Aumônier de l'École normale
486 PIECES JUSTIUCATIVES.
envoyer que le témoignage de ma profonde affection, sans rien de plus; tout le reste est de trop. Voici le rôle que vous jouez dans ma vie morale. Vous êtes le spectateur invisible de Smith, vous savez, cet être idéal qu'il met à droite de tout homme dans son système de la sympathie, et qu'il prétend que chacun consulte avant d'agir, ou tout au moins qui prononce en maître' sur tous les actes dont il est témoin. Il me semble que vous êtes là pour me reprocher le mal; et si le bien a quelque place dans une de mes journées, je me crois plus près de vous.
« Que vous dirai-je de mes travaux ? Je fais deux choses ; un travail d'érudition, qui sera probablement un gros livre, et qui éclairera, je l'espère, quelques vérités ; puis un autre travail plus vivant, moins antique, sur l'état des chrétiens en Orient. Je crois qu'il y a là une matière d'un intérêt puissant, et un sujet qui paiera un peu de peine par beaucoup de consolations. Je vous en reparlerai en son temps, mon bien cher Père.
« Je viens de passer six mois à voyager presque continuellement. J'ai vu l'Italie, la moitié de la Grèce, et je vous écris au pied de l'Acropole. Je voudrais vous envoyer un peu de la lumière de ce paysci. Elle est divine, et c'est celle dont Bossuet parle dans son catéchisme, quand il entoure du plus pur éther la splendeur de Dieu.
« Nous avons vu pendant plus de deux mois M. Renan. Je lui ai fort peu parlé, mais je l'ai regardé le mieux que j'ai pu, et je crois le comprendre beaucoup mieux. Il serait long et difficile d'en parler; mais peu d'hommes sont moins sympathiques. Indifférent à tout, disant oui à tous, souriant à tous, il ne se relève qu'en fuyant quelquefois dans un beau monde de poésie, où alors il chante comme un des plus habiles du chœur des musiciens de ce siècle. Du reste, pendant qu'il a été ici, peu laborieux, perdant son temps avec délices, écoutant deux ou trois heures des niais pour les remercier à la fin, toujours par les chemins et dans la visible élaboration de toutes sortes de pensées intérieures que la vue d'un monde futile et banal, que les visites vulgaires et les conversations plates stimulaient.
« Je ne sais si tout ce que je vous écris est bien suivi.
« Je voudrais me rappeler au souvenir du pauvre abbé Perreyve : mais le voilà mortl Que je m'y attendais peu 1 Je lui dois plusieurs bonnes pensées...
« Pour vous, mon très excellent Père, je vous embrasse de tout mon cœur. .\ux yeux du monde, ce serait de la vanité que d'être humble; mais, chrétiennement je puis vous le dire, je souffre durement de bien des faiblesses. Priez donc pour moi comme vous m'aimez.
« Albert Dumont. b (Lettre inédite.)
Note de la page 361.
« Ce que nous faisait lire le grave historien, à la fois aveugle , paralytique et affligé d'une demi-surdité, c'était l'ordinaire de la Messe, auquel il demandait qu'on ajoutât le psaume Miserere. » (Note du P. Lescœur.)
Note de la page 367.
Le P. Dechamps au P. Gratry
• Bruxelles, 12 mars 18S3= « Mon très cher Père,
« Le général de La Moricière est inquiet de ne pas recevoir votre ouvrage manuscrit {Phil. du Credo). Ce ne serait pas la première fois qu'on eût retenu des écrits à son adresse... Le général est plein d'esprit et de droiture. Nous lisons ensemble votre résumé de la doctrine, à la fin de la Connaissance de Dieu, et chaque article est le sujet d'une conversation d'une ou deux heures. Je n'ai jamais si bien vu la nécessité, l'efficacité de l'instruction positive, élémentaire et philosophique tout ensemble, même pour les savants. Peu d'entre eux, même parmi les croyants, savent ce que l'Église enseigne... »
Dans une lettre du 16 fév. 1858, le P. Dechamps écrivait à La Moricière : « Allez chez le P. Gratry (rue du Regard, n° 11) de ma part. Faites-lui lire cette lettre-ci. J'espère que le P. Gratry pourra vous entendre; s'il en était empêché, il vous donnerait un autre luimême. » {Lettres inédites.)
