L*ENTRÉE
« Ôh! comme Dieu nous voudrait plus grands que nous ne sommes et ne voulons être I II nous faut dépouiller rhomme de péché et revêtir l'homme du Paradis, et nous pouvons le faire, le Ciel en soit béni^ par la grâce de Dieu que Notre -Seigneur Jésus-Ghrist nous transmet. » •
6 Juillet, — « L'effet direct du christianisme sur rhumanité a été d'accroître la sensibilité de l'homme pour ce qui est de l'ordre spirituel. La poésie, la musique , les beaux-arts ne nous ennoblissent et nous élèvent qu'autant qu'ils s'adressent à la nature humaine spiritualisée par l'influence divine. Avant la venue de Jésus-Ghrist, l'art tendait plutôt à développer la licence qu'à élever et épurer la nature humaine. La tendance du christianisme fut de rendre à l'homme ses premiers charmes, son excellence, sa beauté...
« Lorsque nous affirmons que Jésus est la base et la vie de la civilisation moderne, nous ne prétendons rien enlever aux grands hommes et aux saints qui l'ont précédé. Nous ne nions pas qu'ils n'aient laissé des traces de leur génie dans la société moderne...
« C'est à nous d'être fidèles à Dieu^ quitte à nous faire renier par le monde. Dans le silence , le recueillement, la solitude, s'accompliront des actes qui dépasseront en résultats éternels ceux des Alexandre et des Napoléon. »
7 Juillet. — « Tout ce que nous voulons dire , c'est que nous devrions obéir à Dieu et coopérer à son œuvre avec notre volonté et non pas contre notre volonté . La soumission intérieure à l'Esprit d'amour est la réponse à toute question concernant le bien de l'homme
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maintenant et pins tard. Tout ce que Thomme fait par obéissance à cet Esprit est bien fait et divin , quand même cela le mènerait à sacrifier un fils unique.
« Nous répétons avec insistance que rien sous le Ciel ne doit empêcher Thomme de suivre Dieu. Si un homme ne peut tout quitter pour le Christ , il n'est pas des siens...
« Tout vrai homme est un génie.
« Tout vrai génie est religieux.
« Les formes objectives du génie sont la manifestation du beau, du bien, du vrai , en un mot, de Dieu.
« Celui-là seul est un génie, dans Tâme de qui régnent en permanence le beau , le bien et le vrai.
« Le génie, dans toute œuvre d'art, est religieux, quel qu'en soit le sujet.
« Nous disons que chaque homme est appelé à laisser paraître ce qu'il y a en lui de plus élevé , de divin , de meilleur. C'est à cela, à cela seul qu'il est appelé.
« Nous ajoutons que l'Église catholique est le canal de la vie divine et qu'elle nourrit dans son sein, en les fortifiant, les hommes de génie.
« Nous ne prétendons pas dire que l'Église convertisse en génies des hommes d'une trempe ordinaire; mais que, par la sublimité de ses inspirations, elle développe les capacités innées du génie , et que les hommes ainsi doués deviennent par elle plus qu'ils n'auraient été sans elle; il en est de même pour les hommes plus ordinaires. »
Nous avons laissé, à la fin du précédent chapitre, Isaac Hecker au séminaire de Worcester. Il n'v demeura
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que peu de temps. En se dirigeant de là sur New- York, nous le voyons s'arrêter en route pour faire une courte visite à la communauté Fouriériste de New-Jersey, connue sous le nom de phalange de V Amérique du Nord, Il y connaissait quelques personnes et peut-être espérait- il leur faire partager ses nouvelles croyances. Il arriva chez lui le 20 juin 1844. Cinq jours plus tard, il présenta sa lettre d'introduction à M^ Mac Gloskey, alors coadjuteur de M^"^ Hughes.
Le journal décrit leur première entrevue et donne la raison de la promptitude avec laquelle Isaac fut admis au baptême conditionnel.
New-York y 25 juin 1844. — « Ce matin je suis allé voir l'évêque Mac Closkey. C'est un homme d'un beau caractère, d'un accueil bienveillant, et d'une éducation plus large que celle des catholiques que j'ai eu le plaisir de rencontrer jusqu'ici. Il a lu les ouvrages de Brownson et d'Emerson et connaît personnellement M. Channing pour l'avoir vu à Rome. Il m'a prêté quelques livres sur des sujets traitant de l'Église. Il sera absent de New- York une quinzaine de jours; il me faut attendre son retour avant de faire aucune nouvelle démarche en vue de mon abjuration. »
Vers le milieu de juillet, c'est-à-dire dès le retour de M»' Mac Closkey à New- York, Isaac alla le trouver sans délai. La première longue conversation qu'ils eurent ensemble convainquit l'évêque que le jeune homme n'avait guère besoin d'instruction préalable ; il fut réglé que le baptême sous condition lui serait administré dans la quinzaine. Il ressort du passage suivant que la nature de la vocation d'Isaac Hec-
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ker se révéla tout de suite à son prudent conseiller :
« Il me dit qu'une vie comme la mienne me mènerait à la contemplation, alors que dans ce pays l'Église était en une situation qui exigeait l'activité de tous ses enfants. Je ne traitai pas davantage ce sujet avec lui. 11 me demanda aussi si j'avais quelque idée d'embrasser l'état ecclésiastique, d'en subir la discipline, le renoncement, et de devenir par la suite un missionnaire. Je répondis que tout ce que je pouvais dire était que je vivrais de la vie qu'on me désignerait, que je sacrifierais tout à cela, mais que je ne saurais dire encore si la prêtrise était bien ma vocation.
