PREFACE. XXV
perdre de vue que Dieu les dirige toujours intérieurement. Dans la direction d'une âme innocente, il faut bien nous persuader que Dieu habite en elle, et ne pas nous considérer comme les remplaçants de Dieu. Dans la direction d'un pécheur repentant, il faut comprendre que notre mission est de rendre cette âme à la direction de Dieu. Le meilleur service que nous puissions rendre à n'importe quel chrétien, c'est d'exciter en lui le sentiment de la fidélité au langage lumineux que Dieu lui tient au fond de sa conscience. La direction de Dieu se produit de deux façons : au dedans par Faction directe de l'Esprit-Saint sur Tâme humaine; au dehors, par l'action de sa providence dans les circonstances de la vie. Il est fort dangereux de séparer ces deux influences... Dieu se sert de Vextérieur pour le bien de l'intérieur. Il y a peu de danger, à l'heure actuelle, que nous perdions de vue l'autorité et l'action divines dans le gouvernement de l'Église et dans les secours religieux qui nous arrivent par le canal des sacrements. Mais ce n'est qu'en appréciant pleinement la vie de Dieu au dedans de nous que nous pouvons comprendre Faction que Dieu exerce par sa providence extérieure (1). »
Qu'on ne s'étonne pas de le voir, en des questions de cette nature, se préoccuper ainsi d'une
(1) Voir pages 320, 294 et tout le chapitre XXII.
XXVI PRÉrACE.
sorte d'actualité. Il ne Taurait pas fait , s'il n'avait suivi dans ses secrètes profondeurs le mouvement de l'histoire religieuse en ces derniers siècles.
Des deux actions de l'Esprit-Saînt que le Pape a si bien distinguées dans sa grande encyclique du 9 mai dernier, « celle qui s'exerce visiblement dans l'Église et celle qui s'exerce secrètement par son insinuation dans les âmes justes (1), » la première, révoquée en doute par les protestants, a retenu pendant trois siècles l'attention des théologiens ; elle est allée se précisant toujours jusqu'au concile du Vatican, et maintenant il n'est plus de catholique pour la discuter. C'est de la seconde qu'il s'agit de prendre plus pleinement conscience, et l'époque arrive, commençant peut-être avec cette encyclique sur la Trinité et le Saint-Esprit à laquelle on prête trop peu d'attention, l'époque arrive où l'Église, ayant affermi ce qui était attaqué dans sa hiérarchie et devenue libre de se consacrer tout entière à sor œuvre essentielle, va diriger de plus en plus ses ef forts vers la pratique de la vie intérieure , et son at lention vers le côté intelligible des mystères de L foi.
C'est du P. Hecker lui-même qu'il faut entendr la conclusion de cette doctrine :
« Une exposition du christianisme qui réunira 1(
(1) Encyclique de S. S. le Pape Léon XIII, en date du 9 n 1897, sur la dévotion au Saint-Esprit.