Note de la p. 409.
Les morts nous parlent. C'est dans ce même ordre d'idées que le P. Gratry écrivait, en 1852, à une mère désespérée de la mort d'un de ses fils :
... « Il faut prendre d'autres pensées que nos stupides pensées d'habitude. Prenons au sérieux ce que nous croyons. Eh bien! nous croyons que les âmes ne meurent pas; et il est impossible qu'elles meurent. Cette âme vit toujours, vous aime, vous voit probablement, et est près de vous. Ceci est sérieux. Je crois fermement, moi-même, dans ma vie, en avoir connu des exemples. Je crois fermement, je puis presque dire par expérience, que les âmes de ceux que nous venons de perdre nous consolent. Elles nous disent intérieurement : Je ne suis point anéantie, j'existe, je suis près de vous, je vous aime
toujours, plus que jamais. — Pouvoz-vuus croire, en effet, qu'il soi mort? Vous ne le croyez pas. Cela vous paraît impossible. — Eh bien ! Sachez qu'il y a du vrai dans ce sentiment que vous éprouvez, et que j'éprouve aussi. Il n'est pas mort dans le sens où on l'entend vulgairement. Il subsiste, il pense, il connaît, il vous aime, et il est probablement près de vous, peut-être dans votre cœur. Seulement, vous ne le verrez clairement que dans un autre monde, quoique son âme soit presque dans la vôtre. Il y a, en un sens, séparation pour un temps; mais il y a, en un autre sens, rapprochement. Les âmes sont plus rapprochées... »
(Lettre citée par H. de Lacombe, Correspondant, 10 avril 1903, p.- 75.)
Même note dans une autre lettre de consolation écrite à une dame très éprouvée par des deuils :
... « Oh! que Dieu soit avec vous de plus en plus! Oh! que vos chères âmes soient de plus en plus aussi avec la vôtre. Elles sont là, très au fond de vous, comme Dieu lui-même, qui est encore plus au centre de votre âme. Mais voir Dieu clairement et voir les âmes, c'est la félicité de la vie à venir. Ici l'on entrevoit et l'on pressent. Il faudra de grands progrès de l'humanité pour qu'en cette vie la lumière augmente sur ce point. Si l'on avait une foi pleine, et une charité pleine, si l'on savait bien que le but de la création, de toute la vie et de toute l'histoire, c'est l'union des âmes entre elles et avec Dieu, si l'on savait que chaque jour, chaque effort, chaque sacrifice doit tendre à ce but, et que nous sommes un beau cortège en marche vers l'éternel banquet de l'éternelle communion, la tristesse écrasante cesserait pour faire place à la divine joie qu'eurent toujours Jésus et sa Mère Marie, même à travers le sacrifice. Et dans cette joie secrète et intime, compatible avec les saintes larmes, on sentirait et on entreverrait Dieu et les âmes bien plus qu'on ne le peut aujourd'hui.
Mais nous recevons tous une telle éducation et avons un tel entourage que nous vivons dans l'habitude de ne croire à rien fermement et de ne vivre en rien de la vie de Dieu et des âmes. Alors, quand viennent les grandes épreuves personnelles, on n'a pas ta réelle consolation qu'on curait... »
(Lettre publiée par le P. Lecanuet dans laReuwe Montalembert du 2") janvier 1911.)
Note de la p. 430.
Dans un article ^^[si'Revue politique et parlementaire A\x\0\\x\rï 1903, M. Léon Séché attribue en partie l'irruption du P. Gralry dans la mêlée
conciliaire à l'impulsion de l'abbé Martin de Noirlieu, curé de St-Jacques-du-Haut-Pas, et surtout à l'influence d'une femme supérieure, la marquise de Forbin d'Oppède; et à celle dune de ses pénitentes, M™6 Merriman. Il n'en apporte d'ailleurs aucune preuve. Simple conjecture, qu'il s'est amusé à tisser et qu'il ne paraît pas prendre luimême au sérieux. La correspondance du P. Gratry avec la marquisede Forbin d'Oppède que j'ai toute en mains, témoigne que l'assertion ne repose sur aucun fondement positif.
