Et, toujours dans le rêve, je m'étendis sur la terre pour mourir, et la mort passa sur moi 1. »
Un autre jour, il reçoit comme un ordre intérieur de jeûner. Il obéit, et, dans la matinée, il voulut relire l'Epître de saint Paul aux Hébreux, qui était pour lui un scandale; car elle lui paraissait dénuée de sens. L'inintelligible épitre était devenue un fleuve de lumière -.
On verra plus loin qu'en s'engageant dans sa polémique contre l'infaillibilité, il écrivit ces étranges paroles : « Les derniers des hommes peuvent recevoir et reçoivent des ordres de Dieu, et j'en ai reçu dans ma raison, dans ma conscience et dans ma foi, » Ses amis comme ses adversaires se demandèrent avec effroi s'il ne tombait point dans l'illuminisme.
Cette imag'ination merveilleuse mêlait aussi ses créations et ses rêves aux conceptions de la science, de la philosophie et même aux données de la religion pour poétiser la vie et s'enchanter d'espérance. Elle franchissait les barrières qui séparent le monde visible du monde invisible, illuminait les mystères du temps et de l'espace.
Ainsi, l'une des opinions qui lui étaient chères, c'est que les planètes sont habitées par des êtres probablement plus grands, plus beaux, plus nobles et plus avancés que nous. Il tenait cependant à l'appuyer sur l'autorité d'un savant. « Un jour donc, raconte D. Nisard, l'un des plus illustres mathématicieus de notre temps, M. Poinsot, le voit entrer chez lui tout ému, comme un homme obsédé d'un problème qu'il ne peut résoudre, u Croyez-vous, lui dit-il sans préambule, que les planètes sont habitées? » Quiconque a connu M. Poinsot peut se ligurer la surprise de cet esprit si fin, et, hors des vérités mathé-