CHAPITRE XIV
Le Pèee Denis à Montréal (suite)
Nous voyons par ce règlement que le Tiers- Ordre existait à Montréal en 1694, et qu’il y en avait une fraternité dont le siège tout désigné était la chapelle des Récollets. L’article du règlement qui concerne la direction des religieuses appelle quelques explications pour en saisir toute la portée.
Quelques années auparavant des troubles sérieux avaient été suscités parmi les religieuses des deux communautés à la suite de prétendues révélations d’une sœur visionnaire, la sœur Tardy, de la Congrégation. Elle s’était toquée de l’idée que Dieu l’appelait à fonder une nouvelle communauté, qui se composerait des sœurs de la Congrégation, des religieuses de l’Hôtel- Dieu, des prêtres de Saint Sulpice, et d’une
certaine communauté d’ermites, qui feraient la classe aux garçons. Elle appuyait ses rêves sur cle prétendues apparitions des âmes du purgatoire. Les Sulpiciens étaient les directeurs et confesseurs des deux communautés de femmes. Une partie des religieuses donnèrent dans l’illusion, ainsi que leurs directeurs, M. de la Colombière et M. Bailly. M. Dollier, supérieur du Séminaire, resta au-dessus de ces illusions, ce qui, tout en n’allant pas aux artisans de la fondation rêvée, empêchait celle-ci de prendre corps. Malheureusement, le respect pour l’autorité de M. Dollier vint à diminuer dans l’esprit des religieuses et de leurs directeurs. M. Tronson, informé de tout, agit d’autorité en 1691 en rappelant en France M. de la Colombière et M. Bailly. Par des lettres aux religieuses il leur fit voir les illusions où elles étaient, et il sut affermir auprès d’elles et auprès des prêtres du Séminaire l’autorité de M. Dollier. Mais n’était-il pas opportun de changer les directeurs des religieuses? L’occasion était propice, les Récollets et les Jésuites devant s’établir à Montréal l’année suivante. M. Tronson en fit faire la proposition aux religieuses de l’Hôtel-Dieu. Celles-ci se récrièrent, et M. Tronson continua les prêtres du Séminaire
À MONTRÉAL ( Suite )
dans leurs fonctions de directeurs et de confesseurs \
D’ailleurs, si M. Tronson avait pensé procurer un changement de direction aux religieuses à cause des illusions où elles étaient tombées, pour ce motif précisément et afin d’achever leur guérison par des médecins plus au courant du mal que ne l’eussent été par exemple les Récollets, M. Tronson, tout en faisant proposer aux sœurs un changement de direction, au fond ne le souhaitait pas, et il s ’en ouvrait à M. Dollier, le 28 février 1692: «Je crois qu’ils [les Récollets] ne seraient pas fort propres pour la conduite des communautés et qui font que les imaginations dont quelques filles sont prévenues soient guéries avant que nous puissions quitter leur direction 1 2. »
L’histoire de cet incident nous a fait mieux saisir la portée de l’article du règlement de Mgr de Saint-Vallier, confirmant aux Sulpiciens, à l’exclusion des religieux, la direction des communautés de femmes à Montréal en 1694.
1. Cf. Vie de la Soeur Bourgeoys [par M. Faillon], Villemarie, 1853. 3e Partie, ohap. Ile. Vie de Mlle Mance [par le même], Paris, 1853. 3e partie, chap. 3.