Note de la page 459.
De la soumission du P. Gratry à la décision conciliaire.
Après ce qu'on vient de lire, la sincérité de la soumission du P. Gratry ne saurait faire doute pour personne. A l'égard de ceux qui ont voulu la suspecter, voici cependant quelques autres témoignages :
Le marquis de Castellane, qui a souvent entendu ses déclarations dans le salon de sa mère, affirme qu'il était « aussi décidé à élever une protestation regardée par lui comme l'accomplissement d'un devoir, qu'à s'incliner respectueusement devant la déci.sion du Concile, sitôt que celui-ci aurait parlé. » {Revue hebdomadaire, l*^"" fév. 1908, p. 44.)
M"*^ L. Lair, devenue plus tard sœur Marie-Madeleine de la Croix, de l'Adoration réparatrice, rue d'Ulm, raconte qu'elle et sa sœur (devenue baronne Martineau des Chesnez), toutes les deux filles spirituelles du P. Gratry, s'employèrent à copier et à recopier les manuscrits des Lettres contre l'Infaillibilité en vue de l'impression. Elle ajoute ceci : « Un jour que je lui apportais une copie de la 3^ lettre (c'était au plus fort delà polémique), je lui exprimai ma confiance en ses lumières et mon assurance d'être avec lui dans le chemin de la vérité. Il m'arrêta court, et fixant sur moi un regard sérieux et profond, il me dit de ce ton particulier et vraiment inspiré, que j'ai remarqué en lui chaque fois qu'il m'a parle au nom de Dieu, et comme père de mon âme : « Non, mon enfant. N'allez pas jusque-là; vous seriez dans l'erreur. Rappelez-vous que si je combats l'infaillibilité personnelle et séparée du Pape, ce n'est pas pour vous laisser croire à ma propre infaillibilité. Ce que le Concile aura décidé sera la vérité. » {Manuscrit communiqué par le P. Lescœur.)
Un autre témoignage que nul ne saurait récuser est celui de M. Ernest Naville, l'éminent philosophe genevois et le grand chrétien, membre associé de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 1886, qui s'est éteint, en 1909, plus que nonagénaire, entouré de ses enfants et petits-enfants, dans toute la lucidité de sa belle intelligence et dans l'admirable sérénité de sa foi relieieuse.
Il voulut bien me recevoir, le 8 septembre 1902, dans son ermitage hospitalier de Grange Gaby, au sommet du Salève, où il passait ses vacances au milieu des siens, en l'ace du grandiose [)anorama du mont Blanc. Pendant deux heures, il me tint sous le charme de sa bonne grâce, de sa conversation savoureuse, familière et vivante. Il me parla longuement du P. Gratry, qu'il aimait beaucoup. << Sa constante bonté à mon égard, écrivait-il, le 26 janvier 1872, à M""= Mohler, est l'objet de ma bien réelle gratitude, et le profit spirituel si positif que j'ai retiré et que je lire encore souvent de la lecture de ses écrits, m'impose une dette de grande et sérieuse reconnaissance. Dieu veuille lui rendre une santé si précieuse pour nous. C'est un désir qu'il nous est permis de former, et de transformer en prière, en y joignant la réserve des chrétiens : que la volonté du Seigneur soit faite ! » {Lettre inédite.)
Tels étaient ses sentiments.
« Nos relations dataient, me dit-il, de la publication que je fis, en 1857, des manuscrits inédits de Maine de Biran. Le P. Gratry fut très impressionné par cette philosophie originale et profonde, dont il s'est inspiré souvent et qu'il s'est plu à commenter.
« Lorsque les médecins l'envoyèrent à Montreux, déjà désespéré, Aug. Cochin m'avertit qu'il était arrivé et qu'il y était bien seul et comme abandonné. J'allai le voir et je passai quatre jours près de lui. Nous causions philosophie, parfois religion. La conversation durait environ deux heures le matin et deux heures le soir. Je crois avoir assisté à sa dernière messe.