« Pour un temps, et sous la discipline de l'Église, je voudrais étra à même de mener une vie contemplative; il me semble que ce serait répondre à la demande actuelle de l'Esprit. Je ne suis pas certain de n'avoir pas à y revenir si j'adopte une autre voie. L'évoque m'a laissé entendre qu'en Europe il existe des communautés dont la règle se prête à l'état de mon âme. Pourquoi ne m'y rendrais-je pas? »
Dans l'attente du baptême , qui doit lui être conféré dans quatre jours, il écrit :
New- York, Tl juillet i844. — « J'ai commencé d'agir; mon union à l'Église catholique est mon premier acte réel et vrai, et, sans aucun doute, l'avant-coureur de beaucoup d'autres dans le même ordre. Jusqu'ici, je ne voyais ni ne sentais sur quel terrain je pouvais agir avec suite et sécurité. Je le sais maintenant, et sur cette base , j'édifierai ma vie. Ce que seront mes actes, peu m'importe. C'est cette profonde et éternelle certitude qu'il me fallait, et je me rends compte main-
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tenant que ne pas la posséder était la raison de mon inactivité. Je ne sens pas le besoin de m'appuyer sur mes amis, sur mes parents, sur le monde : seul, l'Esprit me suffit. Sa direction me semble absolue. Si maintenant une erreur se produit dans ma vie , elle ne pourrait venir que d'une désobéissance de ma part.
30 juillet, — « La voix intérieure se fait de plus en plus entendre. Elle dit : « C'est moi. Ecoute! »
« A ce qui est neuf il faut des vêtements neufs.
« Quelle preuve donne-t-on de son existence, si Ton ne fait que ce qui a été fait déjà?
« Est-ce qu'i^ peut y avoir du génie à répéter le passé?
« Un acte vrai donne passage à dix autres.
« L'homme est laissé à sa destinée propre; la religion ne fait que la sanctifier. »
Quand arrive enfin le jour du baptême, le sacrement lui-même n'obtient dans le journal qu'une courte mention. C'était la porte d'entrée. Une fois franchie, Isaac se trouva comme chez lui, sans émotion apparente , mais sans abandonner le désir de pénétrer dans les pièces les plus secrètes de la demeure. On peut expliquer ce calme par la présomption très fondée que le baptême reçu par Isaac dans son enfance avait été valide. Il lui avait été conféré par un ministre luthérien, probablement élevé en Allemagne et soucieux d'observer les formes essentielles du sacrement. Et vraiment on peut croire que, depuis, Isaac n'avait jamais été aux yeux de Dieu en dehors de la véritable Église. Il ressemblait à ces enfants qu'on a volés au berceau, mais qui par les traits et l'expression du
visage restent supérieurs aux étrangers qui les entourent.
Vendredi 1" août 1844. — « Nous avons été baptisés ce matin par M^ Mac Gloskey. Demain nous nous présenterons au tribunal de la pénitence. » j
Si son baptême le laisse muet, le sacrement de FEucharistie, qu'il reçut le lendemain, ouvre toutes les effusions de son âme :
2 Août. — « Pénitence! Joie sans mesure! Doux Jésus, votre amour est infini! Foi bénie! Je possède en moi une étemelle gloire^ une flamme d*amour toujours croissante ! Que toute ma vie soit un acte de pénitence! 0 cher Jésus qui donnez la vie! 0 quelle douceur de se sentir sous la main de Tamour! Jésus, gardez-moi auprès de vous! 0 quelle condescendance, Jésus est mon ami! Oh! qui peut concevoir Jésus comme ami! 0 foi ancienne, que Dieu est bon* de te donner à nous autres pécheurs ! Bénie soit la grâce de Dieu qui amène les pécheurs à toi! 0 quel soutien que la grâce! l'âme voudrait s'en détourner, mais la grâce la fortifie. La coupe était amère, infiniment douce est la joie. Mon âme est revêtue de lumière; sa jeunesse est revenue. 0 Foi bénie, mille fois bénie, insondable, divine foi! 0 foi des apôtres, des martyrs, des confesseurs et des saints! sainte Mère de Jésus, vous êtes aussi ma Mère, je sens dans mon cœur votre amour : 0 sainte Mère, vous m'avez regardé ! Bénissezmoi, Vierge Mère de Jésus! »