Latour, Mémoires sur M. de Laval, p
18. Latour, Mémoires sur M. de Laval, p. 209. — Cette généreuse enfant s’appelait Louise de Falaise, et était cousine du P. Joseph par sa mère Barbe Denis, tante de ce dernier. Son
pierre, ajoute Latour. Il en fallait bien d’autres ! Le Père Denis sut les trouver. Bientôt les fondations du nouvel établissement surgirent du sol, les murs s’élevèrent comme par enchantement, si bien qu’en deux mois résidence et chapelle furent construites. Il semble bien — le temps si court mis à les édifier le prouverait à lui seul — que ces constructions aient été faites en bois, car une douzaine d’années plus tard on rebâtit en pierres le couvent 19, ce qui sans doute n’aurait pas eu lieu, s’il n’avait été d’abord construit en bois. D’ailleurs, les édifices élevés par le Père Joseph était assez exigus; c’était sans doute une installation provisoire. Quelques mois, avons-nous dit, suffirent à les mettre en état d’être habités, grâce à l’activité du fondateur, comme en témoignait M. de Frontenac, dans une lettre aux Bécollets de
père également, le sieur Gannes de Falaise, lieutenant du roi, était apparenté au Père Denis par sa mère, Marguerite Leneuf de la Vallière. La jeune Louise devint plus tard ursuline aux Trois-Rivières, le 8 septembre 1720, sous le nom de Louise de la Sainte Vierge. Son nom figure dans le conseil des Supérieures de la communauté durant plus do vingt ans. Cf. Les Ursulines des Trois-Rivières, I, 240 et suiv. Un frère de la jeune Louise devint Réoollet sous le nom de Bernardin.
19. Cf. Requête du Syndic des Récollets de Montréal contra Pierre Couturier, entrepreneur-maçon, en réclamation de dommages pour travaux mal exécutés, 1706, Archives Provinciales.
À MONTRÉAL
Paris, en date du 10 octobre 1692 : « Nous en voyons un effet tout recent (de la Providence) dans vostre établissement de Montréal qui s’est fait comme par miracle, puisqu’on peut dire que c’en est un de vous y voir en deux mois plus commodément établis que vous ne l’este à l’hospice de Quebec & avec un si grand emplacement & un si beau jardin que dans peu vous en pouvez faire un aussy beau couvent qu’il y ait en France dans aucune de vos provinces. Il est vray que le Père Joseph Denis a esté le coopérateur de cette merveille 20. »
L’année suivante, 1693, la communauté était complètement installée, et Mgr de Saint-Vallier, après une visite qu’il y fit, écrivait à son tour au Définitoire de la province des Récollets à Paris, à la date du 15 octobre :
« Je me suis fait une satisfaction particulière de monter au Montreal & aux Trois Rivières pour voir les petits etablissements que vos Peres y avoient commencé. J’ay trouvé celuy de Montreal bien plus advancé que l’autre, & je dois rendre cette justice au Pere Joseph qui en a pris soin qu’il m’a autant surpris qu’édifié. Il
20. Archives de Versailles. Fonds-Récollets. Reproduit par M. Réveillaud, op. rit.
a trouve moyen de faire avec le secours de la Providence une eglise & une maison qui dans sa petitesse contient toutes les commoditez necessaires à une communauté régulière; Pon y vit aussi régulièrement comme dans nos communautez de France, ce qui contente parfaitement les peuples de cette extrémité de mon diocèse dont la pluspart n’ont jamais rien veü de semblable. Le terrain qu’ils ont acquis est si beau qu’il y a de quoy faire un des plus beaux & des plus grands couvents; le jardin est dans sa perfection, & je ne crois pas qu’il en ait un autre plus beau en Canada; je me suis fait un plaisir du peu que j ’y ay peü contribuer pour avoir part à une aussi bonne œuvre; il s’en faut bien que l’etablissement des Jésuites soit si advancé que le vostre 21 . »
Si l’évêque de Québec avait contribué à cette fondation par sa haute bienveillance, les Sulpiciens avaient bien secondé les intentions de l’évêque; le Père Joseph avait trop à se louer de leurs bons procédés pour n’en témoigner pas sa reconnaissance à leur supérieur-général, M.
21. Archives de Versailles. Fonds-Récollets. — Les Jésuites b 'établirent à Montréal la même année que les Récollets, en
À MONTRÉAL
Tronson, grâce auquel bien des difficultés avaient été aplanies, qui s’opposaient à l’établissement des Récollets. Il lui écrivit donc en 1692, pour le remercier de toutes les bontés que le Séminaire de Montréal prodiguait à la fondation naissante, pour lui témoigner également les sentiments de charité et de fraternelle cordialité qui les animaient, lui et ses religieux, envers les prêtres de Saint-Sulpice. M. Tronson répondit au Père Joseph, au mois de mars suivant :
« J ’ai reçu avec plaisir la lettre de remerciements que vous avez eu la bonté de m’écrire. Ce que Mr. Dollier a fait pour vous suivant ce que je lui avais mandé a été conforme à .son inclination et à la mienne ; et je suis bien aise qu’il l’ait fait d’une manière qui vous contente. Je lui envoyé la ratification des concessions qu’il vous a faites. Ce qui me donne en cela plus de joie est l’amour que vous me témoignez pour l’union et pour la paix. Vous savez combien elle est nécessaire pour la gloire de Dieu et pour l’édification. Ainsi je ne doute pas que vous ne contribuiez autant que vous pourrez de votre part à la maintenir, comme je suis sûr que Mr Dollier fera de la sienne tout ce qui dépendra de ses
soins pour prévenir les sujets de plaintes et de division 22. »
M. Tronson écrivait en même temps à M. de Frontenac une lettre semblable, qui témoigne du même désir de la paix et de l’union, basées sur le plus pur désintéressement :
«Je crois que vous connaîtrez par ce que nous avons fait à Montréal, que rien ne m’est plus à cœur que d’y maintenir l’union et la paix, et de contenter autant que je puis tout le monde. . . Ce sont là les effets salutaires de vos bons avis, qui vous feront connaître combien j’en profite et qui vous doivent obliger de me les donner avec votre bonté ordinaire dans les occasions. Car c’est la marque la plus obligeante et la plus sensible que vous me puissiez donner de l’ancienne et solide amitié dont vous voulez bien m’honorer et que je vous supplie d’être persuadé que je les recevrai toujours dans cette vue avec toutes les reconnaissances que je dois 23. »
La paix que M. Tronson souhaitait voir toujours régner, il la voulait sans nuage et que rien ne pût l’altérer. Dans cette vue, il recom-