« En ce qui concerne la question de l'infaillibilité :
« Le P. Gratry avait affirmé, dans sa Quatrième lettre, qu'il se soumettrait à la décision du concile, quelle qu'elle fût. Je puis certifier qu'il n'a jamais hésité. Mais, pour tout dire, il trouvait qu'on le poussait trop à manifester son adhésion. Il estimait que sa première déclaration devait suffire. C'était une âme d'une si parfaite droiture, si noble et si élevée, qu'elle avait horreur des équivoques et des faux-fuyants. Elle habitait en haut, et vous emportait avec elle sur les hauteurs. «
Voici enfin une lettre inédite du P. Gratry lui-même, écrite de Montreux à un Oratorien de ses amis, quelques semaines avant sa mort, et qui éclaire tout à fait le fond de ses sentiments :
. Montreux, le 18 nov. 1871.
« Mon cher X...
« Ce que vous me dites du P. X. m'étonne. Je dis et j'écris assez mes dispositions et soumissions à l'égard du Concile du Vatican. Oui,
je suis soumis à ce Concile et j'admets l'infaillibilité dans le sens voulu par ce Concile.
« C'est ce que j'ai dit ici à tous les membres du clergé que j'ai vus. C'est ce que j'ai écrit à l'évêque de Fribourg dans le diocèse duquel je me trouve.
« Jamais la moindre pensée ne m'est venue d'être en opposition avec l'Église, pas plus qu'avec Noire-Seigneur Jésus-Christ.
« Je n'ai jamais entendu faire d'opposition qu'à une école dont l'existence me paraît un très grand malheur.
« Et quant à cette école elle-même, comme je l'écrivais aussi à l'évêque de Fribourg, l'expérience de la vie m'apprend de plus en plus avec quelle immense charité et quel respect profond il faut discuter entre catholiques.
« Si jamais je faisais encore de la polémique, je voudrais absolument ne plus m'écarter en rien de l'idéal que j'ai eu souvent, et dont j'ai parlé dans le volume de Henri Perrevre (4*^ édition), p. 151- 153), qu'à cette occasion je relis et que je vous demande de relire.
« Dites bien tout cela au P. X., aux prières duquel ainsi que de vous tous, je me recommande toujours. »
Pour tout homme de bonne foi, il nous semble que la question est éclaircie et définitivement jugée.
Note de la p. 464, Le P. Gratry et Ernest Naville.
M. E. Naville, dont j'ai dit un mot plus haut, p. 488, apprenant les rapides progrès du mal, était accouru en hâte, presque au dernier moment, près de son ami.
Il est à l'honneur de ce grand cœur de rappeler ici, que lors de sa première visite, après avoir passé l'après-midi avec le Père, il revint le lendemain matin et demanda à assister à sa messe. Comme M'^« Mohler laissait paraître quelque surprise, M. E. Naville s'en aperçut et lui dit avec sa fine bonhomie : « Croyez bien. Mademoiselle, que nous pouvons prier sous le même toit aussi bien que sous le même ciel. »
Dans leurs entretiens, le prêtre catholique et le philosophe protestant déploraient les divisions actuelles de la chrétienté, également disposés à travailler à un rapprochement entre l'Église catholique, les Églises protestantes et l'Église russe, réunion qui serait un bienfait d'une portée incalculable pour l'avenir de la civilisation et du monde. Mais, ils ne se faisaient pas illusion sur les obstacles insurmontables qui s'y opposaient présentement.
Dès 1861, le P. Gratry avait agité le même problème avec M. Gui-
zot. Celui-ci ne croyait pas le succès possible et répondait. « Quand nous causerons, je vous dirai pourquoi et dans quelles limites je ne crois pas l'unité religieuse possible dans notre monde invinciblement incomplet et impartait. C'est la gloire de l'homme d'aspirer à la pleine Inmière, et c'est sa condition de n'y pas atteindre ici-bas. Vous avez bien raison de déplorer que nous soyons tous capiifs dans la ■partialité, dans la j)assion, la convention, et sui'tout dans la peur, l'horrible peur de dire un seid mot en dehors de ce que disent les nôtres. Vous n'avez jamais dit de plus excellentes paroles, vous qui en avez dit de si excellentes.... » [Let. inédite, 8 nov. 1861.)
