‹ Le père Joseph DenisChapitre 25 sur 78 · Cité dans Les Ursulines de Québec, I, p · texte numérisé non relu

Cité dans Les Ursulines de Québec, I, p

admettre le 25 novembre [1689], fête de celle qu’elle voulait prendre pour patronne »3. Elle n’avait que quinze ans.

Il est question de cette nièce du Père Joseph dans les Actes du Frère Didace. Elle y apparaît en 1699 comme miraculée du serviteur de Dieu. Elle avait alors 25 ans.

S’étant démis un bras à l’âge de 8 ans, puis démis de nouveau un an plus tard, elle s’en était toujours sentie incommodée, mais surtout au cours de l’hiver de 1698-1699. Le docteur Sarrazin, consulté, jugea qu’il était fort difficile qu ’un mal « sy envieilly » guérît naturellement. Engagée alors par la sœur Saint-Paul à recourir au Frère Didace, qui venait de mourir aux Trois-Rivières en odeur de sainteté, et dont on racontait plusieurs guérisons opérées par son intercession, la sœur Ste-Catherine rejeta d’abord la suggestion « avec quelque sorte de raillerie » — ce sont ses propres paroles — «témoignant qu’elle n’avoit bonnement sa confiance que dans les Saints qui estoient canonisés. » Mais ses douleurs augmentant, elle y

3. Cité dans Les Ursulines de Québec, I, p. 452. Le même ouvrage consacre une belle notice biographique à cette vertueuse parente du Père Joseph, qui mourut en 1748, à l'âge de 76 ans, après en avoir passé 59 en religion. T. II, pp. 347-349.

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voit un châtiment du Ciel. En même temps elle se sent inspirée d’invoquer le bon Frère, et s’en ouvre à son oncle, le Père Joseph Denis, alors Gardien des Bécollets de Québec. Celui-ci « la blâma de son incrédulité et approuvant la pensée qui luy estoit venue de recourir à ce très vertueux frère pour sa guérison, il luy inspira de dire pendant quelque temps la prière de l’Obsecro qui est à l’honneur de la très sainte Vierge que le défunt récitoit tous les jours ».

La malade suit cet avis durant 15 jours, s’en trouve bien, et de nouveau consulte son oncle qui, cette fois, lui remet « un dixain » du chapelet du serviteur de Dieu pour qu’elle l’applique à son bras. Elle le fait durant 15 autres jours, pendant lesquels elle se sent de plus en plus soulagée, si bien qu’à la fin elle est parfaitement guérie, à tel point qu’elle peut faire la lessive et autres travaux semblables, sans en être aucunement incommodée.

Une cousine du Père Joseph, Marie-Anne Bobineau, fille du Baron Bené Bobineau et de Marie-Anne Leneuf de la Potherie, sœur de la mère du Père Denis, avait précédé Louise de Lanaudière de quelques mois au noviciat des Ursulines. « Sa mère, femme d’une piété rare et d’un esprit supérieur, lui avait donné de

bonne heure les premiers éléments des sciences humaines, et surtout des leçons de vertu qu’elle n’oublia jamais... Elle entra au noviciat le 14 avril 1689, dans sa dix-huitième année. »

Quelques années plus tard, l’Hôtel-Dieu de Québec bénéficiait à son tour de cette floraison de vocations religieuses dont la famille du Père Joseph était comme embaumée. Le 25 octobre 1695, c’est Angélique d’Ailleboust, de Montréal, belle-sœur du Père Denis, qui entre à l’Hôtel- Dieu de Québec ; le 9 novembre 1698, c’est une nièce, Marie-Angélique Aubert de la Chenaye ; le 15 août 1699, c’est une cousine germaine, Angélique, fille de Paul Denis, âgée seulement de quinze ans et demi.

Un an après la mort de Madame Denis, le 28 novembre 1698, s’éteignait à Québec un autre bienfaiteur des Récollets et leur syndic, le comte de Frontenac, gouverneur du Canada. Il eut sa sépulture, selon le désir formel exprimé dans son testament, dans l’église des Récollets : « Souhaitant et désirant que sa dévotion et piété soit satisfaite à cet égard, sans empêchement ny obstacle de quelque part que ce soit, telle étant sa dernière volonté » 4. Dans ce même

4. Testament de Frontenac, en date du 22 novembre 1698. Passé pardevant les notaires Genaple et Rageot. Publié dans le Bulletin des Recherches Historiques, mars 1901.

Eglise et couvent îles Récollets, à la Haute-Ville de Québec, d 'après la gravure de Short.