M. E. ISaville reprit plus tard ces idées dans son livre intitulé : Le Témoignage du Christ et VUnité du Monde chrétien (1893). Il y traça les règles à suivre par ceux qui désirent préparer de loin cette future Unité du monde chrétien.
En terminant cette note, qu'on me permette de rappeler le généreux et ferme plaidoyer que M. E. Naville publia en faveur de nos Congrégations religieuses dans le Journal de Genève du 27 octobre et du 3 novembre 1902. C'est à ma demande qu'il voulut bien l'écrire. 11 avait déjà, en 1872, lutté vaillamment pour les droits des catholiques contre le gouvernement sectaire de Genève. Comme il ne ménageait pas, dans notre conversation, la sévérité de ses jugements contre la persécution analogue organisée par le gouvernement français, je le priai d'élever encore une fois la voix en faveur des opprimés, en faveur de la liberté, l'assurant qu'un appel à la justice émanant d'une autorité aussi respectée que la sienne, serait entendu des hommes indépendants et des libéraux sincères. Il voulut bien me le promettre. « J'ai un livre sur le chantier, me ditil, le livre attendra. Il n'est pas admissible, pour un libéral, que des femmes de bien ne puissent se réunir pour prier sans être persécutées, lorsque les anarchistes se groupent librement pour concerter leurs desseins contre la société. Toute liberté est menacée, ajouta-t-il. Voyez M. Boutmy, Directeur de l'École des Sciences politiques; il en est venu à tout craindre pour son École, parce qu'elle est une liberté. Il est inquiet et indigné, et il en soutfre beaucoup moralement et physiqueuicnt.,. Son œuvre est menacée de destruction par le Jacobinisme... i>
Deux mois après, je recevais les deux articles, avec un mot d'une délicatesse exquise et l'autorisation de les faire reproduire dans la presse. Le premier établissait que la loi française sur les associations religieuses n'était guère qu'une copie de la loi genevoise du 3 lévrier 187'2, qui a sévi sous la dictature de Carterel, et de quelques articles contenus dans la constitution de la Confédération suisse du 31 janvier 1874. On commença par interdire aux religieux l'enseignement; puis, on les expulsa et on conlisqua leurs biens.
Le second en condamnait l'esprit et les principes, en s'appnyant sur le témoignage de trois protestants : M. Dubs, ancien président de la Confédération helvétique, M. Charles Gide et M. A. S. Morin, lilire-penseur. Plusieurs journaux français s'empressèrent de les reproduire.
Mais, la secte maçonnique, enragée de destruction, n'écouta pas cette voix désintéressée qui était celle même du droit, de la justice et de la liberté.
Note de la p. 466.
Il y a eu de touchantes exceptions, on le sait; voici, en particulier, un trait que je dois à l'obligeance de M. René Vallery-Radot :
«En 1897, raconte-t-il, une amie de ma fille allait déposer une branche de buis sur la tombe du P. Gratry. Elle y rencontra une vieille femme qui arrachait les brins d'herbe autour de la pierre.
— Est-ce que vous êtes chargée d'entretenir cette tombe, lui demanda notre amie.
— Non, je viens le dimanche; et, chaque fois que je viens, je veux que tout soit propre, et je jette quelques miettes de pain pour attirer les oiseaux du cimetière.
— Le P. Gratry aimait donc les oiseaux?
— Vous savez bien qu'il aimait tout! »
Cette femme était une couturière, qui demeure encore rue Pérou (1910) Un jour qu'elle était sans ouvrage, le P. Gratry lui était venu en aide ; elle avait senti tout ce qu'il y avait de charité apostolique dans ce cœur sacerdotal, sentiment qu'elle traduisait, dans sa fidèle reconnaissance : « Vous savez bien qu'il aimait tout ! »
On ne saurait mieux clore ce livre que par ce touchant témoignage d'une pauvre femme.
La Bibliothèque Université d^Ottawa Echéance
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CP
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PERE GRRTRY^ 1