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testament, le gouverneur exprime aussi sa volonté que son oœur soit porté en France : « Et comme Madame Anne de la Grange son épouse, peut souliaiter comme luy, que le cœur de luy Seigneur testateur soit transporté en la chapelle de Messrs de Montmort, dans l’Eglise Saint-Nicolas des Champs à Paris, en laquelle sont inhumés Madame de Montmort sa sœur, et Monsieur l’abbé d’Obasine son oncle ; il veut qu’à cet effet son cœur soit séparé de son corps et mis en garde dans une boîte de plomb ou d’argent. »

Le cœur de Frontenac fut-il porté en France ? par qui le fut-il ? Le seul document qui, à notre connaissance, réponde à ces questions, est un tronçon de lettre cité par l’abbé Tanguay, à la page 227 de son ouvrage A travers les Registres : «Le R. P. Joseph, Canadien, supérieur du couvent des Récollets de Québec, a esté chargé de porter son cœur [le cœur de Frontenac] en France. Ce bon Père est d’un mérite extraordinaire dont (sic) la piété exemplaire peut servir de modèle à ceux qui veulent s’avancer dans la vertu. Les Pères de ce même couvent sont les dépositaires de ses mânes [les mânes de Frontenac] , dans la magnifique église que ce gouverneur leur a fait bâtir, à ses

dépens. » De qui est cette lettre ? où et quand a-t-elle été écrite ? L’abbé Tanguay n’en dit rien, il écrit seulement que c’est une lettre écrite « quelque temps nprès la mort du gouverneur ». On s’en serait douté ! On peut toutefois raisonnablement lui assigner la date de 1698 ou 1699. Notons pour mémoire le beau témoignage que l’auteur rend aux vertus du Père Joseph ; ce serait devancer notre sujet que d’y arrêter l’attention de nos lecteurs.

Ainsi donc, le Père Joseph aurait porté en France le cœur de Frontenac. La lettre paraît formelle, et nous ne demandons pas mieux, d’accord avec elle et nos historiographes canadiens, que de céder cet honneur à notre Récollet — à une condition cependant, c’est qu’il se soit acquitté de sa mission non en 1698 ni en 1699, mais seulement en l’année 1700. Si l’on veut que le cœur de Frontenac ait été porté en France avant 1700, on devra, croyons-nous, chercher un autre commissionnaire 5. Et voici pourquoi.

5. Il nous semble à peu près certain que le coeur de Frontenac ne fut point porté en France en 1698, les derniers navires étant partis à la mort du Gouverneur ; on dut faire parvenir en France la nouvelle de sa mort par la voie de la Nouvelle- Angleterre. (Cf. Histoire de l’ Hôtel-Dieu de Québec, par la Mère Jucehreau, pp. 378-379.) M. E. Myrand semble oublie1'

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Dans le manuscrit connu sous le nom d , Actes du Frère Didace, écrit à Gisors, France, en 1719, par le Père Joseph, lui-même, document d’un caractère officiel par son objet et sa destination, et par là même d’une précision rigoureuse, l’auteur écrit que depuis 41 ans qu’il est venu en France, il a depuis lors toujours demeuré dans la mission du Canada « jusqu’à 1700 et 1707, que je suis venu, dit-il, comme encore aujourd’hui, pour les affaires de la Mission.» Il est difficile de ne pas conclure de ces paroles que le Père Joseph ne quitta point le Canada en l’année 1699. Etait-il, à son voyage de 1700, porteur du cœur de Frontenac? Encore une fois, nous ne demandons pas mieux que de lui céder cette honorable mission, si nos lecteurs ne jugent pas que c’était bien longtemps différer d’accomplir la mission confiée par M. de Frontenac.

Celui-ci, par son testament, avait en outre légué aux Kécollets de Québec la somme de 1500 livres, « pour être employée à l’achèvement de la bâtisse ou autres nécessités de leur cou-

ee fait, quand il dit, dans les conclusions de son étude, d’ailleurs très belle, sur l’affaire du coffret d’argent, que le Père Joseph porta en France le coeur de Frontenac en 1698. ( Frontenac et ses amis, p. 164.)

vent de cette ville ... à la charge de dire et célébrer par les dits Révérends Pères Récollets en lenr dite Eglise de cette ville, tous les jours, une messe basse pendant l’an du décès du dit Seigneur testateur pour le repos de son âme; en outre un service annuel tous les ans à perpétuité à pareil jour de son décès; lequel service annuel il désire et veut être appliqué conjointement pour la dite Dame son épouse lorsqu’elle sera décédée. » Nous ne doutons pas que le supérieur du couvent de Québec, le Père Denis, n’ait fait célébrer les messes demandées par Frontenac. Il appliqua également, selon le désir du défunt, les 1500 livres à l’achèvement de l’église et du couvent. Ces constructions faisaient l’admiration de tous, et l’église passait pour la plus moderne du pays ; le cloître, paraîtil, avait bonne mine, avec ses vitraux peints aux armes des bienfaiteurs du couvent 6.

En 1698, le 27 février, Mgr de Saint-Vallier tint, à l’évêché de Québec, son troisième synode, convoqué le 23 du même mois. Le Père Denis, avec d’autres Récollets, y prit part. « Tous, conformément au mandement de convocation,

6. Cf. une lettre écrite de Québec en 1701, reproduite par l’abbé Tanguay dans A travers les registres, pp. 88-89.'

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s'étaient préparés par la prière et les bonnes œuvres à cette sainte assemblée... Le synode tint trois séances : dans les deux premières, on adopta vingt-trois statuts ; dans la troisième on fit quelques additions.

« La plupart des statuts du troisième synode ne sont que le renouvellement et la confirmation des ordonnances de l’évêque déjà publiées. Quelques-uns cependant sont des règlements nouveaux, comme par exemple celui qui défend de dire la sainte messe hors des églises ou chapelles du diocèse, excepté dans les cas d’absolue nécessité; celui qui rappelle aux pasteurs l’obligation de faire le catéchisme à leurs ouailles, et leur recommande de le faire avec celui que nous faisons imprimer, dit le Prélat, et auquel nous désirons que tout le monde s’arrête; celui qui recommande de tenir des registres exacts des baptêmes, mariages et sépulture, et, à défaut des calendriers et des ordos qui n’existaient pas encore, d’avoir toujours une feuille des Fêtes et des jeûnes commandés dans ce diocèse, une feuille des cas réservés au pape et à l’évêque, une feuille des cas où il faut refuser l’absolution, et une feuille des pratiques de piété à conseiller aux familles . . .

« Un autre statut du troisième synode recom-

mandait de mettre des bancs dans les églises pour procurer aux fabriques un certain revenu. Un autre recommandait aux curés d’avoir autant que possible dans leurs paroisses un couvent des Sœurs de la Congrégation. . . 7 »

L’année suivante 1699, nous voyons le Père J oseph partie à un acte de la plus haute importance pour la colonie.

Après la dissolution de la Compagnie des Indes occidentales, le commerce de l’Amérique, comme on le sait, -avait été rendu libre à tous les Français, excepté le commerce du castor. Le gouvernement afferma ce dernier commerce — le plus important du pays — à un particulier, M. Oudiette. A ses seuls comptoirs dans la colonie pouvait être porté le castor, au prix fixé par l’autorité. Le fermier payait en marchandises, et il sut bientôt fixer à son gré le prix lui-même des marchandises. Par où l’on voit que monopoles et trusts ne sont pas des plaies sociales particulières à notre temps, et l’accapareur Oudiette n’etait sans doute lui-même qu’un vulgaire plagiaire. Le pays souffrait donc de cet état de choses, le commerce était paralysé, les

7. Abbé Gosselin, l’Eglise du Canada, Mgr de Saint-V allier Québec, 19.11, pp. 206-208.

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plaintes étaient générales. En 1699, les habitants se déterminèrent à en finir avec ce régime. Une assemblée des représentants des trois Etats fut tenue à Québec, le 3 octobre ; le clergé régulier y était représenté par un Jésuite, le Père Raffeix, et par notre Récollet, le Père Denis.

L’assemblée députa en France MM. d’Auteuil, Juchereau et Pacaud, pour faire régler les contestations des habitants, et aussi pour obtenir la création d’une compagnie formée des habitants du pays, qui aurait le privilège du commerce du castor 8.

L’affermage du castor fut effectivement retiré à M. Oudiette, et la Compagnie du Canada fondée. Mais l’essai fut plutôt désastreux, et ne profita à personne. La Compagnie dut se dissoudre en 1706, et de nouveau fut cédé à des particuliers le droit exclusif d’exporter le précieux castor.

8. L’original dn procès-verbal de cette assemblée des trois états est porté au catalogue de vente No 4, 10e série, p. 12, sous le numéro 72173, des Americana du libraire E. Dufossé. de Paris. Le document, qui n’a que deux pages in-folio, est coté à 500 francs. Le catalogue en donne fort heureusement un précis, avec les noms de plusieurs des signataires. Voici ces noms : Fr. Joseph Denys, Récollet, Buisson prêtre, P. Raffeix, S. J., Ruette d’Auteuil, R.-L. Chartier de Lotbinière, La Motte Cadillac, de La Durantaye, de La Forest, Le Gardeur de Courtemanche, Le Ber, d ’Eschambault, Delino, Juchereau de Saint- Denis. Et voilà 500 francs d 'épargnés !

Intérieur de 1 ’égli e des Ré collets, à Québec.

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